Les prix russes avaient commencé à s’affaisser la semaine dernière après leur flambée du mois de septembre. Mais leur descente n’a pas duré longtemps. Les prix du blé russe regagnent 4 $/t cette semaine à 239 $/t Fob pour la qualité à 12,5 % de protéine et, de nouveau, la réticence à vendre des producteurs russes est mise en avant. En plus des facteurs mentionnés ces dernières semaines (faiblesse de la récolte dans le Sud du pays notamment), le fait que le rouble n’en finisse pas de baisser par rapport au dollar encourage au stockage.

Par ailleurs, les inquiétudes montent dans ce pays au sujet des semis d’hiver : les intentions sont très élevées mais de larges surfaces ont été semées dans le Sud sans qu’une goutte de pluie n’ait pour l’instant permis la levée. Dans la région Centre, les semis ont été stoppés alors qu’il serait grand temps de les terminer (contrairement au Sud où il reste encore du temps).

Cette situation soutient les prix dans le pays où le gouvernement vient d’annoncer que des quotas d’exportation seront mis en place pour la seconde moitié de campagne. L’annonce est venue à l’issue d’une réunion entre le gouvernement et les exportateurs. Les mesures précises concernant l’application de ce quota restent à définir. Cette mesure vient souligner la prudence du gouvernement, malgré une récolte nationale supérieure à celle de l’an dernier, face à des exportations très soutenues sur les trois premiers de la campagne.

Le dynamisme des exportations s’applique aussi au voisin ukrainien dont les disponibilités de blé sont, au contraire de la Russie, inférieures à celle de l’an dernier. A cause du temps sec par ailleurs, les semis de blé en Ukraine ont été jusqu’à maintenant les plus lents depuis dix ans : ils vont accélérer grâce aux pluies récentes mais la surface semée risque d’être inférieure à celle de l’an dernier.

Blé : le Matif frôle les 200 €/t

Tous ces facteurs maintiennent donc la tension en mer Noire alors que l’Australie commence pourtant doucement à prendre le relai : elle a déjà vendu plus de 1,5 millions de tonnes pour des chargements en décembre dont plus de la moitié à destination de l’Asie (Vietnam, Chine et Philippines surtout). Les acheteurs ont déjà contracté tout ce que ce pays pourra exporter avant Noël et cela illustre la vigueur de la demande mondiale.

Dans ce cadre, la publication par l’USDA le 30 septembre 2020, d’une récolte de blé américain légèrement inférieure à celle de sa dernière estimation (49,7 au lieu de 50 millions de tonnes) et de stocks de blé US au 1er septembre les plus bas depuis quatre ans a mis le feu aux poudres et poussé Chicago vers le haut. La pression est toutefois en train de retomber depuis.

Les prix français ont été influencés par tous ces facteurs et affichent une progression de 5 €/t sur le marché physique cette semaine à 196 €/t rendu Rouen (base juillet). Le Matif a touché le niveau de 197,75 €/t le 30 septembre avant de redescendre à 194,5 €/t en milieu d’après-midi ce vendredi. Avec la montée des prix de la mer Noire, les blés français ont gagné en compétitivité : cela n’est guère tenable au vu des surplus disponibles et pourrait limiter la baisse à court terme.

L’orge s’apprécie encore

Dans la foulée du blé, les prix de l’orge fourragère grimpent encore cette semaine de 2 €/t (à 173 €/t rendu Rouen en base juillet). Comme la semaine dernière, cette hausse s’accompagne de nouveau d’une poussée des orges de la mer Noire (+2 $/t pour les orges ukrainiennes et +6 $/t pour les orges russes). Les orges australiennes, elles, gagnent 15 $/t pour se rapprocher très nettement, en position Fob, des valeurs des concurrentes, la grosse vente récente à l’Arabie expliquant probablement cette relevée brutale.

Les orges françaises restent, malgré tout, les plus chères du marché (à 211 $/t Fob Rouen) pour des ventes hors-Chine (202 $/t Fob pour les orges ukrainiennes) mais elles sont à parité avec les orges de l’Ukraine vers la Chine (les prix au départ de ce pays affichent en effet une prime de 8 $/t pour la destination Chine par rapport aux autres destinations). La demande chinoise continue de soutenir les prix français alors que la récolte française a chuté fortement par rapport à l’an dernier.

Sur le créneau brassicole, les prix ont aussi augmenté, plus fortement pour les orges de d’hiver (+ 1€/t à 181 €/t en base juillet, Fob Creil) que pour les orges de printemps (+0,5 €/t à 181,5 €/t). La progression s’est toutefois avérée moins importante que celle de l’orge fourragère contribuant à la compression des primes entre les orges de brasserie et les orges fourragères. Les prix du secteur brassicole sont menés actuellement par ceux du secteur fourrager ; ils devraient le rester dans le futur proche en raison du taux de couverture des malteurs et de la faible activité à l’achat de ces derniers.

Stabilité en maïs

Contrairement au blé et à l’orge, le maïs a vu ses prix rester assez stables (ou en légère hausse) cette semaine, à 172 €/t Fob Rhin (base juillet) et 174,75 €/t Fob Bordeaux (+1 €/t). L’attention se porte actuellement sur les opérations de récolte en cours que ce soit en Europe et en Ukraine où les prix abandonnent 3 $/t cette semaine. Les déceptions par rapport à ce qui était encore possible de produire avant le mois d’août ont maintenant été incorporées dans les prix et c’est plutôt l’arrivée physiques des volumes qui pèse maintenant.

Cette évolution des prix européens est contraire à celle qui s’est produite outre-Atlantique où les prix sont remontés en flèche le 30 septembre dernier après la publication des statistiques de stocks de l’USDA. Les stocks de maïs au 1er septembre aux Etats-Unis sont en effet proches de 50 millions de tonnes alors que, dans sa dernière estimation, l’USDA les avaient placés à 57 millions de tonnes. Cela illustre une demande animale plus soutenue que prévu.

Néanmoins, le maïs à Chicago repart à la baisse depuis hier, jeudi 1er octobre, en l’absence de nouveau souffle : les ventes à la Chine commencent à ralentir et cela est reflété par les ventes totales hebdomadaires de maïs US à 2 millions de tonnes contre 2,3 la semaine précédente. Parallèlement, la récolte de maïs se poursuit dans ce pays (20 % des surfaces récoltées à ce jour environ) et la récolte s’annonce toujours bonne.

Soutien sur le soja et les tourteaux

Le soja a subi le même impact haussier que le maïs en milieu de semaine quand l’USDA a publié des stocks de 14,2 millions de tonnes au 1er septembre, contre 15,6 millions de tonnes attendu précédemment. Cette publication, le 30 septembre, est venue stopper la tendance baissière qui s’était installée depuis le 21 septembre.

Les ventes US à la Chine restent très importantes, la fève US étant très sollicitée par les acheteurs chinois en cette période où les disponibilités exportables brésiliennes sont désormais épuisées.

L’origine argentine, bien qu’abondante, fait quant à elle l’objet d’une forte rétention de la part des agriculteurs argentins qui tentent de se préserver de la chute libre du cours du peso face au dollar (le soja étant considéré par les agriculteurs comme une monnaie « verte » plus stable que le peso). En outre, le risque accru de La Niña fait porter un risque sur les perspectives de récoltes sud-américaines en 2020/21. Les régimes de pluies anormalement faibles qui en résulteraient font craindre des conditions de développement défavorables aux plants de soja dans le nord de l’Argentine et le sud du Brésil et de moindres potentiels de récolte.

Néanmoins, la pression semblait se relâcher en fin de semaine et cela peut être relié à la décision prise hier par l’Argentine de baisser de 3 points jusqu’à décembre (de 33 à 30 %) les taxes qu’elle impose sur les exportations de soja. Cette mesure a été prise pour contrer la rétention et encourager les ventes et les revenus que cela représente pour l’État. Au final, le prix du soja à Chicago se retrouve plus cher de 5 $/t par rapport à son niveau de la semaine dernière, à 373 $/t.

Les tourteaux ont suivi la hausse à Chicago, gagnant 10 $/t à 376 $/t sans que les prix à Montoir ne soient affectés (quasi-stabilité à 380 €/t). En fait, le prix du tourteau sur le marché français avait déjà fortement grimpé la semaine dernière en raison de la situation de l’Amérique du Sud, où la trituration est limitée par le manque de disponibilités actuellement, que ce soit au Brésil (les graines partent vers la Chine) ou en Argentine (rétention des agriculteurs).

Le colza rebondit…

Poussés par le soja, les prix du colza repartent à la hausse cette semaine, que ce soit dans l’Union européenne ou au Canada. La demande à l’exportation est plutôt dynamique au départ du Canada : les exportations du pays sur août et septembre cumulés sont en forte hausse par rapport à l’an dernier (+44 %). La demande intérieure canadienne est également soutenue, avec des utilisations assez proches de l’an passé.

Dans l’UE, la demande est dynamique, avec une trituration de colza assez proche de l’an dernier sur les mois de juillet et août cumulés. Les exportations ukrainiennes sont régulières et l’intérêt des acheteurs ne se dément pas, ce qui fait aussi grimper les prix du colza en Ukraine.

La situation du colza est tendue que ce soit à l‘échelle européenne ou à l’échelle mondiale. Les stocks baisseront plus bas qu’au cours de la dernière campagne. Cela reste un facteur de soutien des prix à court terme.

... Mais le tournesol continue de s’affaisser

Le tournesol abandonne 5 €/t à Saint Nazaire (à 385 €/t pour la qualité standard) et 26 $/t en Ukraine à 445 $/t Fob. La correction baissière entamée la semaine dernière se poursuit alors que le tournesol et son huile étaient devenues très chères face aux autres graines. L’arrivée de la récolte détend la situation et les graines suivent l’huile qui a été obligée de baisser pour retrouver de la compétitivité.

Néanmoins, la situation européenne et mondiale de la graine et de l’huile tournesol s’annonce très tendue pour la campagne 2020/21.

Tallage

A suivre : compétitivité des blés français, semis d’hiver en Russie, achats de la Chine tous produits, attitude des producteurs du Sud de la Russie et de l’Argentine, récolte de blé en Australie et Argentine, récolte de soja et de maïs aux USA

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le maïs poursuit son ascension

Les prix du maïs grimpaient encore une fois, jeudi 6 mai 2021 à la mi-journée sur le marché européen, soutenus par la sécheresse prolongée au Brésil qui réduit les disponibilités.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Les cours du colza caracolent vers de nouveaux sommets avec les huiles

Les cours du colza poursuivaient leur course effrénée vers de nouveaux sommets, le jeudi 6 mai 2021 en fin d’après-midi, soutenus par un secteur des huiles très tendu.