Depuis la dernière édition du Salon de l’agriculture, les thèmes de la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur agricole et du stockage de carbone dans les sols ont gagné du terrain.

Les divers événements qui se sont tenus autour de la thématique du « bas carbone » ont dressé un portrait représentatif de la manière dont le secteur des grandes cultures s’approprie la thématique.

1. L’offre en crédit carbone se structure

La FNSEA l’avait annoncé en février : elle a officiellement lancé avec FranceCarbonAgri (FCAA) le 3 mars 2022, une structure commerciale (SAS) qui rassemble l’offre de crédit carbone de toutes ses associations spécialisées, des JA et des chambres d’agriculture. L’objectif : « massifier l’offre ».

L’Association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad) a profité de l’occasion pour lancer le 28 février 2022 son projet bas carbone, proposant plus de 200 000 crédits carbone à 60 €/crédit minimum. Un premier partenariat a été signé sur le salon.

2. La finance carbone se compose

La finance carbone en est à ses débuts, mais la plupart des acteurs sont d’accord pour dire que les crédits carbone ne suffiront pas à financer seuls la transition bas carbone de l’agriculture. Trois leviers de financement sont ainsi cités : les crédits carbone, les primes filières (voir 3/), et les aides Pac.

Le cofinancement sera « indispensable pour aller chercher une rentabilité pour les agriculteurs », a ainsi résumé le 28 février Armand Gandon, chef de projet bas carbone chez Vivescia.

Olivier Dauger, vice-président de la FNSEA, a appelé à la vigilance le 2 mars lors d’une table-ronde organisée par le syndicat. Il a identifié deux risques : d’une part que le carbone soit « lié aux filières, c’est-à-dire qu’il soit un accès au marché » ; et d’autre part que l’intégration de cet enjeu dans la Pac se fasse « au détriment d’un autre financement ».

3. Les démarches filières se construisent

InVivo a lancé le 2 mars sa marque « bas carbone », qui devrait apporter une rémunération supplémentaire aux agriculteurs. Avec un savoir-faire de trois ans sur le colza à bas carbone, le groupe entend rapidement répliquer la démarche sur l’orge (500 000 tonnes en deux ans), le blé tendre (2 millions de tonnes) et le maïs (500 000 tonnes).

La filière Culture raisonnée contrôlée (CRC) a annoncé se pencher sur la question. « Avec la méthodologie sur laquelle nous travaillons, nous serons en capacité dans les mois à venir de monétariser les crédits carbone de nos adhérents, et de créer une place de marché qui facilitera l’échange entre les adhérents du GIE », a fait savoir Marc Bonnet, directeur général du GIE CRC, le 1er mars.

4. D’autres grands enjeux se dessinent

Outre les questions économiques, plusieurs sujets sont récurrents dans les échanges, et notamment :

  • Un besoin de pédagogie pour diffuser les connaissances sur la thématique, nouvelle pour une large majorité des acteurs du monde agricole ;
  • La nécessaire inter-opérabilité des outils (ceux qui voient le jour et les existants) afin de limiter le temps nécessaire à la saisie des informations ;
  • La valorisation ou non des pratiques « bas carbone » qui auraient déjà été mises en place par le passé ;
  • La manière dont sont pris en compte les cobénéfices liés aux changements de pratiques, et particulièrement la préservation de la biodiversité ;

5. Les regards se tournent aussi vers l’Europe

Claudine Foucherot, directrice de programme à l’I4CE (1), a fait un point sur le cadre de certification européen le 3 mars lors d’une table-ronde d’InVivo. « Le cadre européen est une opportunité pour faire le tri dans toutes les initiatives qui existent, en fixant un niveau d’exigence sur lequel il faudra s’aligner », a-t-elle déclaré.

> À lire aussi : Union européenne : Le stockage du carbone au menu des ministres de l’Agriculture (07/02/2022)

Claudine Foucherot plaide pour y intégrer les réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES), alors que la stratégie est pour l’heure uniquement focalisée sur la séquestration du carbone dans les sols. « Sans cet élargissement de périmètre, ce ne serait pas un outil de transition pour le secteur agricole », a-t-elle estimé. Il serait davantage utile au secteur forestier, pour la plantation de haies ou encore la préservation des zones humides

Hélène Parisot, avec la rédaction

(1) Institut de l’économie pour le climat.