Avec une semaine de retard par rapport au marché mondial, les prix français décollent pour le blé et l’orge cette semaine. L’envolée est modeste et d’origine climatique en blé, elle semble mieux expliquée par l’offre et la demande en orge.

Les inquiétudes de la vague de froid

Le marché des céréales s’inquiète de la vague de froid qui touche toute l’Europe. Celle-ci devrait durer jusqu’à la semaine prochaine et il s’agira de suivre de près sa durée et son intensité même si les inquiétudes restent modérées actuellement pour la Russie et l’Ukraine où la couverture neigeuse devrait protéger les plantes (à quelques exceptions près). Les risques s’avèrent aussi assez faibles en Europe du Sud mais ils sont plus inquiétants en Europe centrale et dans les États baltes.

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est au contraire plutôt l’apaisement qui prévalait cette semaine avec l’annonce de précipitations dans plusieurs régions très sèches des plaines du sud des États-Unis. Même si les sols restent secs, ces annonces sont venues rassurer les esprits et le marché à terme de Chicago s’est orienté à la baisse au début de la semaine. Cela a alors suscité une vague d’achat de la part des investisseurs qui avaient des positions vendeuses à couvrir si bien que Chicago repartait aussi à la hausse ce jeudi.

Sur le marché mondial, la plupart des origines ont gagné 1 à 2 $/t à l’exception du blé US HRW (blé de bonne qualité meunière) qui a vu son prix diminuer légèrement suite à l’arrivée des pluies.

Les exportations de blé de l’UE toujours en berne

Les blés de la mer Noire continuent à sortir à un rythme effréné qui ne peut supporter le moindre blocage logistique. Le mauvais temps a justement suscité quelques ralentissements et contribué aussi à la montée des prix mer Noire (+1 $/t pour le blé meunier russe mais +7 $/t pour le blé fourrager ukrainien).

En conséquence, les prix français se retrouvent actuellement en hausse de 1,5 à 3,5 €/t selon les places par rapport à la semaine dernière. Le rendu Rouen atteint 157 €/t (+3 €/t) et le rendu La Pallice 156 €/t (+1,5 €/t). Ils ont suivi les autres origines, mais ils ont été stimulés aussi par le récent achat de l’Algérie pour 340 000 tonnes.

Néanmoins, ce n’est pas l’origine française qui est la plus attractive actuellement et le dernier achat de 120 000 tonnes de blé russe uniquement par l’Égypte en atteste. Les exportations de l’Union européenne sont en retard de presque 20 % par rapport à la même date l’an passé, pénalisées par une rétention importante et laissant présager de stocks assez élevés en fin de campagne en France.

Les prix français du maïs font de la résistance

L’emballement des prix argentins fait une pause cette semaine. Ils cèdent même 2 $/t. Néanmoins, les conditions restent très sèches et chaudes et il devient maintenant évident que les rendements seront fortement affectés. Au Brésil, les prix intérieurs continuent de grimper en raison des incertitudes sur les semis en cours de la safrinha (seconde récolte de maïs qui est exportée sur le marché mondial, alors que la première récolte sert plutôt le marché local).

Il semble de plus en plus probable qu’une bonne partie de ces semis sera réalisée en dehors de la période optimale car les pluies des dernières semaines retardent la maturation du soja, et donc sa récolte. Et c’est le soja qui précède celle de la safrinha.

En Afrique du Sud, les pluies récentes ont apporté un peu de répit aux maïs et permettent de maintenir les rendements qui devraient malgré tout être nettement inférieurs au record atteint l’an dernier. En Ukraine, les prix continuent leur ascension (+3 $/t). Les volumes restant à exporter au départ de ce pays sont importants mais les acheteurs peinent à trouver la marchandise : le marché s’interroge donc sur la taille réelle de la récolte qui pourrait être surestimée ou sur une rétention importante qui pourrait conduire à un relâchement de quantité importante avant la fin de la campagne.

En France, les prix ont peu varié en euros mais ils cèdent quelques dollars (–3 $/t) grâce à la baisse de la monnaie européenne. Les maïs français regagnent donc un peu de compétitivité dans l’Union européenne.

L’orge fourragère poursuit son ascension

Le Fob Rouen a gagné 2 $/t depuis la semaine dernière à 209 $/t, tandis que les orges russe et ukrainienne ont gagné 10 $/t chacune, à respectivement 212,5 $/t et 207,5 $/t. Les cours sont soutenus par l’achat en début de semaine de l’Arabie Saoudite pour 1 Mt et d’une manière générale par la bonne demande mondiale.

L’orge ukrainienne reste légèrement décotée par rapport aux autres, mais l’écart s’est réduit par rapport à la semaine dernière. En Russie, il n’y a plus qu’un seul terminal portuaire qui exporte de l’orge, alors même que l’orge fourragère vaut maintenant légèrement plus chère que le blé meunier à 12,5 % de protéines. Il semblerait que les exportateurs russes préfèrent écouler les volumes colossaux de blé de moyenne qualité et ainsi s’économiser la peine de gérer différents types de céréales en même temps.

Les orges brassicoles ne suivent pas la même tendance puisque celle de printemps a perdu 1 €/t à 189 €/t et celle d’hiver n’a pas bougé. Le marché brassicole est atone, les acheteurs brillent par leur absence.

La sécheresse en Argentine continue de doper le soja

Cette semaine, l’actualité du marché reste dominée par le temps toujours très sec en Argentine, et qui conduit à revoir en baisse la production de soja qui sera récoltée d’ici à deux mois dans ce pays. Nous l’attendons maintenant à seulement 48 Mt, soit en recul de presque 7 Mt par rapport à l’année passée (–12 %). Le total des précipitations des trois derniers mois est en effet équivalent à seulement 65 % de la normale.

Ce manque d’eau affecte les plants de soja qui ont majoritairement atteint la phase clé de leur développement (formation des gousses et remplissage des graines). Si les conditions restent sèches dans les semaines à venir, le rendement pourrait encore être révisé à la baisse. Le prix du soja sur le marché américain grimpe donc de 3 $/t sur la semaine. Ces nouvelles haussières sont contrebalancées par la progression de la récolte brésilienne, qui devrait normalement atteindre un niveau historiquement élevé, et dont les rendements s’avèrent même un peu meilleurs qu’espérés au fur et à mesure de l’avancée des travaux des champs.

Le prix français du colza rebondit également

Faisat suite à la hausse du prix du soja, le prix du colza rendu Rouen remonte de 2 €/t (progression pour la quatrième semaine consécutive) et le contrat de mai 2018 sur Euronext progresse de 4 €/t par rapport à la semaine dernière. Le prix du colza Fob Moselle recule légèrement (–1 €/t) mais se consolide à un niveau élevé atteint il y a déjà deux semaines. Au Canada, le canola progresse plus modérément cette semaine (+1 $/t).

Dans l’Union européenne, une vague de froid arrive de Sibérie. Selon les prévisions météo pour les prochains jours, elle pourrait causer des dégâts notamment en Europe centrale et du Nord, mais il faudra attendre la fin de l’épisode de froid et la reprise de croissance des plantes pour avoir une évaluation précise de l’état des cultures.

Les cours du tournesol à Saint-Nazaire sont reconduits, à 310 €/t, avec un marché qui reste très confortable, l’offre dépassant les capacités de trituration, ce qui laisse penser que le stock européen de fin de campagne de 2017-2018 devrait être plutôt conséquent.

Nouvelle escalade du prix du tourteau de soja

Le tourteau de soja enregistre encore cette semaine une hausse, gagnant 13 $/t à Chicago, et 3,50 €/t à Montoir. Le climat argentin est bien sur la cause de cette hausse. Les prix atteignent maintenant 370 €/t sur le rapproché à Montoir, un niveau qui remet en cause l’attractivité des protéines des tourteaux, ce qui devrait freiner la demande de la part des fabricants d’aliments à court terme.

Le pois départ Marne recule de 2 €/t à 168 €/t, imperméable à la hausse du prix du tourteau. En effet, cette matière a bien du mal à regagner la faveur des fabricants d’aliments. Néanmoins, la récente hausse des prix du tourteau a entraîné quelques transactions, qui pourraient s’accélérer durant les prochaines semaines si le prix des tourteaux reste élevé.

Tallage

À suivre : les conséquences de la vague de froid dans l’Union européenne pour les cultures d’hiver, l’avancée des semis de la seconde récolte de maïs au Brésil, les rendements de maïs et de soja en Argentine.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Une embellie de courte durée en blé

« L’embellie n’a pas duré longtemps », souligne Sitagri, alors que le blé était marqué le 24 mai 2022 à la baisse, après avoir rebondi au début de la semaine. À Chicago, les marchés ont en effet clôturé mardi en ordre dispersé : le blé a cédé 35 c et le maïs 14 c.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza cède du terrain

Le colza clôturait en baisse hier et s’ouvrait en baisse également sur Euronext le 25 mai 2022 au matin. Il « évolue globalement dans un range relativement étroit depuis quelques semaines », note toutefois Agritel.