Avant les épisodes de gel du début d’avril 2021, dont les effets restent encore à évaluer, le secteur de la laitue d’hiver sortait tout juste la tête de l’eau après une crise conjoncturelle exceptionnelle de plus de deux mois.

Auparavant, privés de débouché dans la restauration ou pour l’exportation, les producteurs de laitue d’hiver ne trouvent pas de preneurs à un prix correct entre la mi-décembre et la fin de février, à part une courte accalmie au début de février. Le froid du deuxième mois de l’année a freiné la production et permis aux cours de se relever mais, en mars, ils restent inférieurs de 10 % par rapport à ceux de l’année dernière à la même période.

Une baisse des surfaces

Les surfaces de laitue d’hiver s’étendent sur 3 887 hectares, soit une baisse de 2 % par rapport à la campagne d’hiver précédente, selon les estimations d’Agreste, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture, réalisées à partir d’échantillons régionaux terminés au 1er avril 2021.

La campagne de 2020-2021 de la laitue s’élèverait à 265,5 millions de têtes, soit une baisse de 3 % par rapport à la campagne précédente et de 12 % en comparaison avec les cinq dernières campagnes d’hiver. La batavia continue de dominer la production.

Les effets du froid

C’est essentiellement le climat qui explique une telle production. L’automne a été assez favorable à la pousse mais le froid a arrêté cet élan pendant les fêtes de fin d’année. Les gelées de janvier ont pénalisé la pousse dans les Régions Nouvelle-Aquitaine et Paca.

Les mises sous tunnel ont commencé à la mi-janvier dans le Centre-Val de Loire pour une récolte prévue en avril. Le redoux de mars a favorisé la reprise des cycles végétatifs dans le Sud-Est, région qui continue de peser à hauteur de 70 % dans la production totale.

Manque de débouché

Pour la commercialisation, la campagne débutait de façon assez fluide en octobre 2020. Las ! Le reconfinement de novembre 2020 a perturbé cette mécanique. Les prix sont volatils à cause d’une demande instable. En décembre, le marché doit absorber la montée en puissance des bassins du Sud-Est alors qu’il est privé de ses débouchés en restauration hors domicile et à l’exportation. C’est un coup dur : la laitue est déclarée en crise structurelle à deux reprises, du 14 décembre 2020 au 3 février 2021, puis du 8 février au 10 mars.

Une partie de la production au champ est détruite. Une part, en moyenne de 30 à 40 %, est perdue après récolte. La production des autres pays européens est freinée par la vague de froid de février. Les cours s’améliorent mais la profession qualifie la saison de « catastrophique » et s’impatiente de la réouverture des restaurants. En mars, les prix reculent de 8 % par rapport à la moyenne quinquennale et de 10 % par rapport à mars 2020. Ils sont très inférieurs aux prix des autres légumes frais.

Le déficit du commerce extérieur se creuse

Le déficit du commerce extérieur de la laitue se dégrade. Entre octobre 2020 et février 2021, les importations (39 100 tonnes) sont en baisse de 8 % sur un an et les exportations (11 600 tonnes), de 26 % sur un an. Le déficit du solde des échanges commerciaux en laitue se creuse de 2 % par rapport à la campagne précédente sur la même période.

Vers un recul de la production globale de salade

La production totale de laitues (été + hiver) de la campagne de 2020-2021 serait de 491,3 millions de têtes, soit un recul de 4 % par rapport à la production de 2019-2020 et de 11 % par rapport à la moyenne de 2015 à 2019.

Éric Young