Les prix des céréales perdent du terrain cette semaine alors que le colza profite de la hausse des huiles végétales.

Orientation baissière du blé cette semaine

En nouvelle récolte, les prix du blé s’affaissent légèrement cette semaine sur le marché français. Ils perdent 3 €/t à Rouen à 182 €/t en base juillet, et 5 €/t sur l’échéance septembre d’Euronext à 182,5 €/t ce vendredi 12 juin 2020 en milieu de journée.

En ancienne récolte, les prix ont nettement décroché pour s’ajuster sur ceux de la nouvelle.

Les prix français ont subi l’influence baissière de Chicago avec l’arrivée de la récolte US sur le marché qui pèse sur les cotations américaines. Ce mouvement était renforcé par la petite révision en hausse de 300 000 tonnes par le ministère américain de l’agriculture (USDA) jeudi 11 juin 2020 — dans son rapport mensuel sur l’offre et la demande — de la récolte de blé US aux États-Unis (USA) à 51,1 millions de tonnes.

Par ailleurs, les prix ont aussi reflété le retour des pluies sur l’Europe, même si ces dernières ne parviendront pas à réparer les dégâts déjà effectués et présentent des risques de dégradation qualitative.

À lire aussi : « Plus ou moins facile de refroidir » (05/06/2020)

D’autre part, les prix français en euro sont toujours sous l’emprise d’un euro qui reste fort par rapport au dollar et qui a fait perdre de la compétitivité aux blés français. Ces derniers valent maintenant 213 $/t Fob Rouen, 6 $/t de plus que les blés russes à 12,5 % de protéine et 10 $/t de plus que les blés baltes. Autant dire que les blés français ont perdu en compétitivité sur la nouvelle récolte. Cela a probablement pesé sur les prix malgré les perspectives de rendement revues en baisse.

L’Égypte a de nouveau acheté du blé cette semaine mais l’origine française n’a pas été offerte. L’Égypte a acheté 120 000 tonnes de blé russe pour un chargement entre le 12 et le 22 juillet. Elle a allongé son délai de paiement à 180 jours et cela a probablement renforcé légèrement les prix qui lui ont été offerts. L’achat a été bouclé à 227 $/t CAF (arrivée en Égypte) contre 221 $/t lors de l’achat précédent.

La Tunisie a acheté 25 000 tonnes de blé meunier en origine optionnelle cette semaine à 216 $/t CAF.

Des stocks mondiaux en hausse trompeuse

Avec un apport hydrique bien meilleur à celui de l’an dernier, l’Australie se dirige vers une récolte en forte hausse. Cet élément était déjà acté par le marché, mais l’office australien Abares (département de l’agriculture australien) cette semaine vient de publier une prévision à plus de 26 millions de tonnes, un niveau assez élevé par rapport aux attentes des opérateurs.

Cette nouvelle a également contribué à la baisse des prix sur le marché mondial, ainsi que le rapport mensuel de l’USDA, qui a revu en hausse la production mondiale de blé et les stocks de fin de campagne pour la fin de 2020/2021.

Il convient toutefois de rester très prudent par rapport à cette perception de stocks élevés : ce sont surtout les stocks indiens et chinois qui font monter le total mondial, alors que les perspectives de stocks s’annoncent très basses selon nos prévisions en mer Noire et dans l’UE en fin de campagne prochaine.

L’Union Européenne (UE) va en effet perdre 16 millions de tonnes de blé tendre cette année (à 131 millions de tonnes) et la France s’apprête à engranger la récolte la plus basse depuis 2016 (proche de 32 millions de tonnes).

Affaissement en orge

Le prix des orges fourragères de la nouvelle récolte s’est de nouveau affaissé cette semaine à 160,75 €/t rendu Rouen (-1,5 €/t).

À la suite des bonnes perspectives de vente vers la Chine en raison des taxes imposées par ce pays aux orges australiennes, les orges françaises (à 187 $/t Fob) se retrouvent actuellement nettement plus chères sur le marché mondial que les orges de la mer Noire (174 $/t Fob).

Ce manque de compétitivité commence à leur nuire alors que l’Arabie Saoudite vient de lancer un appel d’offres pour 960 000 tonnes d’orge avec une arrivée sur août/septembre.

D’un autre côté, la récolte d’orge va nettement chuter en France comme vient de le confirmer la récente prévision du ministère de l’agriculture cette semaine à 8,2 millions de tonnes pour les orges d’hiver contre 9,3 millions de tonnes l’an dernier.

À la suite des orges fourragères, les orges brassicoles de printemps abandonnent 1 €/t cette semaine à 177 €/t Fob Creil. La situation s’annonce toujours bien lourde pour ces orges de printemps malgré des perspectives d’export vers la Chine qui devraient profiter plus largement aux orges d’hiver.

Le maïs français ne suit pas la petite hausse mondiale

Les prix du maïs américain ont continué de gagner du terrain cette semaine à la suite des mesures de déconfinement et de la reprise de l’activité dans le secteur de l’éthanol.

Par ailleurs, l’USDA a revu en baisse, dans son rapport mensuel cette semaine, les stocks attendus en fin de campagne 2020-2021 à l’échelle mondiale et cela a aussi été perçu comme un facteur haussier.

Pourtant, la situation mondiale s’annonce toujours extrêmement lourde en 2020-2021 avec une récolte record aux USA, s’il n’y a pas de problème climatique dans les semaines à venir. Avant l’arrivée de la nouvelle récolte US cet automne, le marché va rester sous la pression des maïs sud-américains : la récolte avance bien en Argentine (61 % réalisés) et la production va y avoisiner les 50 millions de tonnes de l’an dernier.

Au Brésil, malgré les dégâts dus au manque d’eau sur la seconde récolte, la production totale de 2020 est confirmée cette semaine aux alentours des 100 millions de tonnes par la Conab (agence brésilienne dépendant du ministère de l’agriculture brésilien), un niveau proche de celui de 2019. Cette situation devrait revenir peser sur les prix mondiaux prochainement.

Dans ce contexte, les prix français, eux, s’affaissent légèrement : ils perdent entre 0,5 et 2 €/t selon les régions, à 156 €/t Fob Rhin et 163,75 €/t Fob Bordeaux. Les pluies actuelles sur l’Hexagone, et une bonne partie de l’Europe, sont bénéfiques aux cultures et empêchent les prix de grimper.

À lire aussi : « Rapport Cyclope — Perspectives négatives pour le maïs » (10/06/2020)

De bonnes ventes US limitent la baisse des cours du soja

Sur la semaine, les cours de la fève de soja à Chicago sont restés relativement stables à 318 $/t malgré la perspective d’une belle hausse de la récolte dans ce pays à l’automne prochain.

Les opérateurs ont été doublement surpris par deux nouvelles plutôt haussières : de très bonnes ventes la semaine dernière des USA à l’export ont été rapportées par l’USDA. À 1 million de tonnes (dont 337 000 tonnes vers la Chine), les ventes hebdomadaires de soja US au titre de la campagne 2019/2020 ont atteint un niveau élevé et supérieur aux attentes des opérateurs. À cela s’ajoute 1,2 million de tonnes de soja US vendues pour la nouvelle campagne (dont 644 000 tonnes vers la Chine).

Par la suite (et cela n’est pas encore comptabilisé dans les ventes hebdomadaires), la Chine est tout récemment repassée aux achats pour 720 000 tonnes de soja toujours d’origine US, sur la campagne 2019/2020.

Le retour de la compétitivité de la fève de soja US sur le marché international vis-à-vis de la fève brésilienne incite les acheteurs chinois à s’orienter sur l’origine US. Cela est dû à la faiblesse du dollar face aux monnaies concurrentes et à la réduction des disponibilités brésiliennes après une forte campagne d’exportation pour ce pays.

Au niveau de la production, les semis aux USA se déroulent dans de bonnes conditions et laissent pour le moment envisager l’ajout d’une récolte abondante aux surplus importants attendus en fin de campagne 2019/2020.

Au 9 juin 2020, les semis étaient quasiment achevés avec 86 % des surfaces semées et 72 % des plants étaient dans un état bon à excellent d’après l’USDA (70 % la semaine précédente). Dans son rapport publié hier, l’USDA prévoit une hausse de 16 Mt de la production de soja US en 2020, avec une progression des surfaces de 10 % en 2020 par rapport à 2019.

Les prix du tourteau de soja se maintiennent aux USA, mais baissent dans l’UE

Dans le sillage du soja, les cours du tourteau de la fève de soja à Chicago terminent la semaine sans grande variation à 319 $/t. De plus, face à la hausse du réal brésilien par rapport au dollar, le tourteau de soja d’origine US regagne en compétitivité sur le marché international. Cela a permis également aux cours des tourteaux de soja US de se maintenir sur la semaine.

Sur les mois à venir, la forte demande de la Chine en soja brésilien pourrait freiner la trituration brésilienne et donc l’offre en tourteau de soja sud-américaine. Cela pourrait profiter aux tourteaux US.

Portés par le mouvement de la monnaie européenne et l’affaiblissement de la demande pour le secteur animal, les prix du tourteau de soja à Montoir reculent de 4 €/t à 325 €/t.

En dépit de la baisse des prix du blé fourrager et du tourteau de soja, le pois fourrager départ Marne pour la nouvelle campagne a progressé de 2 €/t à 214 €/t sur la semaine. À ce niveau de prix, le pois n’est pas attractif dans les rations animales.

Hausse du colza dans les sillages des huiles

Du côté du marché européen, l’ambiance a été au beau fixe cette semaine pour les cours du colza. Malgré la fermeté de la parité euro-dollar et la baisse du pétrole, le colza s’est plutôt bien tenu sur Euronext, en évoluant en hausse de 2,5 €/t à 360,5 €/t sur l’échéance d’août.

Sur le marché physique le prix français a progressé de 1,5 €/t en Fob Moselle (à 375 €/t) et de 2,5 €/t à Rouen (à 360,5 €/t). En effet, alors que face aux inquiétudes concernant encore le coronavirus en Amérique du Nord et du Sud le pétrole a perdu une partie des gains enregistrés en début de semaine, le colza a pu profiter, lui, de la reprise des cours des huiles, notamment celle de l’huile de palme.

La publication du rapport du MPOB (l’office malaisien pour l’huile de palme) a montré une légère baisse des stocks entre avril et mai de 0,5 %, alors que les opérateurs tablaient sur une hausse marquée de 10 %. La reprise de la demande intérieure et des exportations, combinée au ralentissement de la production d’huile, ont entraîné un recul des stocks.

Les cours de l’huile de soja ont suivi le même mouvement à Chicago. Toujours outre-Atlantique, malgré le renforcement du dollar canadien, le canola à Winnipeg termine la semaine proche de l’équilibre (à 336 $/t). Les cours continuent d’être tiraillés entre une bonne demande chinoise, des stocks élevés et de bonnes conditions de culture pour la nouvelle récolte.

Prix inchangés pour le tournesol

Le prix du tournesol en ancienne récolte reste stable à Saint-Nazaire (à 330 €/t) et en mer Noire (à 405 $/t).

Les conditions climatiques sont correctes pour le moment, avec des pluies régulières associées à un temps chaud, sur les grandes régions de production en France. En mer Noire, le temps reste chaud et sec en Russie, Ukraine et Roumanie. Ces conditions risquent de perdurer ce qui est à surveiller.

Tallage

À suivre : le temps des prochaines semaines dans l’hémisphère Nord (US pour la fin des semis de soja et de canola au Canada, Europe et mer Noire pour le développement et la qualité des céréales, prix du pétrole, achats de soja par la Chine, semis en Amérique du Nord (soja et canola et blé de printemps)

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Légère baisse du blé

Les prix du blé reculaient légèrement mardi 27 juillet 2021 en fin d’après-midi, dans un marché attentif à la progression de la moisson en Europe et chez les pays importateurs.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse, soutenu par l’huile de palme

Les prix du colza progressaient mardi 27 juillet 2021 sur le marché européen dans le sillage de l’huile de palme et du soja.