Les grèves en France perturbent les activités de différents secteurs, notamment celles des opérateurs de la filière céréalière. Les organismes stockeurs (OS) sont en effet confrontés à des problèmes logistiques du fait de l’annulation de trains pour acheminer les céréales vers les ports d’exportation.

« 75 à 100 % des trains ont été annulés, les entreprises ont dû s’organiser en conséquence, explique Anne-Laure Paumier, directrice générale de Coop de France métiers du grain. Elles se sont reportées sur des camions, mais seuls 5 à 20 % du flux est compensé ainsi. Car un train représente 40 camions. Ce changement de mode de transport entraîne un surcoût de 5 à 10 €/t. »

Camion plus cher que le train

« Nous avons beaucoup de difficultés d’acheminement des céréales par train vers le port de la Pallice », confirme François Pignolet, directeur général de la coopérative Centre Ouest Céréales. « Or un train loupé ne peut pas être remplacé. Nous avons opté pour des camions, mais c’est au moins 5 €/t plus cher que le train. » Et de chiffrer : « un train c’est 1 400 t de céréales, avec 1 train loupé par jour depuis quinze jours, les pertes financières sont là. Au-delà de ça, il est difficile d’expliquer aux adhérents, dans le contexte difficile de l’agriculture aujourd’hui, pourquoi il nous est difficile d’acheminer leur marchandise ! »

François Pignolet pointe par ailleurs les mises en défaut de contrats de chargement de bateaux. « Il y a des risques de pénalités de charge d’attente facturées aux opérateurs », explique-t-il.

Situation « alarmante dans les ports »

« La situation est alarmante dans les ports, notamment en raison de la grève très suivie par les personnels en charge de la manutention portuaire, les éclusiers et les sociétés de remorquage, déclarait le 18 décembre l’Union des entreprises de transport et de logistique de France. Congestion des terminaux, blocage des accès aux sites logistique ont eu pour conséquence une annulation massive d’escales ; les navires ayant été détournés vers d’autres ports notamment Anvers. »

Reports d’exécution de contrats

À la Sica Atlantique au port de la Rochelle-Pallice (Charente-Maritime), la situation est ainsi très tendue car l’opérateur est confronté à la fois au problème de faire venir les grains par train et aussi de les faire partir par bateau. « En décembre, les chargements de bateaux ont été perturbés par les mauvaises conditions météo (pluies, vents violents) et par la grève des dockers, confirme Simon Aimar, directeur de l’activité céréales. De plus, les exportateurs, découragés par les grèves, ont annulé des bateaux ou se sont tournés vers des bateaux plus petits sans besoin de remorquage. En décembre, nous avons ainsi perdu 50 000 t d’exportation toutes céréales confondues du fait des reports d’exécution de contrats au départ de la France. Cela représente des pertes pour nous que nous sommes en train de chiffrer. » Toutefois, « la situation reste encore tenable car nous avons encore un stock tampon correct de marchandise approvisionnée par camions. »

À la Sica Nord céréales implantée sur le port de Dunkerque, la situation est meilleure. « Nous arrivons à compenser avec les OS de la région, qui livrent à la place des autres opérateurs de Picardie et de la Marne, ces derniers ne pouvant pas faire acheminer leur marchandise, explique Joël Ratel, directeur général de Nord céréales. Heureusement nous sommes en décembre, il y a de la marchandise, en mai ce serait plus compliqué. »

Plus à l’Est, à la Cal (Coopérative agricole de Lorraine), l’annulation des trains pénalise l’approvisionnement de son client amidonnier qui doit « taper dans toutes les ressources disponibles pour alimenter son unité de transformation », explique Philippe Hance, le responsable céréales.

Répercussion sur le prix des marchandises

« Les entreprises avaient anticipé la grève du 5 décembre, mais pas qu’elle dure aussi longtemps, développe Anne-Laure Paumier. Le surcoût significatif se répercute sur l’ensemble de la filière, et in fine sur l’agriculteur. Le problème si la grève dure, c’est la répercussion sur le prix des marchandises, et la modification du marché. »

Selon elle, « le point préjudiciable est que les coopératives ont investi dans les réseaux capillaires pour maintenir des lignes. Ce sont des investissements pour des transports pertinents d’un point de vue environnemental sur de longues distances. Cette stratégie tombe à plat avec la grève, et les acteurs économiques subissent les conséquences. »

Isabelle Escoffier et Justine Papin