La commissaire chargée de l’enquête sur les cinq réserves de La Laigne (Poitou-Charentes) a rendu un avis défavorable pour leur utilisation. La justice annule donc les arrêtés préfectoraux autorisant leur utilisation. Elle étayait cet avis par le fait que ceux qui, lors de son enquête, avaient soutenu les cinq réserves de La Laigne étaient eux-mêmes irrigants, donc sans doute considérés comme partisans, alors que ceux qui les rejetaient, eux, ne l’étaient pas.

Un long feuilleton judiciaire

Pourtant, les dossiers des réserves, à force d’arrêtés, d’études successives sur les impacts environnementaux ou les volumes prélevables, sont devenus tellement indigestes que seuls s’y penchent encore les irrigants, bien sûr, et leurs opposants. À l’automne dernier, deux des cinq réserves ont même été abîmées, leurs bâches déchirées au cutter.

« Le rapporteur public et le juge ont suivi l’avis de la commissaire enquêtrice », indique Thierry Boucard, président de l’ASA des Roches et qui a mené les batailles juridiques depuis presque vingt ans. À chaque fois, les études d’impact ont été jugées insuffisantes. « On nous reproche aussi les volumes utilisés alors que nous avons réduit les prélèvements de 300 000 m³. »

Les cinq réserves portées par l’ASA contiennent 1,4 million de m³ pour un volume utilisable de 1,1 million de m³. Elles ont été aménagées sur La Laigne et deux communes voisines du nord de la Charente-Maritime dans les années 2000. La suite est un long feuilleton judiciaire.

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« Vingt ans que ça dure »

En mars 2008, l’arrêté préfectoral les autorisant fait l’objet d’un premier recours par les écologistes. Les travaux se poursuivent. Mais en décembre 2009, le tribunal administratif annule l’arrêté. Le préfet fait appel et accorde un permis d’aménager pour terminer le chantier. En novembre 2010, l’appel est rejeté.

En avril 2015, nouvel arrêté d’autorisation, nouveau recours de l’association Nature Environnement 17 dont le président habite l’une des trois communes concernées, et nouvelle annulation en 2018 par le tribunal administratif, suivie d’un nouvel appel de l’ASA. C’est cet appel qui vient d’être rejeté mardi dernier par la cour administrative d’appel de Bordeaux.

Cet été encore, les cinq réserves vont donc rester inutilisées. La suite se fera sans Thierry Boucard : « Je laisse la place de président de l’ASA. Ça fait vingt ans que ça dure. Je suis usé. » Un autre irrigant devrait prendre la suite. L’ASA des Roches envisage de faire réaliser une nouvelle étude d’impact. Et peut-être aussi de se pourvoir en cassation.

Myriam Guillemaud