« Quand un syndicat de rivière rebouche un ru pour créer des méandres sur un terrain privé, voilà ce qu’il se passe… ». Cette publication sur Facebook du 4 février 2021 rédigée par la FDSEA de l’Aube a rencontré un certain succès sur le réseau social. Les deux photos qui l’accompagnent montrent une vue aérienne de deux champs inondés.

« Bienvenue sur la commune de Bernon où le SMBVA (Syndicat mixte du bassin versant de l’Armançon) n’a jamais consulté les agriculteurs avant de faire des travaux pour recréer une « zone humide ». Ces terres n’inondaient jamais auparavant… », déplore le syndicat agricole.

La rivière qui déborde dans ces champs : une première

Dans le détail, ce sont environ cinq hectares de terres agricoles, exploitées par cinq agriculteurs, qui ont été inondées cette année à la suite des fortes pluies de la mi-janvier et du début de février. Et cela « n’était jamais arrivé auparavant que la rivière déborde comme ça dans les champs », confirme Adrien Coquille, dont la moitié d’une parcelle de 7 hectares de blé a été inondée.

La moitié d’une parcelle de 7 hectares de blé appartenant à Adrien Coquille a été inondée. © A. Coquille

Le syndicat et les agriculteurs estiment que ce sont des travaux réalisés durant l’été 2020 par la SMBVA, chez un particulier qui sont à l’origine de cette situation. « Des méandres ont été créés pour modifier le tracé de la rivière et le ru principal a été bouché », décrit Florent Roth, le directeur de la FDSEA de l’Aube.

Des travaux rectificatifs prévus

Matthias Alloux, chef de projet de la restauration des milieux aquatiques pour le SMBVA, explique que ces travaux avaient pour objectif de « restaurer un milieu naturel ». Et qu’ils ont été autorisés par la préfecture « selon la procédure en vigueur ».

Matthias Alloux concède que les travaux réalisés par le SMBVA sont la cause des inondations faisant suite aux fortes pluies. « Un fossé qui est perpendiculaire au cours d’eau s’écoule moins correctement suite à nos travaux, et il charge une basse de 5 hectares. »

Et d’expliquer que l’étude hydrologique réalisée avant les travaux n’a pas mis en lumière le nœud hydrologique responsable de ces débordements. Une situation que le chef de projet ne juge pas inédite. « Nous réalisons couramment des travaux rectificatifs. Quand on travaille avec du vivant, il est difficile de tout anticiper », expose-t-il.

Un manque de concertation ?

Les agriculteurs et la FDSEA regrettent avant tout un manque de concertation en amont de ces travaux. « Nous n’avons pas du tout été concertés. Nous avons appris ce projet de travaux par le bouche-à-oreille », souligne Adrien Coquille.

Mathieu Brestat, dont des terres ont également été inondées, indique aussi qu’il n’a jamais été contacté par le SMBVA. « Nous demandons plus de concertation en amont pour ce genre de projet », souligne l’agriculteur.

« Ce ne sont pas les travaux que nous remettons en cause, insiste Florent Roth. Nous ne sommes pas contre les zones humides. Là le problème, c’est qu’il n’y a eu aucune concertation des propriétaires locaux et on se retrouve avec des champs inondés. »

De son côté Matthias Alloux reconnaît, qu’en raison de la situation sanitaire liée au Covid-19 au printemps dernier, « la phase de préparation du chantier a peut-être manqué un peu de concertation ».

Le SMBVA s’est rendu sur place le 17 janvier 2021, après avoir été alerté par les agriculteurs le 15 janvier. Il a notamment rencontré Adrien Coquille. Une réunion est prévue le lundi 15 février 2021 pour qu’il présente aux agriculteurs les travaux correctifs envisagés afin que cette situation ne se reproduise pas. Adrien Coquille place peu d’espoir dans cette réunion.

Marie-Astrid Batut