« L’enjeu de l’eau est crucial pour l’agriculture, et ça va être encore pire avec le changement climatique », a expliqué Bernard Vincent, pédologue et vice-président de l’Association française pour l’eau, l’irrigation et le drainage (Afeid), ce 24 février 2020 lors d’une conférence organisée au Salon international de l’agriculture.

Un facteur de résilience

L’eau représente un facteur de résilience des exploitations agricoles et un élément de réponse essentiel au changement climatique. Rien que pour l’année 2018-2019, la sécheresse a coûté 1 milliard aux exploitations éligibles aux aides sécheresse, rappel André Bernard, vice-président de l’Apca. C’est l’élevage et sa production de fourrages qui en souffre le plus.

Face aux critiques de la société, Bernard Vincent précise que l’agriculture consomme moins de 1,5 % des précipitations. Par ailleurs, désintensifier l’agriculture française entraîne les importations d’eau virtuelle depuis les pays où la ressource en eau est plus tendue.

Tout ce que l’on ne produit pas, on l’importe de pays parfois en situation de déficit hydrique. « Quand on importe des tomates du Maroc, c’est de l’eau marocaine qu’on importe », précise-t-il. De plus, l’usage de l’irrigation dans ces pays peut causer des problèmes de salinité dans certains types de sol.

La gestion du sol au moins aussi importante que celle de l’eau

Alors que la France a connu ces dernières années des étés très secs, l’irrigation et le drainage permettent de sauver les cultures annuelles et pérennes et de préserver le potentiel de rendement. Grâce à ces outils, les sols peuvent produire de gros couverts et donc séquestrer du carbone ainsi que s’enrichir en matière organique.

C’est le principe du 4 pour 1 000. Le drainage permet d’éviter le ruissellement et l’érosion des sols. Dans les terroirs hydromorphes, l’agriculture biologique n’est possible qu’avec le drainage. Il est souvent accusé d’entraîner le lessivage des intrants. Cependant, l’irrigation comme le drainage élargissent les fenêtres d’intervention et permettent d’intervenir au bon moment et donc de réduire les doses apportées.

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De nouveaux investissements

Les différentes associations présentes sur le stand souhaitent voir les financements européens s’orienter vers la gestion de l’eau. « On va mettre des financements du Feader pour la fibre optique, on peut en mettre pour l’irrigation », s’exclame André Bernard.

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De son côté, le vice-président de l’Afeid souhaite voir émerger des infrastructures à usage multiple : irrigation, drainage, biodiversité, gestion de l’eau et des sols. Il rappelle que les zones humides artificielles permettraient de gérer jusqu’à 80 % des molécules issues des produits phytosanitaires.

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Renaud d’Hardivilliers