La hausse se poursuit cette semaine sur le marché mondial des céréales et, cette fois, les prix français en bénéficient. Ils ont connu un net sursaut, sortant de la torpeur dans laquelle ils étaient plongés depuis le mois de septembre. Le rendu Rouen a bondi de plus de 7 €/t pour franchir la barre des 200 €/t, à 203,25 €/t jeudi, un niveau jamais vu depuis août.

Le blé rebondit

Les autres places physiques françaises n’étaient pas en reste, progressant de 6 à 8 €/t sur la semaine. Euronext suivait la même tendance, avec le contrat de mars à 207,5 €/t. Cette hausse est principalement tirée par le renchérissement des blés russes ces derniers jours. Cette origine, à 12,5 % de protéines, a grimpé de 5 $/t en une semaine, à 240 $/t.

Cette séquence pourrait être le signal de départ durable de la hausse attendue depuis plusieurs mois. Les stocks des principaux exportateurs de blé de la planète sont en effet prévus en forte baisse à la fin de 2018-2019, ce qui plaide pour des cours plus élevés que ceux que l’on a connus depuis le début de la campagne.

Le Russie passe la main

Jusqu’ici, le rouleau compresseur russe a inhibé toute velléité de hausse sur le rapproché du fait d’une grande agressivité à l’exportation, mais cette marche forcée a également fait chuter rapidement les disponibilités de la Russie. La difficulté croissante à trouver du blé russe est probablement à l’origine de la récente montée de température sur le marché.

Lors de son appel d’offres le 12 décembre, le Gasc égyptien a dû débourser 258,8 $/t pour les 120 000 tonnes de blé russe achetées, alors qu’il avait payé cette origine 253 $/t une semaine plus tôt. Les autres origines profitent de cette embellie, qui signifie qu’elles vont pouvoir reprendre pied sur le marché de l’exportation, après avoir été mises hors jeu par la Russie.

L’évolution des prix ces derniers jours, érodant la compétitivité russe face aux blés européens et américains, renforce l’hypothèse d’une montée en puissance des exportations de ces origines en deuxième moitié de campagne. La hausse des ventes américaines cette semaine et la montée des prix à Chicago témoignent sans doute de ce passage de relais.

L’orge fourragère suit le blé

Belle embellie aussi sur le marché de l’orge fourragère où les prix gagnent 7 €/t cette semaine, à 203,75 €/t rendu Rouen et 200,25 €/t Fob Moselle. C’est le blé qui pousse l’orge et principalement la perspective d’un ralentissement des expéditions au départ de la mer Noire pour les deux céréales sur le second semestre de la campagne.

En orge toutefois, les échanges mondiaux seront probablement moins importants que prévu il y a quelques semaines encore. À cause du manque d’attractivité de l’orge face au maïs, plusieurs pays importateurs ont commencé à ralentir leur consommation. Au tout premier rang, la Chine qui diminuera ses importations d’orge en provenance de l’Australie après avoir lancé une enquête antidumping contre ce pays.

Il est peu probable que ces orges australiennes soient remplacées par d’autres origines mais plutôt par d’autres matières premières comme le maïs. L’Arabie, de son côté, essaie de réduire depuis plusieurs années ses utilisations d’orge.

Ces facteurs sont plutôt négatifs pour les exportations d’orge de la France tout comme la moindre demande de l’Afrique du Nord liée à la bonne récolte engrangée l’an passé et au bon déroulement du cycle cultural jusqu’à maintenant pour celle de 2019. Malgré tout, les stocks mondiaux seront très bas en fin de campagne, ce qui devrait continuer de soutenir les prix, à la suite de ceux du blé.

Des prix brassicoles comprimés

Sur le segment brassicole en revanche, c’est de nouveau un affaissement qui a été observé cette semaine : les variétés d’hiver ont abandonné 2 €/t, à 203 €/t Fob Creil, et celles de printemps 3 €/t, à 213 €/t. C’est probablement le fait que plusieurs industriels du nord et du centre de l’Union européenne acceptent des orges à 12 % de protéines qui pèse sur les prix puisque cela accroît les volumes aptes à la brasserie.

Il ne faut pas perdre de vue toutefois que la situation des orges de printemps reste déficitaire à l’échelle de l’Union européenne alors que les primes brassicoles (différence entre le prix brassicole et le prix fourrager) sont extrêmement basses pour les variétés d’hiver comme de printemps. Ces éléments pourraient donc pousser les prix vers le haut en seconde moitié de campagne.

Le maïs suit timidement

Le maïs est concerné lui aussi par le mouvement de hausse cette semaine mais de façon plus modérée que les autres céréales. Il gagne 1 €/t Fob Rhin, à 174 €/t, et presque 4 €/t sur la façade atlantique, à 178 €/t. Le maïs a bénéficié de l’effet d’entraînement exercé par le blé et probablement aussi par le soja américain en début de semaine après la timide reprise des ventes américaines à la Chine.

Néanmoins, les nouvelles principales sur le marché du maïs ont été plutôt baissières : la prévision de récolte de l’Ukraine n’en finit d’être relevée avec une récente estimation de l’USDA, le ministère américain de l’Agriculture, qui la place à 35 millions de tonnes contre 24 millions l’an dernier.

Nous l’estimons de notre côté à un niveau légèrement inférieur, 33 millions de tonnes. Cela ne remet pas en cause l’envol des exportations attendu au départ de l’Ukraine pour la campagne en cours. Ces grandes disponibilités de maïs, en conjonction avec une offre très proche de celle de l’an dernier aux États-Unis, créent une grande compétition sur le marché mondial.

Les ventes américaines de cette semaine ne sont pas très élevées, souffrant justement de cette concurrence. L’importance de l’offre n’empêche pas non plus les prix de monter beaucoup, d’autant plus que les perspectives de récoltes au début de 2019 en Amérique du Sud demeurent élevées.

Pour le plus long terme, la Chine a réaffirmé récemment sa volonté de développer fortement ses utilisations et sa production de biocarburants d’ici à 2020. Le pays est en train de construire de nouvelles usines de production d’éthanol. Il sera sans doute nécessaire de faire appel aux importations de mais, même si les incertitudes concernant l’évolution de la capacité de production sont importantes.

Le colza français sous pression

Les cours du colza français ont connu des hauts et des bas cette semaine. Après un rebond au début de la semaine dans le sillage du soja et des cours du pétrole, ils ont été tirés vers le bas par le recul des cours de l’huile de palme. Le MPOB, Malaysian Palm Oil Board, a publié des stocks d’huile en hausse de 10,5 % entre octobre et novembre, à 3 millions de tonnes.

Ces stocks exceptionnellement lourds en Malaisie continuent de peser sur le complexe oléagineux. À cela se rajoute le retour à la normale pour la circulation des bateaux sur le Rhin, qui facilite les exportations de colza du centre vers le nord de l’Union européenne. Ainsi, le colza cède 1 €/t en Fob Moselle et reste quasi stable en Rendu Rouen (–0,50 €/t).

Du côté du canola canadien, les cours finissent la semaine en note baissière : –3 $Can, à 483 $Can. Ce repli s’explique par des ventes réalisées cette semaine sur le marché intérieur, et par le raffermissement du dollar canadien face au dollar américain, pénalisant ainsi l’attractivité du canola à l’exportation.

Par ailleurs, nous estimons désormais la récolte canadienne à 20,6 millions de tonnes en baisse de 3 % par rapport à la campagne précédente. Toutefois, l’offre totale reste quasi stable grâce aux stocks de report élevés.

Le tournesol à l’équilibre

Les cours de tournesol n’ont pas évolué depuis la semaine dernière. Ils sont restés stables à 300 €/t à Saint-Nazaire et à 342,50 $/t en Fob ukrainien. L’offre mondiale est prévue à 50,2 Mt, un niveau record atteint grâce aux bonnes récoltes en mer Noire et à celle attendue en Argentine. Selon la Bolsa des cereales, les travaux de semis sont achevés dans l’ensemble du pays, et 1,9 million d’hectares ont été emblavés. Les parcelles les plus précoces sont déjà en phase de maturité.

Des achats chinois de soja insuffisants ?

Les sojas américains finissent la semaine sur une note stable à 333 $/t. L’espoir d’une reprise des achats chinois a soutenu les prix au début de la semaine. Le ministère américain de l’Agriculture a annoncé jeudi une vente importante de 1,13 million de tonnes de soja à des opérateurs chinois.

Selon nos sources, les achats effectués s’élèvent à 2,5 millions de tonnes à livrer entre janvier et mars. Ils ont été réalisés sous mandat du gouvernement chinois, mandat qui devrait s’élever à 5 millions de tonnes au total. Ces chiffres, bien qu’ils représentent un signe de détente des relations commerciales entre les deux pays, sont jugés insuffisants par les opérateurs pour écouler le surplus hors norme des États-Unis.

Le retard important des expéditions sur la campagne en cours reste difficile à rattraper. Sans achat supplémentaire confirmé, où sans une levée définitive de la taxe appliquée au soja américain importé en Chine, le bilan américain s’annonce toujours lourd en fin de campagne.

Ainsi les prix ne progressent pas beaucoup, voire même reculent en cette fin de semaine.

Eu Brésil, les conditions météo dans le sud du pays suscitent aussi de plus en plus d’inquiétudes. Des températures relativement élevées et des précipitations insuffisantes sont prévues dans les prochaines semaines. Cela pourrait impacter les rendements dans ces régions.

Les tourteaux reculent un peu

Les tourteaux de soja à Chicago ont légèrement baissé : –1 $/t, à 341,00 $/t. Cette semaine, les ventes américaines à l’exportation ont été décevantes, seulement 50 000 t, face à des tourteaux brésiliens plus attractifs. À Montoir, le prix des tourteaux de soja perd 4 €/t, à 335 €/t, les larges disponibilités pesant sur les prix.

Tallage

À suivre : exportations russes de blé et d’orge et comportement des prix russes, achats d’orge de la Chine et de l’Arabie, importations de maïs de l’Union européenne, conditions climatiques en Amérique du Sud, achats chinois de sojas américains, évolution des cours d’huile de palme et du pétrole, conditions hivernales dans l’Union européenne (colza).

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