« Depuis quelques années, les éleveurs de l’AOP Saint-Nectaire subissent des aléas climatiques et des pullulations de campagnols terrestres qui impactent fortement les récoltes de fourrage » explique Louise Mion, chargée de mission technique en élevage au sein de l’Interprofession du Saint-Nectaire (ISN). « Certains se tournent vers le nord de la France ou l’Espagne afin de s’approvisionner en foin de luzerne de haute valeur nutritionnelle ». En effet, le cahier des charges de l’appellation permet l’achat de fourrage hors zone AOP à hauteur maximale de 30 % de la ration totale des vaches laitières. « Mais un approvisionnement local est plus cohérent avec les valeurs de l’AOP explique Louise Mion. « C’est pourquoi nous nous sommes tournés en 2017 vers la coopérative Limagrain ».

À lire aussi : De la luzerne dans la ration hivernale bio des vaches laitières (15/10/2020)

Remplacer la betterave dans l’assolement

Implantée dans la plaine de la Limagne à cinquante kilomètres environ des producteurs de Saint-Nectaire, la coopérative a donc proposé à ses adhérents de produire du foin de luzerne explique Carine Pothier, responsable nouvelle filières au sein de Limagrain. « Suite à la fermeture de la sucrerie de Bourdon et la fin de la betterave, les agriculteurs sont à la recherche de nouvelles cultures pour diversifier leur assolement ». Aux nombreux bénéfices agronomiques de « la reine des plantes fourragères » s’ajoute sa capacité à constituer une zone tampon nécessaire entre les différentes parcelles de maïs et de tournesol semences. Un atout majeur pour ces céréaliers.

> À lire aussi : Auvergne, dernière campagne betteravière (14/01/2020)

Toutes les coupes sont séchées au soleil

Avec plus de 3 000 hectares, la luzerne était déjà présente dans la plaine de la Limagne en 2019. L’autoconsommation pour les besoins du troupeau ou la vente à des éleveurs voisins sont des pratiques courantes chez ces agriculteurs. La coopérative Limagrain est en train de créer une filière structurée qui valorise la qualité et garantit les débouchés. En effet, chaque point de protéine au-dessus de 14 % est rémunéré.

Du côté de la récolte, si certains font appel à une entreprise de travaux agricoles, d’autres se sont rassemblés pour mutualiser le matériel. Toutes les coupes sont séchées au soleil. Pour une ou deux coupes, la météo n’est parfois pas suffisamment clémente et les ballots sont enrubannés pour être vendus à des éleveurs voisins indépendamment de Limagrain. En cette phase de construction de la filière, afin de limiter les investissements, le fourrage est stocké chez les adhérents. La coopérative prend en charge le chargement et sa logistique, qui sont ensuite refacturés aux producteurs de Saint-Nectaire.

Si seulement 80 hectares étaient concernés en 2020, 200 vont l’être en 2021. « En multipliant les débouchés et les AOP, nous avons l’objectif d’étendre la surface à mille hectares d’ici à quelques années. Nous fournissons d’ailleurs déjà à Proxiel, négoce agricole basé à Aigueperse, qui fournit les éleveurs du département », précise Carine Pothier.

Renaud d’Hardivilliers