Répartir les volumes et prioriser les usages. Tels sont les mots d’ordre pour la gestion de l’eau que la Confédération paysanne a voulu rappeler à l’occasion du salon de l’agriculture.

Sortir des références historiques

« Répartir » tout d’abord. Selon Jacques Pasquier, membre de la commission de l’eau du syndicat et agriculteur à la retraite à Autran (Vienne), les bassines sont construites à proximité des plus gros consommateurs ainsi que des irrigants historiques. Certains agriculteurs sont donc situés trop loin des ouvrages de stockage pour en profiter.

Par ailleurs, il estime que les droits de prélèvement sont mal répartis entre les différents agriculteurs. La Confédération paysanne milite pour une répartition plus équitable des volumes. « On est dans une logique de références historiques et il faut en sortir. »

« Les grandes cultures ne sont pas une priorité »

L’organisation syndicale souhaite aussi prioriser les usages de l’eau. La priorité doit être donnée au maraîchage, à l’horticulture, à l’abreuvement des animaux et à la production de fourrage et de semences.

En effet, selon le syndicat, 1 m³ d’eau générerait un chiffre d’affaires de 100 à 150 euros en maraîchage contre moins de 1 euro en production de maïs. Et d’ajouter que de son point de vue, les producteurs de grandes cultures ne doivent utiliser de l’eau que quand celle-ci est en surplus.

De grosses réserves sur la construction des bassines de stockage

« Prélever de l’eau l’hiver pour ne pas la prendre l’été. C’est une évidence. Mais dans les faits, ce n’est pas si simple », explique Jacques Pasquier. Selon lui, si les bassines sont faites pour prélever l’eau lorsqu’elle est en excédent, le climat ne s’y prête pas tous les ans.

« Même en hiver, les nappes n’ont pas toujours le niveau qu’elles devraient avoir pour être pompées. Cette année est le contre-exemple car l’hiver n’a pas suffi à recharger toutes les nappes », explique Marie-Pierre Répecaud, secrétaire nationale de la Confédération paysanne en charge de l’eau et du changement climatique et agricultrice à Velanne (Isère).

La Confédération paysanne ne s’oppose pas systématiquement au stockage de l’eau mais priorise les retenues collinaires respectant la ressource disponible.

« Les bassines ne se remplissent pas en trois jours »

Par ailleurs, selon Jacques Pasquier, les bassines ne sont pas des ouvrages adaptés au changement climatique. Pour lui, la pluviométrie ne baisse pas en France, mais les précipitations sont de plus en plus désordonnées et les bassines ne se remplissent pas simultanément aux grosses précipitations. « En effet, le remplissage se fait par pompage et pas par ruissellement et celui-ci ne se fait pas en trois jours », explique-t-il.

« On veut dénoncer les conclusions du Varenne de l’eau, renchérit Jacques Pasquier. Elles vont dans la même logique que les fermes usines. Elle favorise les agri-managers. » Jacques Pasquier déplore aussi la baisse du taux de matière organique dans le sol. « On a détruit la matière organique des sols qui stocke de l’eau. 1 % de matière organique retient 150 litres par mètre carré. »

Renaud d’Hardivilliers