La crise sanitaire due au coronavirus perturbe dans certaines régions l’acheminement des céréales vers les usines d’aliments du bétail et les terminaux de chargement dans les ports. C’est le cas dans l’Indre pour le groupe Huguet qui compte trois sociétés spécialisées dans le transport de céréales et oléagineux avec cinquante bennes et trente chauffeurs. Les difficultés touchent à la fois ces derniers confrontés quotidiennement aux difficultés relatives à l’hygiène et la restauration, mais également les responsables des sociétés en raison de la pénurie de fret.

Retour à vide des camions

« Si nous n’avons pas de difficultés à trouver des céréales au départ du Berry, en revanche, il est presque impossible de revenir avec un chargement sur la région, constate Christophe Busson, responsable d’exploitation de deux sociétés (Delille et Chaussée) à Montierchaume. L’arrêt des usines a totalement stoppé les besoins en produits industriels. Du coup, nous sommes amenés à répercuter une partie de ce surcoût avec des tarifs en hausse de 50 % au retour des ports comme La Pallice. Vers l’Auvergne où nous acheminons des céréales vers des usines d’aliment du bétail, nous rencontrons les mêmes problèmes avec là encore un surcoût pour le donneur d’ordres de 25 à 30 %. »

Les bateaux doivent être chargés coûte que coûte

Et Damien Halajko, courtier à Meslay, dans le Loir-et-Cher, d’ajouter : « Certaines usines sont fermées, notamment les carrières. Les transporteurs peuvent descendre les grains vers les ports mais n’ont plus de cailloux à recharger dans leurs rotations. »

Du coup, il a pris la décision de payer le retour des camions même à vide, pour pouvoir expédier la marchandise et ne pas subir les pénalités prévues lorsque les grains ne sont pas livrés à temps chez les exportateurs. « Ces derniers ont vendu aux pays tiers, il faut qu’ils chargent les bateaux coûte que coûte et ils nous mettent la pression. Si on ne le fait pas, on est mis en défaut sur nos contrats. » La France exporte beaucoup de céréales actuellement, la demande est là, les pays du Maghreb veulent refaire leurs stocks.

Les retours à vide représentent pour ce courtier un surcoût de 10 à 12 €/t. Pour les contrats déjà passés, cette situation n’impacte pas les agriculteurs, mais pour les céréales qui sont encore dans les silos des exploitations, le risque est de voir ces coûts se répercuter sur toute la chaîne.

Gestion de crise

Les coopératives rencontrent les mêmes problèmes. « Certaines entreprises agroalimentaires, notamment celles qui fabriquent des sous-produits à destination de l’alimentation animale, ont des arrêts de production, si bien que les routiers ont du mal à trouver des contre-voyages », confirme Philippe Hance, responsable pour les céréales du groupe Cal (Coopérative agricole de Lorraine). Mais pour l’instant, les camions de céréales et de colza partent bien depuis la coopérative jusqu’aux transferts portuaires.

« J’avais pris de l’avance et les bateaux chargent régulièrement, explique Philippe Hance. C’est plus sur la durée que cela pourrait poser souci, les contrats vont s’étaler dans le temps et ça pourrait entamer le commerce sur la récolte de 2020. Mais ce sont plus des interrogations que des affirmations car pour l’instant tout le monde est dans le dur pour gérer la crise. »

Fonctionnement des écluses

Du côté de la coopérative agricole Île de France Sud, des partenariats avec les acheteurs ont été noués par exemple pour la programmation de transport par camions de la marchandise déjà contractualisée et indispensable (label Agri-Éthique, label rouge…). « Nous n’avons pas de souci logistique par la route à ce jour, détaille Hervé Courte, directeur général de la coopérative. En revanche, nous allons devoir gérer à terme la situation en direction des malteurs belges car VNF (Voies navigables de France) veut réduire les horaires d’ouverture des écluses sur le canal du Nord, ce qui va poser des problèmes d’organisation. »

Vincent Thècle et Isabelle Escoffier

Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza toujours en hausse sur Euronext

Les prix du colza étaient en hausse ce jeudi 23 septembre 2021 après-midi sur le marché européen, à des niveaux records, toujours portés par une forte demande mondiale.