Le CTIFL (1) a réalisé « un état des lieux détaillé des pratiques de désherbage, par espèce et sur l’ensemble du territoire, afin de mesurer les enjeux liés à la mise en pratique d’alternatives à l’usage du glyphosate » (coût de production, itinéraire technique, investissements…). Une enquête en ligne a été réalisée en 2019, recueillant les réponses de 959 exploitations fruitières, totalisant 19 939 ha (12,1 % du verger France).

L’échantillon enquêté comprend 65 % de vergers en PFI (protection fruitière intégrée), 25 % en AB (agriculture biologique) ou en conversion, et 10 % de vergers mixtes (PFI et AB).

98 % utilisent du glyphosate

Chez les professionnels interrogés ayant recours au désherbage avec des produits phytosanitaires, le glyphosate est très fréquemment utilisé (98 %) en raison de son efficacité sur un large panel d’adventices et de sa souplesse d’utilisation. Pour eux, cette substance active reste au cœur des stratégies herbicides. Cependant, il faut noter que les interrangs étant le plus souvent laissés enherbés, les applications d’herbicides s’effectuent de façon ciblée sur le rang de plantation et uniquement sur 25 % à 50 % des surfaces cultivées.

L’enquête CTIFL montre aussi que les vergers en PFI sont déjà largement engagés vers des pratiques de réduction de l’utilisation des herbicides. 20 % des exploitations intègrent déjà des méthodes alternatives et 18 % ont totalement exclu l’application d’herbicides.

Tonte et travail du sol

Parmi le large panel de méthodes alternatives souvent décrites comme facilement transférables, seules deux sont effectivement mises en œuvre sur le terrain. Il s’agit en premier lieu de la tonte des lignes de plantation et en second lieu du désherbage par travail mécanique du sol. Mais ces deux méthodes présentent un risque de favoriser les adventices et les nuisibles particulièrement indésirables, tels que les campagnols.

L’intégration des alternatives est par ailleurs très différenciée selon les espèces, en raison d’impasses techniques liées à certaines productions.

Pertes économiques

Les résultats de l’enquête permettent d’apporter un éclairage aux raisons pour lesquelles certaines méthodes alternatives trouvent difficilement leur place. Elles ne sont pas sans conséquence sur les performances de production. L’impact sur les systèmes racinaires des arbres du désherbage par travail du sol se traduit, à minima, par une perte de rendements transitoire de 10 % sur les 3 années suivant l’adoption de cette pratique.

À titre d’exemple, en intégrant une valorisation moyenne des productions, ces pertes pourraient se situer dans une fourchette de :

  • 1 840 €/ha (10 % de pertes) à 3 680 €/ha (20 % de pertes) pour la pomme ;
  • 1 600 €/ha à 3 200 €/ha pour l’abricot ;
  • 587 €/ha à 1 173 €/ha pour la noix.

Ces méthodes alternatives entraînent aussi une augmentation des charges de production. En se basant sur une pratique moyenne, qui ne permet pas de présager d’une qualité optimale de désherbage, ce surcoût peut être évalué de +62 €/ha/an à +206 €/ha/an pour la méthode de tonte des rangs de plantation. Il irait de +193 €/ha/an à +470 €/ha/an pour la méthode de désherbage par travail mécanique du sol.

Ces estimations varient en fonction des marges associées à chaque espèce et segments de commercialisation.

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Délai court

Le parc matériel existant et les ressources en main-d’œuvre qualifiée sont aujourd’hui deux points limitants pour une généralisation à court terme des alternatives, dans les situations où leur intégration dans les itinéraires culturaux est techniquement et économiquement envisageable.

« La recherche de méthodes alternatives au désherbage chimique en cultures fruitières est aujourd’hui plus que jamais au cœur des travaux de recherche et d’expérimentation du CTIFL et des stations d’expérimentation, rappelle l’institut. Mais au vu des verrous technico-économiques à lever, il semble impossible de mettre au point et valider des solutions pour toutes les productions fruitières dans un délai extrêmement court. »

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Céline Fricotté

(1) Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes.