C’est le marché américain du blé qui affiche les plus fortes variations de prix cette semaine. Il perd entre 6 et 8 $/t selon les qualités, si bien que le blé SRW (basse qualité meunière) descend à 208 $/t Fob Golfe. Quelques facteurs fondamentaux expliquent ce repli, comme la légère révision à la hausse de la récolte russe.

Les analystes locaux l’estiment maintenant légèrement au-dessus des 70 millions de tonnes (Mt). Il n’en reste pas moins qu’elle chute de 15 Mt par rapport à celle de l’an dernier. Par ailleurs, dans son rapport publié hier, le 25 octobre 2018, le Conseil international des céréales a revu à la hausse son estimation de la récolte chinoise de blé ainsi que son estimation de la récolte mondiale de blé.

Ces deux éléments ont pesé sur les prix aux États-Unis d’autant plus que les ventes américaines de blé ont été assez faibles jusqu’à maintenant. Faisant suite à cette baisse, le blé SRW se retrouve comme le moins cher offert aujourd’hui à l’Égypte, dans le cadre de l’appel d’offres encore en cours au moment d’écrire ces lignes.

Malgré ces facteurs explicatifs, la baisse de Chicago semble un peu trop marquée alors que les perspectives mondiales demeurent haussières, la Russie n’étant pas capable de maintenir sur les prochains mois son rythme d’exportation. Il semble que cette baisse soit un peu artificielle, suscitée par des ventes massives en un temps très court par des algorithmes de trading automatique.

Des achats de blé importants cette semaine

En tout cas, cette évolution des prix américains a influencé ceux des autres origines mais dans une bien moindre mesure. Les prix français n’ont abandonné que 1 €/t cette semaine à Rouen, à 196 €/t, et un peu plus de 1 €/t sur Euronext, à 199,75 €/t, pour l’échéance de décembre. La chute en dollar a été plus marquée, environ 5 $/t, à cause du nouvel affaissement de l’euro face au dollar.

Du côté de la mer Noire, ce sont les blés ukrainiens qui ont été les plus affectés par la baisse américaine car ils sont en compétition directe avec les blés SRW sur les pays d’Asie par exemple. Les blés meuniers russes, en revanche, n’ont presque pas bougé : 1 $/t, à 224 $/t, pour un taux de protéines de 12,5 %.

La perte lente de compétitivité des blés russes mentionnée la semaine dernière se poursuit donc et va conduire à la hausse les exportations des autres origines. Cela devait donc venir stopper le mouvement baissier assez rapidement.

En plus de l’appel d’offres en cours de l’Égypte, plusieurs pays ont profité de la chute des prix cette semaine et acheté de grosses quantités de blé : la Syrie avec 200 000 t, l’Algérie avec 500 000 t, la Tunisie avec 125 000 t. L’achat syrien porte sur des blés russes alors que ceux de la Tunisie et de l’Algérie ont été bouclés en origine optionnelle, la France étant bien placée sur l’Algérie.

Le retard des semis d’orge n’affecte pas les prix

Le temps sec en France perturbe les semis et suscite des inquiétudes sur les surfaces réellement emblavées en orge d’hiver, ainsi que sur l’état des cultures déjà levées. D’après FranceAgriMer, 61 % des intentions de semis d’orge d’hiver ont été réalisées au 21 octobre, contre 72 % l’an dernier à même date.

La situation est exceptionnelle, tant l’épisode de sécheresse est long. C’est notamment le sud du Bassin parisien qui est le plus affecté par ces conditions difficiles qui perturbent le bon déroulement des emblavements. Les pluies, annoncées un temps, ne semblent plus d’actualité.

Malgré ces inquiétudes, les prix des orges fourragères françaises n’ont pas grimpé au cours de la semaine. Au contraire, ils ont cédé 1 €/t rendu Rouen et Fob Moselle, à 201 et 191 €/t respectivement. Dans la zone de la mer Noire, les cotations d’orge ont été reconduites à l’identique, à 236 $/t en Ukraine et 238 $/t en Russie.

Faisant suite à ces évolutions opposées, l’orge française se retrouve maintenant sur le marché mondial très légèrement moins chère, à 236,5 $/t, que l’orge russe, pour la première fois de la campagne. Les disponibilités russes sont largement écoulées et la compétitivité de cette origine ne devrait pas s’améliorer dans les semaines et les mois à venir.

Les orges brassicoles d’hiver et de printemps ont toutes les deux reculé de 1 €/t, à respectivement 210 €/t et 224 €/t. La prime d’hiver (différence entre le prix brassicole et le prix fourrager) atteint 19 €/t et celle de printemps s’élève à 33 €/t. Étant donné les mauvaises récoltes chez les principaux pays producteurs et exportateurs d’orge de brasserie, ces niveaux de prime apparaissent faibles, à moins que les malteurs augmentent nettement les taux de protéine qu’ils sont prêts à accepter. Les prix brassicoles français restent donc prévus en hausse au cours des prochaines semaines.

L’offre mondiale plombe le maïs européen

À cause de la sécheresse qui impacte le niveau des eaux sur le Rhin, la Moselle et le Danube, les cotations ne sont pas disponibles sur le court terme pour les maïs de l’est de la France. Sur la façade atlantique en revanche, l’origine France abandonne encore 2,50 €/t cette semaine, à 161,75 €/t, rendu La Pallice par exemple.

Sur le marché mondial, c’est l’orientation baissière qui a dominé avec des pertes de 1 à 5 $/t pour toutes les origines de l’Amérique du Sud et du Nord, jusqu’à l’Ukraine.

La récolte française progresse rapidement, avec 91 % des surfaces récoltées au 21 octobre contre 70 % l’an dernier, selon FranceAgriMer. Les résultats confirment des rendements décevants en sec mais de meilleurs niveaux que prévu pour les maïs irrigués. C’est donc de nouveau la situation mondiale et les fortes disponibilités chez les grands exportateurs qui empêchent les prix européens de se rapprocher de ceux du blé et de l’orge.

Malgré tout, vu le déficit de maïs en Europe cette année, vu aussi le fait que l’Europe va probablement assécher une large part du disponible exportable ukrainien, la baisse observée depuis plusieurs semaines devrait bientôt s’arrêter.

Un colza français encore hésitant

Le colza français se replie cette semaine de 1 €/t à Rouen et en Moselle. Sur le marché à terme Euronext, les prix sont en hausse d’environ 2 €/t sur le rapproché. Le marché du colza reste hésitant entre un contexte mondial baissier et une situation européenne plus alarmante. D’un côté, les marchés du soja et du canola, le colza canadien, sont orientés à la baisse, avec l’accélération des récoltes en Amérique du Nord, tout comme celui des huiles.

En effet, la production d’huile de palme est en hausse saisonnière alors que la demande à l’exportation est plutôt en retrait, et les stocks sont au plus haut actuellement. Dans le même temps, la production de colza en 2019 reste très incertaine à l’échelle de l’Union européenne, toujours menacée par les conditions sèches en France, en Allemagne et en Europe centrale.

Par ailleurs, les basses eaux du côté du Rhin ralentissent fortement la livraison des graines de colza aux usines de trituration du nord-ouest et du centre de l’Europe. Ces dernières sont forcées de ralentir leur rythme de trituration. Cela sera difficilement rattrapable en seconde moitié de campagne. Les stocks prévus en juin 2018 pourraient dont finalement être plus élevés que prévu.

Au Canada, la récolte de canola a bien progressé à la faveur d’un temps plus sec. Au Manitoba et au Saskatchewan, elle est maintenant quasiment achevée, mais elle reste encore en retard dans l’Alberta. L’avancée de la moisson a pesé sur le prix du canola à Winnipeg : –6 $/t sur le rapproché depuis la semaine dernière. Ces derniers jours, les acheteurs chinois semblent plus enclins à augmenter leurs achats de tourteaux de canola plutôt que de graines afin de pallier leur déficit en protéines.

Stabilité en tournesol

Le prix du tournesol est stable à 305 €/t à Saint-Nazaire. Une demande non négligeable soutient les prix en Mer Noire. Les prix ont gagné environ 3 $/t dans cette région. En Argentine, les conditions sont favorables pour les surfaces du Nord-Est déjà emblavées. Plus au sud, les semis progressent bien dans les régions de la Pampa et de Buenos Aires.

Recul des prix du soja

Sur le marché à terme de Chicago, le prix du soja est en baisse de 8 $/t depuis la semaine dernière. La récolte a repris un bon rythme. Au début de la semaine, elle était réalisée à 53 %, contre 38 % la semaine précédente. L’arrivée de ces volumes records pèse sur les prix tout comme le léger ralentissement de la demande à l’exportation : seulement 200 000 tonnes vendues cette semaine, un volume inférieur aux attentes des opérateurs.

Par ailleurs, la Chine devrait vraisemblablement se passer de l’origine américaine dans les prochains mois, malgré des disponibilités en forte baisse en Amérique du Sud. Quelques annulations d’achats ont d’ailleurs été rapportées cette semaine. Au Brésil, les semis continuent à progresser rapidement avec 34 % des surfaces emblavées au début de la semaine contre seulement 20 % l’an dernier à la même date. En Argentine, les semis viennent de démarrer.

Les tourteaux de soja à Chicago reculent de 13 $/t depuis la semaine dernière. Comme en graines, de faibles ventes à l’exportation ont été observées cette semaine. Les tourteaux se replient de 9 $/t à Montoir à la suite de la baisse américaine. Le prix du pois ne résiste pas au recul de son concurrent, et perd 7 €/t sur la semaine afin de rester attractif pour les fabricants d’aliments.

Tallage

A suivre : la compétitivité des céréales russes par rapport aux céréales européennes et américaines, le climat en Europe et son impact sur les semis des céréales d’hiver, les récoltes canadienne et australienne de canola, les importations de tourteaux de soja et de colza de la Chine, le climat pour le soja en Amérique latine, le retour des pluies en Europe.

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