Divergence cette semaine entre les prix mondiaux des céréales tirés à la hausse par les inquiétudes climatiques et les prix dans l’Hexagone handicapés par l’euro.

Sécheresse US et mauvais temps en Russie

Les prix US et argentins viennent de gagner entre 3 et 4 $/t et les prix russes 6 $/t pour le blé à 12,5 % de protéine. Outre Atlantique, les prix continuent de grimper au gré des inquiétudes climatiques et de la sécheresse qui ne fait que s’aggraver dans les États du Sud aux USA où certaines régions, désormais, n’ont pas reçu de précipitations depuis quasi trois mois. Ces inquiétudes concernent surtout les blés HRW (qualité meunière bonne) produits dans cette zone mais cela s’étend aussi aux blés SRW (qualité meunière plus moyenne) produits un peu plus au nord et aux blés argentins.

À l’opposé, du côté de la mer Noire, avec l’avancée de la campagne et les volumes d’exportations qui restent colossaux, il faut aller de plus en plus loin des ports pour trouver la marchandise. La météo n’ayant pas été propice à la circulation ces derniers jours, les acheminements ont du mal à s’effectuer à temps et cela fait grimper les prix face à une demande qui reste élevée.

À la fin de la semaine dernière, l’Égypte a acheté 380 000 tonnes de blé dont une partie (120 000 tonnes) en origine roumaine ce qui mérite d’être souligné après la suprématie de la Russie destination de l’Égypte au cours des derniers mois.

Le blé français à contre-courant

Tirés par le marché mondial, les blés français ont suivi aussi à la hausse cette semaine lorsqu’on les observe en dollar (à 205 $/t Fob Rouen, soit +5 $/t depuis le mois dernier). Mais cela ne se reporte pas sur les prix en euro qui, eux, restent stables voire baissent un peu au contraire à 154,5 €/t rendu Rouen (-0,25 €/t) ou à 148,5 €/t Fob Moselle (-2 €/t).

À contre-courant, les blés français ont donc stoppé le mouvement haussier initié au cours des dernières semaines en raison de la remontée de l’euro en fin de semaine (sous crainte de petits risques inflationnistes aux USA), en raison sans doute aussi de leur manque d’attractivité et enfin, sous l’effet d’un regain de ventes au départ des fermes.

Soutien de l’orge par le marché mondial

Les prix de l’orge montent (de 4 à 5 $/t) à 202,5 $/t Fob mer Noire et 207 $/t Fob Rouen. L’appel d’offres en cours de l’Arabie saoudite (pour 960 000 tonnes) et l’achat récent de 50 000 tonnes par la Jordanie ont contribué au soutien.

Ainsi, les prix de l’orge fourragère française exprimés en dollar gagnent-ils, eux aussi, 5 $/t cette semaine mais les prix en euro ne grimpent que beaucoup plus modérément, de 1 €/t à Rouen (à 156 €/t) et baissent même en Moselle (-1,25 €/t à 145 €/t). Ils sont pénalisés par le rebond de l’euro.

Du côté brassicole, les valeurs se sont affaissées de 2 €/t en printemps (190 €/t Fob Creil) dans un marché peu actif mais ont gagné 2 €/t en hiver (à 153 €/t fob Creil), soutenus par la demande fourragère. La prime entre les orges de brasserie d’hiver et les orges fourragère étant très faible, il est très probable que des quantités d’orge d’hiver ne sont finalement pas transformées en orge brassicole pour aller, au contraire, sur le marché fourrager.

Un maïs atone en France

Comme pour le blé et l’orge, le maïs s’est apprécié cette semaine sur le marché mondial sans que cela n’affecte beaucoup les prix intérieurs à la France.

Les opérateurs restent inquiets des conditions sèches en Argentine et de la lenteur de l’avancée des semis de la seconde récolte (Safrinha) au Brésil. Malgré tout, l’ampleur des stocks mondiaux vient limiter la hausse à 2 ou 3 $/t seulement. Le fait que les maïs importés des pays tiers dans l’UE restent plus attractifs que les maïs français en Europe continue de peser sur les prix français qui n’arrivent pas à tirer partie du tout de la hausse mondiale.

Hausse des cours du soja sous l’influence de la météo argentine

Les cours de la graine de soja à Chicago gagnent cette semaine plus de 13 $/t sur le rapproché, à 363 $/t au 15 février. Ils sont en particulier tirés par la hausse des prix des tourteaux (voir ci-dessous), avec les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial à court terme, au vu des pertes de rendements en cours en Argentine. À noter toutefois que la récolte brésilienne s’annonce très bonne, et pourrait atteindre un nouveau record, selon certains analystes.

Malgré la hausse des cours, les fondamentaux du marché nord-américain restent (très) lourds : des ventes à l’exportation en retard (44,8 millions de tonnes cette année contre 51,7 l’an dernier) et des chiffres de trituration de janvier inférieurs aux attentes. Bref, les stocks US à la fin de la campagne devraient être pléthoriques, et peser sur les prix, si les semis (en mai) se déroulent correctement.

Les prix du colza se stabilisent

Malgré la remontée de l’euro face au dollar (après le trou d’air de la semaine dernière), les prix du colza en France se stabilisent cette semaine. Ainsi, le rendu Rouen comme le Fob Moselle gagnent environ 1 €/t. Les cours sont quasiment inchangés sur Euronext par rapport à la semaine dernière. Les dernières statistiques de douane Eurostat confirment la très forte progression des importations sur le premier semestre de la campagne (juillet-décembre). Les expéditions australiennes seront maintenant à surveiller, avec à l’heure actuelle un retard par rapport à l’an dernier (environ 500 000 tonnes expédiées à fin décembre contre plus de 1 million l’an dernier).

Au Canada, le canola est tiré par la vigueur des cours du soja voisin, et gagne environ 5 $/t.

Les cours du tournesol à Saint-Nazaire sont reconduits, à 310 €/t.

Le manque d’eau en Argentine fait bondir les cours du tourteau

Le tourteau de soja enregistre de nouveau cette semaine une forte hausse, gagnant plus de 33 $/t à Chicago, alors qu’une partie de la demande mondiale normalement destinée à l’Argentine se reporte sur les USA. Les plaines argentines continuent en effet de souffrir de la sécheresse, et les prévisions météorologiques n’y sont guère encourageantes. De ce fait, plusieurs analystes ont réduit leur prévision de récolte de graine de soja (principalement exportée sous forme de tourteau), avec un seuil d’environ 50 millions de tonnes. Les cours du tourteau US retrouvent ainsi des niveaux observés pour la dernière fois en juillet 2016 !

Avec la remontée de l’euro, la hausse des prix français est plus modeste : le tourteau de soja gagne ainsi 17 €/t à Montoir.

Le pois départ Marne est inchangé à 170 €/t.

À SUIVRE : logistique en Russie, sécheresse aux USA, la sécheresse en Argentine et la commercialisation des sojas brésiliens et US, rythme de ventes des colzas australiens.

Tallage
Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Une embellie de courte durée en blé

« L’embellie n’a pas duré longtemps », souligne Sitagri, alors que le blé était marqué le 24 mai 2022 à la baisse, après avoir rebondi au début de la semaine. À Chicago, les marchés ont en effet clôturé mardi en ordre dispersé : le blé a cédé 35 c et le maïs 14 c.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza cède du terrain

Le colza clôturait en baisse hier et s’ouvrait en baisse également sur Euronext le 25 mai 2022 au matin. Il « évolue globalement dans un range relativement étroit depuis quelques semaines », note toutefois Agritel.