273C’est le nombre de planteurs des Hauts de France et du Grand Est qui ont utilisé un lot de Marquis non conformes, selon le ministère de l’Agriculture.

La liste des utilisateurs des lots de Marquis, un herbicide, jugés non conformes se monte à ce jour à 273 planteurs, situés dans les Hauts-de-France et le Grand Est, selon le ministère de l’Agriculture.

Quelque 500 000 tonnes de betteraves sucrières vont devoir être détruites, a déclaré à l’AFP Cyril Cogniard, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) Champagne Bourgogne.

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Cette estimation, qui correspond à environ 1,5 % de la production nationale, n’est pas confirmée par le ministère. « Après la jaunisse, le gel, c’est un coup dur pour les planteurs, mais ils comprennent que le principe de précaution soit appliqué », a souligné Cyril Cogniard.

« Le choix de la précaution »

Le ministère de l’Agriculture explique avoir « fait le choix de la précaution », en ordonnant la destruction des parcelles traitées avec deux lots de Marquis, « en raison d’un risque consommateur non exclu » par l’Anses, l’agence nationale de la sécurité sanitaire.

Deux lots de cet herbicide ont été jugés « non conformes en raison de la présence, à des taux variables, de trois substances actives interdites dans l’Union européenne », a expliqué le ministère dans une note.

La phytotoxicité signalée fin mai et fin juin au ministère de l’Agriculture « serait liée à des erreurs lors des étapes de formulation et de conditionnement des produits réalisées dans les usines de la société Adama en Israël », selon le ministère. Des investigations sont en cours « pour connaître l’origine de cette contamination croisée lors du process de fabrication ».

5 000 hectares concernés

Les planteurs reçoivent actuellement des lettres du ministère les informant de sa décision.

« Une palette de solutions de destruction a été fournie [aux planteurs concernés, N.D.L.R.] par l’institut technique de la betterave (ITB) », souligne le ministère. Il précise également que « les délais de destruction sont laissés à l’appréciation des planteurs selon leurs possibilités d’intervention sur les parcelles concernées ».

Selon Cyril Coignard, quelque 5 000 hectares sont concernés, dans la Marne, les Ardennes, l’Aube et l’Aisne.

« Le consommateur est 100 % protégé, mais l’agriculteur est 100 % touché, il doit tout détruire sans savoir s’il va être indemnisé », dit-il. Des discussions avec la société Adama sont en cours pour trouver un « accord amiable, poursuit-il. [Adama] a fait une erreur, les agriculteurs en ont été victimes, ils doivent être indemnisés rapidement. »

Le ministère précise : « les difficultés et le traumatisme que peut entrainer l’application de ces mesures sont des points de vigilance pour lesquels les services de l’État restent à l’écoute de chaque situation. Des points hebdomadaires sont faits entre la DGAL et les représentants de la filière pour suivre l’évolution de la situation sur le terrain et accompagner au mieux tous les exploitants ».

Un deuxième produit rappelé

Un autre herbicide de la société Adama est mis en cause. Six lots de produit Goltix Duo ont été jugés non conformes en raison de la présence de diflufenican, une substance active approuvée dans l’Union européenne, autorisée sur les céréales, mais pas sur les betteraves, a indiqué le ministère.

Au moins 592 planteurs, de la moitié nord de la France, sont concernés. Les lots de betteraves en question ne seront pas détruits, mais devront être analysés par les acteurs de l’aval pour vérifier qu’ils respectent les LMR (limite maximale de résidus). Dans un courrier destiné aux planteurs, Cristal Union a indiqué le 13 août 2021 qu’ils seront traités uniquement en distillerie, pour la production d’éthanol.

La consignation des lots de Marquis et Goltix Duo non conformes a été ordonnée le 30 juin 2021. De son côté Adama France a demandé à ses distributeurs de bloquer les ventes et l’utilisation des lots non conformes et de les rappeler auprès des utilisateurs à partir du 21 mai pour le Goltix Duo et du 23 juin pour le Marquis, précise le ministère.

« Les planteurs ne sont pas responsables de la conformité de la formulation des produits mis sur le marché et ils peuvent légitimement demander réparation pour le lourd préjudice subi auprès du metteur en marché des produits phytosanitaires défectueux », écrit-il. Le ministère de l’Agriculture précise avoir informé le procureur de la République.

Hélène Parisot avec l’AFP