Il ne reste plus que deux mois et demi d’ici au 30 juin pour boucler la campagne céréalière de 2017-2018. Et pour certains opérateurs logistiques, il faudrait réaliser sur cette période près de la moitié des expéditions de la campagne. Ceci sur fond de grève du rail, de manque de chauffeurs routiers et de séquelles dans la chaîne logistique laissées par la moisson catastrophique de 2016. Voici résumées en quelques lignes les inquiétudes qui transparaissent ce jeudi 12 avril à Rouen à l’occasion de la 29e journée des céréales organisée par les ports Haropa (Le Havre, Rouen, Paris).

Un risque pour les stocks de fin de campagne

Sans être catastrophique, le risque pour la filière française des céréales est réel, de se retrouver avec un stock de fin de campagne élevé alors même que le dynamisme de la demande aurait dû le résorber. L’image de la chaîne logistique céréalière française s’en trouverait également écornée, et des points de compétitivité perdus sur le prix des céréales.

« Aujourd’hui au niveau de notre entreprise, il faudrait que nous puissions réaliser la moitié des flux en 10 semaines, souligne Emmanuelle Blanchet, présidente des transports Blanchet. Ce n’est pas réalisable. Du coup, nous avons du mal à servir certains clients. Des bateaux attendent car nous ne trouvons pas suffisamment de chauffeurs pour répondre à la demande. »

Au port de Rouen, premier port européen d’exportation de céréales, on confirme une campagne plutôt décevante. « Nous avons réalisé 4,8 millions de tonnes (Mt) d’exportation de céréales à la fin de mars,, explique Nicolas Occis, son directeur général. Nous devrions terminer l’année à 7 Mt. Ce sera certainement une petite année pour le port de Rouen qui expédie en moyenne 7,5 Mt. » Le retard des expéditions serait plus flagrant dans les autres ports français qui ont cédé cette année des parts de marché à celui de Rouen.

Dans les annales

La campagne de 2017-2018 restera certainement dans les annales comme une campagne difficile du point de vue de la logistique céréalière française. Le manque de chauffeurs routiers tend à devenir structurel depuis la crise de 2008 qui a dégradé les perspectives dans ce métier. Si bien que « d’après une étude de la Fédération nationale du transport routier, il manquait en août 2017, 50 000 chauffeurs routiers pour satisfaire la demande et en 2021 il en manquera 200 000, détaille Emmanuelle Blanchet. En plus de ces difficultés de recrutement, nous avons eu 1,5 mois de navigation impraticable sur l’axe Seine en raison du niveau des eaux et nous devons faire face à un manque de cales en transport fluvial depuis la moisson de 2016 où beaucoup d’opérateurs se sont détournés des céréales. »

Jean-François Loiseau, président de Axéréal, évoque également les difficultés récentes et actuelles liées à la grève du rail. « Notre coopérative affrète 3 000 trains par an. Nous planifions ces transports de céréales 12 à 18 mois à l’avance. Les phénomènes de grève désorganisent tout et se répercutent par une perte de compétitivité de 7 à 10 €/t pour les lots concernés. À l’échelle de la France, cela va représenter des dizaines de millions d’euros en moins dans les filières, sans compter l’augmentation du poids des stocks de fin de campagne. »

Mouvements sociaux mis à part, le président de la coopérative qui est également président d’Intercéréales, l’interprofession des céréales, estime qu’il devrait être possible de gagner en moyenne encore de 10 à 15 €/t de compétitivité en France par l’amélioration de l’organisation de la chaîne logistique. Selon lui, cela ne passe pas que par les infrastructures, mais aussi par une démarche commerciale qui inclurait la logistique dès l’acte de vente au client. Cela permettant de fluidifier la logistique et donc de créer des gains.

Alexis Dufumier