À Boissy-sans-Avoir, le chantier se remarque de loin au milieu de la plaine : une quinzaine de voitures garées sur un parking aménagé qui en a déjà reçu cinq fois plus, des abris pour les bureaux et vestiaires afin d’accueillir jusqu’à 80 personnes­, et deux parcelles lacérées par des tranchées jusqu’à 3,5 mètres de profondeur. À proximité, 55 000 m3 de terre, venant pour l’essentiel d’un chantier de Roissy, sont stockés.

Un chantier de 15 hectares

Dans la nuit du 24 au 25 février 2019, 900 m3 d’hydrocarbures, issus d’un pipeline enterré sous les parcelles de Christian et Jérôme, se sont écoulés dans le sol. Une petite quantité de pétrole a aussi migré dans le réseau de drainage jusqu’au ru en contrebas. En surface, il a suivi la pente et les passages de tracteurs puis s’est infiltré : 4,2 ha ont été pollués sur plusieurs mètres de profondeur, mais l’emprise totale du chantier atteint 15 ha.

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« Nous attendons les autorisations de l’administration pour reboucher les excavations, précise Christian Ille, chef de projets de réhabilitation pour Retia, filiale de Total. La terre polluée a été transportée vers un site de traitement biologique agréé. » Pour les exploitants, Christian Colleu (propriétaire de la parcelle) et Jérôme Corby (locataire d’un GFA familial), si « le plus dur est derrière [eux], le retour à la normale n’est pas prévu avant plusieurs années ».

La remise en culture prendra du temps

« Pour 2019 et 2020, nous avons touché une indemnisation pour la récolte perdue, versée par Total, selon les barèmes de la chambre d’agriculture, indiquent les exploitants. Si la terre, minérale en profondeur et végétale en surface, est remise cet été, nous pourrons peut-être semer des engrais verts cet automne pour stabiliser le sol et recréer une vie biologique. » Deux ou trois ans de couverts seront nécessaires avant de pouvoir reconstruire un réseau de drainage et remettre en culture.

Florence Mélix

Les pertes de récolte de Christian Colleu et de Jérôme Corby (de g. à dr.) pour les prochaines années seront estimées en fin de travaux et indemnisées. © Florence Mélix