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Les effets des phytosanitaires sur la biodiversité sont avérés

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Inrae et Ifremer - Les effets des phytosanitaires sur la biodiversité sont avérés
Selon l’expertise scientifique collective de l’Inrae et de l’Ifremer, les produits phytopharmaceutiques contaminent tous les milieux, avec « un pic » dans les espaces agricoles (sol, cours d’eau et air), où ils sont majoritairement appliqués. © P. Crapon/GFA

L’expertise scientifique collective de l’Inrae et de l’Ifremer atteste d’une contamination de tous les milieux par les produits phytosanitaires. Des leviers d’action sont identifiés pour atténuer ces conséquences.

Le 5 mai 2022, à l’occasion d’une conférence de presse, l’Inrae (1) et l’Ifremer (2) ont présenté les principales conclusions de leur expertise scientifique collective quant à l’impact des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Ces impacts ont été analysés depuis le lieu d’application des produits jusqu’aux milieux marins. Les zones agricoles et non agricoles ont été prises en compte, mais il n’a pas été fait de distinction en ce qui concerne les types de production (grandes cultures, arboriculture, viticulture…). Les questions de changement de systèmes ou de pratiques n’ont pas été abordées dans cette expertise.

Contamination plurielle

Selon l’expertise, la contamination de l’environnement par les produits phytopharmaceutiques est plurielle. « Elle implique une diversité de substances actives mais également les produits de transformation de ces substances, ainsi que les adjuvants et les coformulants utilisés dans les préparations commerciales », indique Wilfried Sanchez, de l’Ifremer. Cette contamination touche tous les milieux mais s’observe davantage là où se trouve l’application, avec des effets de dilution au fur et à mesure qu’on s’en éloigne.

> À lire aussi : Dix-neuf contaminants retrouvés dans les eaux de rivière (02/11/2021)

Néanmoins, certaines matières actives peuvent être détectées sur les côtes océaniques à des concentrations jugées élevées : c’est le cas notamment du glyphosate et de son métabolite de dégradation l’AMPA, avec des teneurs 100, voire 1 000 fois plus élevées que d’autres molécules phytosanitaires.

Effets directs et indirects

L’expertise rappelle que les produits phytopharmaceutiques ne constituent pas l’unique pression exercée sur la biodiversité. Cela étant dit, « notre travail permet d’affirmer de manière robuste que les produits phytopharmaceutiques sont une des causes majeures du déclin de certaines populations », signale Stéphane Pesce, de l’Inrae. Il s’agit notamment :

  • Des invertébrés terrestres (abeilles, certains coléoptères…) ;
  • Des oiseaux ;
  • Des macro-invertébrés de cours d’eau situés à proximité de zones d’application ;
  • Des amphibiens ;
  • Des chauves-souris.

Outre les effets directs, l’expertise met en évidence les effets indirects de l’usage des produits phytopharmaceutiques, comme la diminution des ressources alimentaires pour les insectivores ou encore des zones refuges. « La première cause de perte d’habitats est l’urbanisation et la simplification du paysage, mais les produits phytopharmaceutiques constituent un facteur aggravant », indique Stéphane Pesce.

Quant à l’impact sur les rôles écologiques (recyclage des nutriments par les micro-organismes du sol par exemple) et les services écosystémiques (comme la pollinisation et la régulation des bioagresseurs), des recherches complémentaires se révèlent nécessaires.

Des leviers d’actions

L’expertise collective a identifié plusieurs leviers d’actions pour atténuer les conséquences de l’usage des produits phytosanitaires sur la biodiversité :

  • Réduire les quantités appliquées ;
  • Agir sur les substances actives, avec notamment le biocontrôle. Néanmoins, peu d’études d’impact sont référencées à ce jour, d’où un besoin de recherches complémentaires. « Le biocontrôle présente une alternative prometteuse mais cela dépend du type de produit », indique par ailleurs Laure Mamy, de l’Inrae. En effet, les produits de biocontrôle tendent à être moins persistants et toxiques mais il y a des exceptions ;
  • Appliquer les produits dans de bonnes conditions et en utilisant du matériel ou des formulations limitant la dérive ;
  • Au niveau de la parcelle et du paysage, couvrir les sols et mettre en place des bandes tampons sèches ou humides ;
  • Améliorer certains aspects de la réglementation européenne (déjà « très exigeante et qui permet un haut niveau de protection ») sur les effets cocktail par exemple.

> À lire aussi : Pour l’Académie des sciences, il faut « moins de phyto pour plus d’insectes » (12/02/2021)

Charlotte Salmon

(1) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

(2) Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

Une expertise dans le cadre du plan Ecophyto

Dans le cadre de cette expertise, 46 experts ont étudié plus de 4 000 références bibliographiques issues de la littérature internationale, toutes transposables au contexte français.

« C’est un état des lieux des connaissances existantes et non de production de savoirs. Il ne s’agit pas d’un avis scientifique sur des dispositions à mettre en place », explique Sophie Leenhardt.

Conduite à la demande des ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Recherche, l’expertise a été réalisée dans le cadre du plan Ecophyto. Il s’agit par ailleurs d’une mise à jour d’études précédentes, à savoir « Pesticides Agriculture et Environnement » de 2005 et « Agriculture et Biodiversité » de 2008.

Elle est aussi à mettre en relation avec l’étude de l’Inserm sur les liens entre produits phytosanitaires et santé et avec une prochaine expertise scientifique collective sur la régulation naturelle des bioagresseurs, qui sera publiée à l’automne prochain.

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