« Depuis trente ans, nos prix ont été divisés par trois, rappelle Nicolas Jaquet, président de France Grandes Cultures, né il y a un an de l’élargissement de l’OPG céréales et oléoprotéagineux, aux autres espèces de grandes cultures. En corrigeant les prix de l’inflation, nos chiffres d’affaires devraient être de 5 000 €/ha. »

Retrouver de la valeur

Pour corriger « les erreurs de la Pac » et tenter de retrouver de la valeur, le syndicat estime que le statut coopératif peut constituer une piste intéressante. « Beaucoup de coopératives se sont malheureusement éloignées de leurs fondamentaux, regrette Xavier Hollandts, de Kedge Business School.

Beaucoup de coopératives se sont malheureusement éloignées de leurs fondamentaux.Xavier Hollandts, de Kedge Business School

Pour l’invité du congrès de France Grandes Cultures ce 28 janvier 2020, à Saint-Quentin (Aisne), une meilleure gouvernance des coopératives leur permettrait de bâtir des stratégies qui redonnent de la valeur aux productions des adhérents. Et de citer quelques bons exemples, comme Limagrain en Auvergne, La Tricherie dans la Vienne ou des coopératives danoises.

Xavier Hollandts mentionne aussi l’intérêt « d’esquiver » la grande distribution avec des magasins en direct consommateurs comme les Gamm vert, Frais d’Ici du groupe In Vivo, ou Saveurs Fermières… ou encore des structures non coopératives qui ont réussi à imposer la notion de prix équitable, comme C’est qui le patron.

L’éthanol pour réguler le prix du sucre

« Le problème est qu’en Europe, on a fait le choix de se battre contre les pays les plus compétitifs, le Brésil en sucre, alors que les autres pays producteurs ont tous un prix protégé, constate Frédéric Courleux, d’Agriculture Stratégies, anciennement Momagri. Les pays de la mer Noire en blé, alors qu’aux États-Unis, le prix du blé bénéficie d’un prix pivot de 202 $ la tonne et en Chine de 345 €/t. Ou encore la Nouvelle-Zélande en lait… »

Pour lui, le marché mondial n’existe pas, le prix international est celui des excédents du pays le moins disant et c’est sur ce prix que se base l’Union européenne. Agriculture Stratégies qui tente de convaincre depuis longtemps de l’intérêt d’un retour à une régulation des marchés, estime aujourd’hui que jouer sur la flexibilisation de l’éthanol pour atténuer la volatilité sur le prix du sucre serait une piste intéressante pour sortir de la crise en Europe.

« Quand le prix du sucre est bas, on pourrait produire beaucoup d’éthanol, et arrêter les usines lorsqu’il grimpe, explique-t-il. L’indemnité aux industriels qui sont obligés d’arrêter leurs usines ne coûterait pas cher au regard des avantages de ce mécanisme ».

L’exception agri-culturelle française

En attendant que l’Europe refonde sa politique betteravière, Patrick Legras, représentant les producteurs de betteraves à la Coordination rurale, a invité tous les agriculteurs, syndiqués ou non, coopérateurs et non coopérateurs, à se battre dans le même sens. « En betteraves, nous avons réussi à obtenir de Saint Louis Sucre pour les contrats un prix minimum de 25,73 €/tonne de betterave, sur 70 % de la production sur trois ans, indique-t-il. Dans les coopératives, les agriculteurs n’ont pas cette visibilité. »

Nicolas Jaquet, le président de France Grandes Cultures, estime de son côté, qu’il y a urgence à ce que l’Europe accepte de revendiquer « une exception agri-culturelle », ce qui lui permettrait de remettre un peu de régulation et de protection dans sa politique agricole.

Blandine Cailliez