Les prix du blé, de l’orge fourragère et du colza grimpent, sous l’effet d’inquiétudes découlant des pluies australiennes et des déclarations politiques en Russie, et dans une moindre mesure en Argentine. Le colza est « boosté » par de bonnes marges de trituration, le pétrole et la pénurie canadienne.

Forte remontée des prix du blé cette semaine

L’échéance de mars sur Euronext (la plus traitée actuellement) a atteint le niveau de 296 €/t le jeudi 11 novembre 2021 avant de redescendre à la fin de la journée pour clôturer à 292,25 €/t. Le lendemain, en début d’après-midi, les prix étaient orientés en légère baisse, affichant ainsi sur Euronext une progression de 9 €/t par rapport à vendredi 5 novembre.

Le marché physique est reparti en hausse lui aussi, mais plus modérément que le marché à terme, à 291 €/t rendu Rouen (base juillet), soit une progression de 5 €/t. Ce mouvement de hausse a concerné presque toutes les origines, à l’exception des blés argentins dont les prix sont restés stables. Il est intéressant de noter que l’amplitude de la progression des autres origines a été voisine de celle d’Euronext, et donc plus marquée que celle du marché physique français.

Les blés américains meuniers SRW et HRW US se sont appréciés de 13 $/t et les blés russes de 10 $/t. Les blés français ont donc regagné légèrement en compétitivité mais restent néanmoins chers par rapport à leurs concurrents, et notamment par rapport aux blés argentins.

Ainsi, les perspectives d’exportation de la France (et de l’Europe) sont-elles en train de se dégrader au profit des blés de l’hémisphère Sud dont les disponibilités s’annoncent toujours très élevées. La publication des bilans FranceAgriMer cette semaine le reflète, et l’organisme a remonté sa prévision des stocks de blé français en fin de campagne de 800 000 tonnes, à plus de 3 millions de tonnes.

Pluies en Australie et blé OGM en Argentine

Les prix ont augmenté presque partout dans le monde malgré de bons rendements enregistrés pour le moment en Australie, les pluies actuelles étant susceptibles de dégrader la qualité du blé. Cela n’a toutefois rien de catastrophique, et les perspectives de production du pays sont revues en hausse par les sources locales.

Néanmoins, la pluie peut être considérée comme un facteur d’inquiétude qui a — un peu — contribué à la hausse des prix mondiaux cette semaine. Des achats de la Chine en blé australien (de haute qualité) ont aussi été rapportés.

En Argentine, la production estimée reste également élevée, mais plusieurs facteurs sont source d’inquiétude : le gouvernement, d’une part, veut garder la main sur les autorisations d’exportations données aux opérateurs afin d’assurer des volumes corrects pour le marché intérieur. Cela pourrait empêcher le pays d’exporter une partie de son potentiel (sans parler du manque d’eau dans certaines rivières).

Jeudi 11 novembre 2021, l’Agence de biosécurité brésilienne CTNBio a donné son aval pour l’importation de farine de blé argentine produite avec la variété de blé OGM développée par la firme Bioceres. Cela suscite un tollé de la part des industriels brésiliens. De leur côté, les exportateurs argentins ont demandé au gouvernement de bien identifier la localisation des fermes ayant produit ce blé OGM — il s’agit encore d’essai portant sur un peu plus de 50 000 ha — afin d’arrêter d’acheter à partir des zones concernées.

Même si les volumes en jeu restent faibles, cela va exiger des certificats qualitatifs et une traçabilité particulière. Cela ne devrait pas affecter trop fortement les exportations argentines cette année, mais les rendre plus compliquées, ce qui a été ressenti comme un facteur haussier.

Déclarations du gouvernement en Russie

Enfin, c’est la Russie qui a semé le trouble cette semaine en annonçant qu’elle reverrait son calcul des taxes pour les faire grimper encore plus si le prix Fob du blé russe venait à dépasser 400 $/t (pour l’instant il n’est « qu’à » 340 $/t).

Par ailleurs, la Russie a renouvelé son intention d’appliquer une limite sur ses exportations à partir de février, sans toutefois mentionner de niveau précis. La seconde information n’est pas une nouveauté, et il faudrait que les prix montent encore beaucoup pour que la première s’applique.

Néanmoins, cela a insufflé un vent de panique sur le marché et constitue l’explication principale de la nouvelle hausse des prix de cette semaine, renforcée par la baisse de l’euro face au dollar et les menaces biélorusses sur les flux de gaz de la Russie vers l’Union européenne.

Légère hausse du prix des orges fourragères, les brassicoles ne suivent pas

Le prix rendu Rouen de l’orge fourragère a de nouveau progressé, gagnant 4 €/t dans le sillage du blé, à la suite de la baisse de l’euro face au dollar et dans le cadre d’une situation mondiale qui reste très tendue en orge. Comme pour le blé, et même si ce n’est pas du tout catastrophique, les pluies inquiètent pour la qualité des orges en Australie.

Ce sont d’ailleurs les origines australiennes et russes qui ont vu leur prix grimper le plus cette semaine, les orges européennes et françaises étant tout de même limitée dans leur progression par leur manque de compétitivité par rapport à leurs concurrentes.

En brasserie, les prix sont restés stables pour la seconde semaine consécutive à 325 €/t pour les orges d’hiver et près de 345 €/t pour les orges de printemps, Fob Creil, base juillet. Les primes entre les orges de brasserie et les orges fourragères avaient atteint en octobre un niveau extrêmement élevé (proche de 100 €/t pour les orges de printemps). Il était attendu qu’elles redescendent légèrement : en effet, à la suite de la prise en compte des résultats des enquêtes qualitatives de malteurs de France il y a quelques semaines, le bilan brassicole européen apparaît moins tendu que cela pouvait être craint juste après la récolte.

Par ailleurs, du fait du différentiel de prix entre les orges de brasserie européennes et leurs concurrentes, un bateau d’orge australienne et deux bateaux d’orge argentine ont été contractés pour arrivée en Europe au cours des prochains mois. Cela vient aussi faire baisser les primes et empêcher les prix brassicoles de suivre encore les fourragers à la hausse.

Retour de la Chine sur le marché mondial du maïs

C’est la Chine qui marque de nouveau le marché mondial du maïs cette semaine. À cause des intempéries, la récolte chinoise, en cours, avance moins vite que prévu. Les pluies et la neige dans le Nord-Est perturbent également les transports, ce qui vient s’ajouter aux problèmes déjà causés dans ce secteur par le prix très élevé du carburant.

Comme partout dans le monde, les frais de séchage galopants ralentissent aussi la production. En conséquence, les prix sur le marché intérieur chinois, dans les zones de consommation principalement, se sont envolés de 10 % au cours des dernières semaines, au point de renforcer, dès maintenant malgré les opérations de récolte, l’intérêt des acheteurs chinois pour le maïs d’importation.

La Chine a ainsi acheté environ 0,5 million de tonnes de maïs ukrainien cette semaine. Elle a saisi l’opportunité d’une baisse des prix ukrainiens pour acheter. Ces derniers ont rebondi en conséquence juste après, +2 $/t par rapport à la semaine dernière. De nouveaux achats de la part de la Chine sont attendus en maïs ukrainien, mais aussi en maïs américain, ceux-ci valant à peu près la même chose que les maïs ukrainiens à destination de la Chine.

En Europe, les nouvelles sont bonnes du côté de la récolte qui avance doucement : 83 % des maïs étaient récoltés en France au 8 novembre. Agreste, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture, vient également de réviser en hausse de 0,7 million de tonnes l’estimation de la récolte de maïs française, à 14,85 millions de tonnes.

Notre estimation Stratégie grains de la récolte européenne augmente de 0,1 million de tonnes, à 67,6 millions de tonnes contre 64,6 en 2020. Néanmoins, à cause de prix très élevés du blé, le maïs regagne potentiellement de la demande en alimentation animale, si bien que le bilan européen n’est pas lourd du tout. Dans ce contexte, les prix français augmentent de 1 €/t Fob Rhin (à 252 €/t), mais chutent de 4 €/t Fob façade atlantique (à 244 €/t), base juillet, avec l’avancée de la récolte.

Stabilisation des cours du soja

Cette semaine, éléments haussiers et baissiers se sont compensés, ce qui n’a entraîné que de très légères variations des cours mondiaux du soja. En effet, le prix du soja à Chicago n’a grimpé que de 1 $/t sur le rapproché, et a diminué de 1 $/t sur l’échéance de mai 2022. Le soja Fob Brésil a, quant à lui, vu son prix baisser de presque 2 $/t sur le rapproché, mais il est resté stable sur mai 2022.

D’une part, les semis se déroulent dans de bonnes conditions en Amérique du Sud. En Argentine, les semis ont fait un bon ces derniers jours, et atteignent pratiquement 20 % des intentions. Au Brésil, plus des deux tiers des surfaces de soja sont déjà semés, et les ensemencements approchent de la fin au Mato Grosso, plus grand producteur de soja des régions brésiliennes. Le retour des pluies depuis le début de novembre est arrivé à point nommé. Les très bonnes conditions au Brésil ont entraîné une augmentation de la surface prévue cette année par la Conab (ministère de l’Agriculture brésilien) dans sa dernière publication : elle prévoit maintenant une augmentation d’un peu plus de 3 % de la production, qui atteindrait un nouveau record de 142 Mt (millions de tonnes).

Toutefois, le département de l’agriculture américain (USDA) a cette semaine revu à la baisse son estimation du rendement américain du soja, à la suite de la prise en compte des retours de récolte des états du sud du pays. Cela a conduit à une révision en baisse des stocks prévus en fin de campagne aux États-Unis. Le marché ne s’attendait pas à ce mouvement. C’est pourquoi celui-ci a soutenu les cours en fin de semaine.

Le retour des opérateurs chinois aux achats a aussi contribué à ce redressement des cours. Cela découle d’un rebond des marges de trituration à de très bons niveaux en Chine (plus élevées sur novembre que sur octobre, à la suite du recul des prix du soja par rapport au mois dernier), associé à la fin de la crise de l’électricité dans le nord du pays (les périodes de rationnement de l’électricité ont pris fin la semaine dernière).

Petite baisse du prix du tourteau de soja

Les bonnes conditions climatiques en Amérique du Sud ont plutôt pesé sur les prix du tourteau de soja cette semaine en France. Toutefois, la baisse de l’euro face au dollar a limité le recul des prix. Le tourteau de soja à Montoir vaut maintenant 394 €/t (-1 €/t cette semaine).

Le prix du pois en France rebondit, quant à lui, légèrement cette semaine (+2 €/t, à 327 €/t), et retrouve son niveau record. La forte tension sur le marché mondial des protéagineux, due d’une part à la nette progression de la demande en produits alimentaires à base de protéines végétales, et d’autre part à la chute de la production canadienne de protéagineux, continue de fortement soutenir les cours français du pois.

Le prix du colza bat un nouveau record

Avec le rebond du prix du pétrole cette semaine (forte demande énergétique mondiale avec la baisse des températures dans l’hémisphère Nord à l’approche de l’hiver) et une demande en huile de colza toujours très forte sur le court terme, le prix du colza franchit allègrement la barre des 700 €/t pour la première fois de son histoire. Il grimpe ainsi de presque 20 €/t cette semaine, à 707 €/t à Rouen et à 713 €/t en Fob Moselle.

La demande en huile de colza est soutenue par les besoins en FAME-10, biodiesel produit à partir d’huile de colza, indispensable en hiver car celui-ci est le seul compatible avec les températures négatives.

Or, l’offre en huile de colza est insuffisante, étant donné la chute des importations de canola canadien cette année. La petite progression des disponibilités en Europe et mer Noire ne suffit pas à compenser le recul des importations. Les triturateurs ne peuvent ainsi soutenir les niveaux de production d’huile élevés de l’été dernier.

De plus, les prix en France ont été soutenus par la progression des cours au Canada (+16 $/t sur le rapproché à Winnipeg). Le manque de disponibilités en canola et huile de canola fait encore grimper les prix, l’huile de canola étant également utilisée par les producteurs de biodiesel en Amérique du Nord.

Stabilité des prix du tournesol en France, mais baisse en mer Noire

Malgré la hausse des cours du colza, les prix du tournesol français sont restés stables depuis la semaine dernière. À Saint-Nazaire, ils s’affichent à respectivement 610 €/t et 620 €/t pour les qualités standard et oléique.

Les récoltes sont proches d’être terminées en France et en mer Noire. En Ukraine, 95 % de la surface totale ont été récoltés au 5 novembre, avec une production estimée à 16,8 millions de tonnes (13,85 en 2020). La récolte s’annonce également très bonne en Russie. Elle devrait atteindre un nouveau record grâce à un plus haut historique sur les surfaces, avec de bons rendements (14,4 millions de tonnes contre 13,3 en 2020).

Comprimés par l’arrivée des récoltes abondantes, les prix du tournesol en mer Noire ont baissé de 15 $/t sur la semaine à 662,5 $/t (FOB).

Tallage

À suivre : impact des pluies sur la récolte australienne, devenir des blés OGM en Argentine, profil (substitution blé/maïs) des formules animales, prix de l’énergie et des engrais, conditions climatiques en Amérique du Sud (soja), récolte de soja en Amérique du Nord, conditions de cultures en Europe et mer Noire (colza et céréales d’hiver), demande en huiles des pays émergents, production d’huile de palme en Asie du Sud-Est.

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