Sarah, Benoît, Frédéric, Philippe, Guillaume, Jean-Pierre… Ils sont céréaliers, éleveurs laitiers, éleveurs allaitants, membres de Clé de sol, de Base, de l’Apad ou d’autres associations, mais tous partagent la même passion : le sol. Et pour préserver cette ressource chez eux, ils sont tous passés au semis direct sous couvert végétal, une technique qui évite l’érosion, tout en augmentant la teneur en azote, et en améliorant la structure physique.

Bienvenue les vers de terre - La bande annonce from Actualités Locales au Cinéma on Vimeo.

Dans le film, on les suivra chacun chez eux, ou ensemble, à l’occasion de formations et de colloques. Et ils sont touchants, ces passionnés, à se réjouir de leurs résultats, à partager leurs secrets techniques, ou à compter leurs vers de terres. « Ce n’est une philosophie, ni une technique, mais un système cohérent parce qu’il produit des résultats », lance l’un d’entre eux.

Quand la cohérence nuit au sentiment

Cette extrême cohérence, c’est peut-être à cause d’elle que le film perd de sa densité. Car la vision de l’agriculture de conservation est identique entre tous les exploitants interrogés, et le spectateur a parfois des impressions de redites. François Stuck, lors du débat organisé après la projection au Salon international de l’agriculture, explique cette sensation par un montage valorisant justement ces échos : « J’ai voulu faire un film sur la parole », a-t-il confié à la salle.

Dans ses moments les plus réussis, le documentaire montre d’ailleurs bien comment les agriculteurs ont construit cette technique commune, à force d’échanges et de bienveillance. La caméra de François Stuck montre ainsi les discussions de bord de champs comme de véritables laboratoires de développement rural, avec un profond respect. Destiné au grand public, le film offre cependant peu d’éléments sur les méthodes techniques précises, préférant se concentrer sur des punchlines de mordus d’agronomie, comme : « Le ver de terre travaille tous les jours, même le week-end. »

Ces déclarations, qui lient toute une galerie de portraits, rendent les exploitants attachants, mais peinent à embarquer réellement le spectateur. Ce qu’il manque au film, c’est peut-être au fond une voix dissonante, un agriculteur qui exprimerait par exemple des inquiétudes sur la levée de ses couverts, ou qui exposerait, même, les raisons de son retour au labour. Une séquence en tout cas, de quelques minutes à peine, qui nous ôterait l’impression d’avoir vu un film de promotion.

Ivan Logvenoff