Blé : Moscou va mettre un pied sur le frein à l’exportation

Il faut se méfier de l’eau qui dort. Les cours du blé ont certes peu évolué depuis la semaine dernière, que ce soit au niveau européen ou mondial, avec un blé rendu Rouen au point mort autour de 200 €/t et des prix russes (Fob mer Noire) qui grignotent à peine 1 $/t, à 240 $/t.

Seuls les blés US et ukrainiens donnent un peu de rythme, avec les premiers qui s’affaissent de quelques dollars (pour les blés d’hiver Fob Gulf) et le blé fourrager ukrainien qui se raffermit à 219 $/t Fob mer Noire. Ce calme pourrait toutefois être celui de l’entracte pendant lequel les acteurs changent de costume.

L’acte I de la campagne avait mis le blé russe sur le devant de la scène, avec un rythme d’exportation étourdissant, laissant peu de place à la concurrence. Des signes avant-coureurs laissent néanmoins penser que la Russie va mettre le pied sur le frein, comme le durcissement des contrôles sanitaires opérés par les agences de surveillance russes ces dernières semaines, contribuant à rallonger le temps d’attente des chargements des bateaux, tandis que certains terminaux sont menacés de fermeture pour non-conformité. Nombreux sont ceux qui y voient la main de Moscou, désireuse de ne pas laisser le blé s’échapper du pays alors que les disponibilités sont en nette baisse par rapport à l’an passé.

L’acte II pourrait donc voir l’Europe, et la France notamment, endosser le beau rôle à l’exportation face au progressif retrait de l’origine mer Noire. Depuis le début de la campagne, les exportations françaises ont été portées par les ventes vers l’Algérie, mais les marchés devraient se diversifier dans les mois qui viennent, avec l’Afrique subsaharienne, voire l’Égypte, en ligne de mire. À cet égard, la dernière révision à la hausse par FranceAgriMer, le 10 octobre, des exportations sur pays tiers à 8,75 millions de tonnes (Mt), pourrait s’avérer une hypothèse timide.

Craintes qualitatives au Canada, tempérance en Argentine

Avec la baisse récente des prix US, liée notamment à la révision à la hausse des stocks de blé états-uniens dans le rapport de l’USDA publié le 11 octobre, cette origine se positionne aussi en embuscade. Les blés US pourraient en outre tirer profit des déconvenues du Canada. Dans ce pays, le retour de la pluie et de la neige a très fortement ralenti les récoltes tandis que plus d’un quart des blés de printemps sont encore dans les champs.

Faute de pouvoir ressortir rapidement les moissonneuses, ce sont plusieurs millions de tonnes de blé qui pourraient être déclassées en blé fourrager, ouvrant un peu plus la voie au blé des USA. La demande en blé français – et donc la hausse potentielle des cours – dépendra également de l’offre en blé argentin, qui sera un solide concurrent sur l’Algérie en seconde moitié de campagne.

Or, les projections extrêmement optimistes pour la production en Argentine (fondées sur la hausse des surfaces) commencent à être tempérées par les rendements relativement décevants dévoilés par les premières coupes. Tout en restant très élevée, la production argentine pourrait ainsi être revue en baisse de quelques centaines de milliers de tonnes, ce qui apporterait un soutien supplémentaire pour les prix du blé.

Reprise en orge d’hiver brassicole

Pas de grosse évolution non plus sur les prix de l’orge fourragère cette semaine : 202,25 €/t à Rouen (+1 €/t) et 197,75 €/t Fob Moselle (–0,5 €/t). Comme en blé, le marché est probablement en phase de transition. Il est tiraillé entre, d’une part, des éléments nettement haussiers tels que les très faibles disponibilités mondiales d’orge, la baisse des récoltes de la mer Noire en blé et orge et, d’autre part, des éléments nettement baissiers tels que la lourdeur du bilan mondial de maïs.

Malgré l’ampleur des stocks mondiaux de maïs, les perspectives restent toutefois vraiment critiques en orge : quelques pays qui comptent sur le marché mondial (l’Arabie Saoudite et la Chine notamment) ne vont pas pouvoir réduire beaucoup leurs achats. En Arabie, l’orge est la céréale fourragère principale et même si son incorporation baisse cette année par manque d’attractivité, la substitution par du maïs restera modeste. En Chine, la consommation d’orge va rester soutenue à cause des taxes d’importation appliquées sur le maïs et le sorgho.

En fonction des besoins à venir, l’UE devra s’efforcer d’assurer son rôle d’exportateur, ce qui devrait revenir soutenir les prix à moyen terme.

Les prix brassicoles remontent cette semaine pour les variétés d’hiver à 210,5 €/t Fob Creil (+2,5 €/t). La prime des variétés d’hiver par rapport à l’orge fourragère avait fortement chuté ces derniers temps, au point de mettre en péril l’intérêt des opérateurs pour le travail d’allotement et de calibrage à faire sur ces variétés. Les prix restent stables en revanche à 226 €/t fob Creil pour les variétés de printemps.

Le maïs reste comprimé

Les maïs français restent orientés en baisse même si la chute est moins marquée que la semaine dernière : ils perdent 1 €/t à Bordeaux (à 172,5 €/t) et sont stables en Fob Rhin et à La Pallice.

Ce mouvement reflète largement la situation mondiale caractérisée par des stocks qui restent très élevés, qui viennent d’être revus en hausse à nouveau par l’USDA dans sa publication mensuelle.

Même si les prix des maïs US frémissent légèrement à la suite d’une estimation de récolte revue en légère baisse hier par l’USDA, les maïs ukrainiens, eux, continuent de baisser (de 2 $/t cette semaine) avec des résultats de récolte excellents dans ce pays.

Les perspectives d’importations dans l’UE sont telles (de plus de 21 millions de tonnes) qu’il est difficile d’envisager tout rebond marqué des prix malgré le manque de blé et d’orge.

Le colza sous la pression du pétrole

Après trois semaines de hausse sous l’effet du déficit hydrique pénalisant les travaux de semis en France, en Allemagne et en Europe centrale, les cours du colza sur le marché français ont progressivement reculé cette semaine. Globalement, ils sont en baisse de 4,5 €/t sur les places hexagonales et ils ont reculé de 5 €/t sur Euronext. Une des explications de cette baisse est le repli du pétrole. Selon le dernier rapport de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), les stocks de pétrole ont augmenté au second et au troisième trimestre de 2018 et le marché est correctement approvisionné pour le moment.

D’autre part, le net repli du prix de l’huile de palme a également pesé sur les cours du colza. En effet, le « Malaysian Palm Oil Board » a annoncé une reprise de la production malaisienne de palme de 14 % sur le mois de septembre. En conséquence, les stocks d’huile de palme en Malaisie ont atteint leur plus haut niveau en huit mois à la fin du mois de septembre et s’élevaient à 2,54 millions de tonnes.

Au Canada, les récoltes de canola sont fortement ralenties par des précipitations neigeuses. Le ramassage des plantes devient de plus en plus difficile vu les quantités de neige abondantes sur les champs. L’avancement de la récolte est donc minime depuis la semaine dernière. Toutefois, les cours du canola sur le marché de Winnipeg ont subi la tendance baissière du pétrole et des huiles et ont reculé de 2,5 $ canadien par tonne, soit de plus de 7 $/t.

Le prix du tournesol toujours affecté par les bonnes récoltes

En tournesol, nous prévoyons une récolte à 1,25 Mt en France, en recul de 29 % comparé à une année 2017 record. La récolte est en cours en mer Noire et les rendements sont élevés. À Saint-Nazaire, les cours du tournesol ont légèrement rebondi cette semaine mais restent faibles comparé aux campagnes précédentes (+2,5 €/t, à 305 €/t). En mer Noire, les prix se maintiennent à des niveaux très bas face à des bonnes perspectives de récoltes dans les principaux pays producteurs et au faible prix d’huile de tournesol.

Marché de soja contrasté

Après quelques fluctuations au cours de la semaine, les prix du soja US se sont stabilisés à 315,4 $/t ce vendredi. Au début de la semaine, les prix ont gagné du terrain suite à la conclusion d’un accord entre Washington, Ottawa et Mexico pour un nouveau traité de libre-échange entre les trois pays. De plus, des ventes records à destination du Mexique ont nettement soutenu les cours avant qu’ils se replient mercredi suite aux nouvelles menaces de Donald Trump d’imposer des droits de douane sur 267 M$ de marchandises importées par la Chine.

Jeudi, le rapport mensuel du ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a dévoilé une légère révision en baisse de la récolte de soja US pour 2018/19, l’ajustement à la hausse des rendements ne compensant pas la baisse de la surface semée. Les cours du soja sur le CBOT ont donc gagné 2 $/t suite à cette mise à jour. Les stocks mondiaux 2017-18 ont, eux, été revus en hausse de 1,8 Mt (dont 1,1 aux US) par rapport au mois dernier.

Au Brésil, l’agence gouvernementale (Conab) a baissé sa prévision de récolte, s’attendant désormais à une baisse de la récolte de soja d’environ 2 millions de tonnes par rapport à l’an dernier. Ce repli inattendu est basé sur des rendements plus faibles. Du côté de la demande, le Conseil brésilien de la politique énergétique (CNPE) prévoit une hausse de la consommation locale en soja pour le secteur biodiesel, ce qui devrait réduire le potentiel d’exportation du soja dès 2019.

Au vu de ces éléments contrastés, la situation du marché du soja est loin de se stabiliser sur le court terme. L’évolution du conflit sino-étatsunien sera l’élément le plus décisif à suivre pendant les prochains mois.

Les tourteaux de soja à Chicago gagnent 5 $/t, à 345 $/t, faisant suite à une demande plus dynamique. En France, les cours sont en hausse de 3 €/t, à 343 €/t, soutenus par des bonnes marges de trituration.

À SUIVRE : rendements du blé en Argentine et en Australie, freins à l’exportation de blé en Russie, qualité du blé au Canada, avances des récoltes de tournesol, ventes de soja US, potentiel de récolte au Brésil.

Tallage
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