Il apparaît de plus en plus nécessaire que toutes les origines mondiales, capables d’exporter du blé, prennent le relais de la Russie en seconde moitié de campagne. Cette prévision, présentée de nombreuses fois dans cette chronique, est de plus en plus partagée par les grands opérateurs, tels qu’ADM par exemple lors d’un discours donné à la conférence Global Grain au cours de cette semaine à Genève.

Les ventes des États-Unis, notamment, devront absolument monter en puissance au début de 2019 et au printemps surtout, une fois les disponibilités russes et argentines en partie asséchées. Les blés argentins sont sur le point d’arriver sur le marché avec une récolte qui s’annonce importante et des prix compétitifs malgré la taxe à l’exportation remise en place par le gouvernement Macri.

Néanmoins, il pleut actuellement sur les blés argentins et leur qualité n’est pas encore assurée. Des dégradations importantes sont à craindre. Ce qui pourrait réduire les quantités de blé meunier disponibles dans ce pays et renforcer encore plus la dépendance des importateurs mondiaux vis-à-vis des blés américains.

Ces derniers sont disponibles en quantité suffisante. Pas de problème donc en théorie pour que les États-Unis alimentent correctement le marché mondial en seconde moitié de campagne. Cette situation devrait conduire à une forte diminution des stocks américains (exprimés en pourcentage des utilisations) par rapport à l’an dernier, la plus forte depuis de nombreuses années.

Bien sûr, l’Union européenne sera présente et va participer à répondre aux besoins mondiaux. Néanmoins, avec sa récolte qui a chuté de 15 millions de tonnes par rapport à l’an dernier, elle ne pourra pas faire grimper fortement ses exportations en seconde moitié de campagne. Elle devrait finir la campagne avec des exportations vers les pays tiers plus basses que l’an dernier.

Des prix de blé coincés pour l’instant

Dans ce contexte de tension mondiale en seconde moitié de campagne, les prix sont attendus en hausse. Un mouvement dans ce sens avait été amorcé la semaine dernière, mais, de nouveau, on observe un blocage cette semaine et un affaissement de tous les prix que ce soit en France ou sur le marché mondial.

Le blé rendu Rouen vient de reperdre 1,00 €/t à 198,50 €/t (base juillet) comme la Moselle à 191,00 €/t. Sur le marché mondial, les blés européens ont abandonné 3,00 $/t cette semaine à 233,00 $/t Fob Rouen, pendant que les blés américains perdaient entre 3,00 et 9,00 $/t selon les qualités.

Sur le front de la mer Noire, pas de baisse, mais pas de franche remontée encore. Juste un petit dollar de plus par tonne pour les blés russes à 225 $/t Fob. L’Arabie Saoudite a lancé un appel d’offres pour 475 000 tonnes cette semaine mais ce dernier a plutôt déçu les opérateurs car ils attendaient un plus gros achat.

Le rythme d’exportation n’a pas faibli jusqu’à maintenant au départ de la Russie. Il continue d’imposer une chape de plomb sur les prix mondiaux du blé. Ceci ne devrait pas durer et toute la question est de savoir si le rythme des exportations russes va décliner progressivement, déclenchant une hausse elle aussi progressive des prix au fur et à mesure que les autres origines prendront le relais, ou si ce rythme se poursuivra jusqu’à épuisement des disponibilités russes (théoriquement à la fin de février). Dans ce dernier cas, la hausse des prix pourrait se faire de façon plus tardive mais aussi beaucoup plus violente à partir de ce moment-là.

À noter aussi que, grâce à des pluies arrivées à temps début novembre, les semis ont pu s’effectuer à hauteur des intentions dans presque tous les pays d’Europe sauf le sud-est. Si le climat le permet, cela pourrait conduire à de meilleures productions pour la récolte de 2019. D’ailleurs, la production est attendue en hausse un peu partout dans le monde.

L’orge arrêtée dans sa lancée

Avec la pression du blé, les orges fourragères s’affaissent aussi. Elles perdent 3,00 à 4,00 €/t à 199,00 €/t rendu Rouen (prix base juillet). Comme en blé, la situation mondiale s’annonce pourtant tendue en orge fourragère et nous prévoyons un potentiel de hausse dans les mois qui viennent. À court terme, ce potentiel reste bridé par le fait que les prix du blé sont comprimés par la pression russe. D’autre part, le maïs, qui arrive sur le marché aux États-Unis et en Ukraine, tempère la hausse des cours de l’orge.

Sur le segment brassicole, les prix ont chuté aussi à 210,00 €/t et 223,00 €/t Fob Creil pour les orges d’hiver et de printemps respectivement. Outre la bonne qualité des orges françaises, il apparaît de plus en plus certain que plusieurs malteurs en Europe commencent à accepter des orges avec un taux de protéine atteignant 12 %. Cela vient augmenter les quantités d’orge potentiellement utilisables et pèse sur les prix.

Influence du maïs brésilien sur les prix français

Les prix du maïs ont évolué en ordre dispersé cette semaine : ceux de l’est de la France (Fob Rhin) se sont légèrement affaissés (–1,00 €/t à 173 €/t) alors que ceux de la façade atlantique gagnaient 3,00 €/t à 171,25 €/t rendu La Pallice ou 177,25 €/t Fob Bordeaux. Les prix français alsaciens ont lâché un peu de lest à la suite des quelques précipitations du début de novembre, donnant l’espoir d’une amélioration des niveaux d’eaux dans les fleuves et canaux du nord de l’Union européenne (niveaux restant très faibles toutefois).

Les prix de la façade atlantique ont probablement reflété la perte de compétitivité potentielle des maïs brésiliens pour l’importation en Bretagne. Les maïs brésiliens étaient devenus attractifs il y a quelque temps mais les difficultés pour l’exportation dans les ports brésiliens sont venues changer la donne. Le Brésil donne la priorité actuellement aux chargements de soja afin de satisfaire la demande chinoise, très forte du fait du quasi-arrêt des exportations de soja américain vers cette destination. Conséquence, les maïs brésiliens ne sont même plus cotés actuellement.

Contrairement au cas du blé et de l’orge, la situation mondiale du maïs s’annonce pourtant lourde avec des disponibilités aux États-Unis et en mer Noire importantes. Ces maïs vont venir comprimer les prix, y compris en Europe.

Le colza soutenu par ses fondamentaux

Les cours du colza français ont enregistré de belles performances à la fin de la semaine dernière et jusqu’au lundi 12, le rendu Rouen atteignant leur niveau le plus élevé depuis novembre 2017 à 375 €/t alors que le Fob Moselle s’affichait à 381,00 €/t, soit le niveau le plus élevé depuis août 2018.

Plusieurs éléments haussiers, déjà mentionnés la semaine dernière, avaient été à l’origine de ce rebond : les gros déboires concernant les surfaces pour la récolte de 2019, la proposition de la Fédération française des combustibles carburants et chauffage (FF3C) d’incorporer de l’huile de colza dans le fuel domestique et l’annonce par le Groupe Avril du lancement d’un carburant à base d’huile de colza.

Les cours du colza se sont ensuite apaisés au cours de la semaine en suivant la tendance baissière des cours de l’huile de palme, du canola canadien sur Winnipeg et le repli marqué des cours du pétrole. Ces éléments baissiers viennent finalement en partie compenser la hausse du début de la semaine, et les cours du colza terminent la semaine en hausse de 3 €/t rendu Rouen et quasi stables Fob Moselle (+0,50 €/t).

Au Canada, la tendance baissière s’est poursuivie cette semaine. À Winnipeg, le prix du canola canadien recule suite à des exportations décevantes. Ces dernières ont en effet chuté à seulement 111 000 tonnes au cours de la semaine du 28 octobre, ce qui est nettement inférieur à la moyenne pour cette période de l’année. La baisse des prix de l’huile de palme et des cours de l’or noir ont aussi pesé sur les cours du canola qui perd 2 $/t à 363,50 $/t cette semaine.

Beaucoup de tournesol

Le tournesol français cherche toujours un équilibre entre une offre locale en baisse, un marché mondial confortable grâce à des récoltes records en mer Noire, et une demande industrielle soutenue. Après avoir cédé 12,00 €/t en une journée à la fin de la semaine dernière, le prix du tournesol gagnait 7,50 €/t hier soutenu par une demande européenne très dynamique. En mer Noire, les prix Fob sont stables depuis deux semaines à 335 $/t après avoir intégré la pression de récolte.

En Argentine, les semis sont maintenant achevés à plus de 80 % des 1,9 million d’hectares prévus. Dans la région du Nord-Est, où les cultures sont en phase de floraison au début de la maturité, les dernières précipitations enregistrées pourraient entraîner des pertes de rendement. L’impact reste néanmoins difficile à mesurer à ce stade.

Soja en hausse

Le soja américain finit la semaine avec une note haussière. Il gagne 7,70 $/t par rapport à la semaine dernière, principalement en raison de la reprise des négociations sino-américaines et de l’annonce par le ministère américain de l’Agriculture (USA) de ventes importantes de soja vers des destinations inconnues, très probablement la Chine.

À ces éléments haussiers s’ajoutent les conditions météorologiques ralentissant l’avancée de la récolte aux États-Unis. Selon l’USDA, les sojas ont été récoltés à 88 % au 13 novembre contre 93 % en moyenne quinquennale.

Les tourteaux de soja sur le CBOT sont restés stables cette semaine à 337 $/t. Les cours ont été tiraillés entre la hausse des graines et la forte disponibilité avec une trituration record en octobre aux États-Unis. La situation est similaire à Montoir où les prix demeurent inchangés à 339,00 €/t.

Tallage

À suivre : évolution des prix et des disponibilités russes en blé, compétition dans les ports entre maïs et soja au Brésil, conditions climatiques en Argentine (impact sur le blé et le tournesol).

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