Déployé par les agences régionales de santé (ARS) et la Draaf, « Phytosignal » repose sur la mise en place d’un numéro vert gratuit permettant aux particuliers de signaler une exposition liée à la pulvérisation de produits phytos et/ou pour s’informer concernant celle-ci.

« Les signalements pris en charge sont ceux liés à des situations d’épandage, agricole ou non agricole, de produits phytosanitaires ou de biocides, avec des atteintes observées à l’environnement ou des effets aigus constatés sur la santé », précise la Draaf des Pays de la Loire.

« Flicage des agriculteurs »

Mais la Coordination rurale de la Seine-Maritime, dans un communiqué paru le 16 janvier 2022, se questionne sur la légitimité de ce dispositif vu comme un « moyen de flicage des agriculteurs ».

Elle détaille le bilan de l’usage du dispositif en Nouvelle-Aquitaine. Selon le syndicat, « de 2014 à 2018, 144 signalements ont été reçus à l’ARS » :

  • 47 % étaient de l’ordre de l’inquiétude en lien avec une exposition aux pesticides ;
  • 41 % mentionnent la survenue d’événements de santé aigus ou chroniques liés à une exposition ;
  • 12 % concernaient une simple demande d’information.

Pour précision, les conflits de voisinage n’ont pas été pris en compte parmi les signalements. Sont non concernées également les expositions professionnelles ou encore les mortalités apicoles.

Etre vigilant face aux dérives

Au total, « seuls 7 signalements ont donné lieu à des investigations pour une expertise sur place », fait savoir la CR 76. Elle estime ainsi qu’il n’y a « rien à craindre d’une mise en place possible de ce dispositif en Normandie » mais restera « vigilante en cas de toute dérive […] qui serait néfaste pour les agriculteurs ».

Pourtant, de nombreuses réactions sont apparues ces derniers jours sur le réseau Twitter, faisant suite notamment à la prise de parole de Barbara Pompili le 11 janvier 2022 sur RMC. La ministre de la Transition écologique annonçait notamment le lancement de « sites internet pour informer les riverains des zones agricoles de pulvérisations de pesticides ». Son cabinet avait ensuite tempéré ses propos affirmant que ces sites internet ne sont qu’une « option » à disposition des préfectures et des producteurs pour assurer l’obligation d’information prévue par les nouveaux décrets sur les ZNT.

« Hystérisation » du débat public

Lors de l’examen, le 13 janvier 2022, de l’article de la proposition de loi visant à interdire le glyphosate, déposé par la France insoumise à l’Assemblée nationale, Julien Dive, député de l’Aisne (LR), a interpellé Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture : « Reste à vous de passer à l’action sur ce dossier-là ! Il est important d’éviter ce type de dispositif […] qui clairement pointe du doigt nos exploitants. »

Son collègue Pierre-Henri Dumont (député LR du Pas-de-Calais) a dénoncé à la tribune la mise en place de « plateformes numériques de délation des agriculteurs et de leurs pratiques, qui contribuent à l’hystérisation du débat public ».

Isabelle Escoffier