Alors que la sécheresse en Argentine continue de soutenir le prix du maïs partout dans le monde, les hausses s’essoufflent en blé et en orge.

Blé : affaissement sauf en Russie

C’est l’apaisement qui a dominé cette semaine sur le marché du blé tendre, aux USA et dans l’UE. La situation reste sèche sur les plaines de production de blé d’hiver aux USA mais elle n’a pas empiré et l’USDA a même remonté très légèrement ses notations concernant l’état des cultures dans la plus grosse région productrice du Kansas.

Les opérateurs se sont plutôt focalisés cette semaine sur la lenteur des ventes à l’exportation au départ de ce grand pays, lenteur qui a conduit l’USDA ce jeudi, dans son rapport mensuel, à revoir en baisse la prévision des exportations US pour l’ensemble de la campagne. Dans ce même rapport, les stocks US de blé ont donc été revus à la hausse de concert avec les stocks mondiaux et cela est venu peser sur les prix.

Ainsi, après une croissance incessante depuis le début de janvier, les prix américains ont abandonné 5 $/t cette semaine à 215 $/t Fob pour le blé SRW (blé de qualité meunière moyenne) et à 243 $/t Fob pour le blé HRW (blé meunier de plus haute qualité). Ils ont entraîné les blés européens et français à leur suite, le blé meunier français abandonnant aussi 5 $/t à 205 $/t Fob Rouen (–4 €/t en base juillet à 154,5 €/t rendu Rouen). La chute des blés français a été renforcée au début de la semaine par un euro en hausse, avant un décrochage à la fin de la semaine, à l’annonce par le président de la BCE du maintien (ou du peu de changement) de la politique monétaire européenne.

À ce niveau, les blés français sont désormais légèrement moins chers que les blés russes à 12,5 % de protéine mais encore trop chers par rapport aux blés russes à 11,5 % de protéine avec lesquels ils sont surtout en compétition. C’est encore la Russie qui a remporté l’appel d’offres égyptien de cette semaine (175 000 tonnes).

Les blés de la mer Noire, quant à eux, sont restés de marbre : ils n’ont pas suivi la baisse américaine en raison du maintien d’un bon rythme de chargements alors qu’il devient nécessaire pour les exportateurs d’aller chercher le blé russe de plus en loin dans le centre du pays. Le regain de compétitivité des blés français ne semble donc pas encore suffisant pour entraîner une révision notable des perspectives d’exportations françaises mais cela reste à suivre si les prix de la mer Noire poursuivent leur consolidation.

L’orge suit le blé à la baisse

Comme dans le cas du blé, les prix des orges fourragères se sont affaissés cette semaine en Europe : les orges françaises ont perdu entre 3 et 4 €/t à Rouen (160 €/t Fob en base juillet) et 3 $/t Fob sur le marché mondial alors que les prix des orges de la mer Noire restaient stables. Les évolutions de l’orge ont été dictées par celles du blé, et, comme en blé, les orges françaises regagnent légèrement en compétitivité par rapport à leur principale compétitrice.

L’orge fourragère reste plus chère que le blé en raison d’un bilan mondial très tendu (forte réduction des stocks attendue à la fin de la campagne).

Sur le créneau brassicole, les prix sont restés stables pour les orges de printemps (à 185 €/t Fob Creil) ou ont même monté pour les orges d’hiver (+3 €/t Fob Creil à 162 €/t). Les prix sont plutôt soutenus par le retard des semis de printemps avec peu d’avancée cette semaine et des inquiétudes pour la semaine prochaine à cause des pluies prévues en France et au Royaume-Uni.

Le maïs français résiste

Le maïs s’est désolidarisé des deux autres céréales cette semaine avec des prix qui ont résisté voire monté, sur la façade atlantique surtout (+4 €/t à La Pallice à 152 €/t). Les prix français ont suivi la tendance mondiale avec des fortes appréciations, de nouveau, pour les maïs US et les maïs ukrainiens (+12 $/t chacun).

Malgré l’ampleur des disponibilités américaines, c’est l’inquiétude concernant la récolte argentine qui donne le ton et enflamme les différentes places. Dans son rapport mensuel, à cause de la sécheresse qui perdure dans ce pays, l’USDA vient de réviser en baisse de 3 Mt la récolte argentine (à 36 Mt). En conséquence, cela a conduit le département américain à relever la prévision des ventes US et donc à réviser en baisse de 10 % par rapport au mois dernier les stocks attendus en fin de campagne aux USA. Ce mouvement, en partie anticipé par les opérateurs, a fait grimper doucement les prix pendant la semaine et les a fait bondir jeudi soir, une fois les chiffres publiés.

Malgré ces révisions, les stocks de maïs resteront importants aux USA en fin de campagne et le bras de fer qui continue d’opposer les partisans de l’éthanol contre le lobby du pétrole reste d’actualité. Toutefois, tant que les récoltes d’Amérique du Sud ne sont pas sécurisées (les semis de la récolte d’hiver au Brésil viennent d’être revus en légère baisse), la demande mondiale se porte sur les maïs US et cela soutient les prix.

Les déboires argentins soutiennent les cours du soja

L’USDA a publié jeudi soir son habituel rapport mensuel sur l’offre et la demande mondiale. Sans surprise, les perspectives de récolte de soja ont été revues en baisse de 7 millions de tonnes (Mt) en Argentine (à 47 Mt), mais en légère hausse au Brésil (+1 Mt à 113 Mt). Certaines sources sont toutefois encore plus alarmistes en Argentine, avec la bourse des céréales de Buenos Aires qui vient de couper encore de 2 Mt à sa prévision de récolte de soja (à 42 Mt seulement). L’arrivée de quelques pluies pourrait cependant venir soulager les cultures, au moins dans quelques régions.

Ces incertitudes sur la taille réelle des disponibilités mondiales continuent donc de bousculer les prix qui finissent la semaine en très légère baisse à Chicago (–1,5 $/t environ), avec des stocks US pléthoriques. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, les fortes disponibilités nord-américaines pourraient trouver preneur avec le retrait des ventes argentines, ce qui empêche les prix de vraiment reculer sur le marché à terme de Chicago. Il est cependant nécessaire pour les USA que les ventes s’accélèrent rapidement : le rythme des ventes jusqu’à présent reste très en deçà de l’an dernier (48 Mt au 1er mars, contre 52,9 Mt l’an dernier à la même date). Les tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis restent donc à surveiller de près.

L’euro a coupé l’élan du colza

Après environ 1 mois de hausse des cours, les prix du colza reculent cette semaine. Ils perdent ainsi 6,5 €/t rendu Rouen, et 6 €/t Fob Moselle. Sur Euronext, la baisse est un peu plus marquée, avec un recul de 7,5 €/t (contrat de mai 2018). Avant de retomber hier à la suite des déclarations du président de la BCE Mario Draghi, l’euro avait grimpé cette semaine à plus de 1,24 dollar et cela a plombé les prix hexagonaux du colza. Par ailleurs, les prix de l’huile sont aussi orientés à la baisse, entre probable recul de la demande indienne d’huile de palme et incertitudes sur le devenir de la politique US pour les biocarburants.

Au Canada, le canola voit son prix reculer d’environ 4,5 $/t.

À rebours des autres oléagineux, le cours du tournesol à Saint-Nazaire gagne 5 €/t cette semaine, à 317 €/t. De très bonnes marges de trituration stimulent la demande.

Le prix du tourteau de soja reprend son souffle

Après la forte hausse observée depuis la mi-janvier, les cours du tourteau de soja marquent le pas. À Chicago, le prix sur le rapproché (mars) perd presque 15 $/t. Le prix recule plus modérément en France, avec une perte de 6 €/t à Montoir par rapport à la semaine dernière. Les annonces de pluies en Argentine et l’amélioration des marges de trituration (ce qui est favorable à la production de tourteaux) ces dernières semaines permettent au sentiment haussier de s’estomper pour le moment.

Le pois départ Marne voit son prix augmenter très légèrement, gagnant 2 €/t cette semaine à 170 €/t.

À SUIVRE : guerre commerciale USA-Chine, sécheresse en Argentine, évolution des prix des blés mer Noire, rythme de récolte du soja et des semis de la seconde récolte de maïs au Brésil, commercialisation des sojas brésiliens et US, rythme de ventes des colzas australiens.

Tallage
Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Une embellie de courte durée en blé

« L’embellie n’a pas duré longtemps », souligne Sitagri, alors que le blé était marqué le 24 mai 2022 à la baisse, après avoir rebondi au début de la semaine. À Chicago, les marchés ont en effet clôturé mardi en ordre dispersé : le blé a cédé 35 c et le maïs 14 c.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza cède du terrain

Le colza clôturait en baisse hier et s’ouvrait en baisse également sur Euronext le 25 mai 2022 au matin. Il « évolue globalement dans un range relativement étroit depuis quelques semaines », note toutefois Agritel.