Le chiffre d’affaires des adhérents de l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes) approchait les 2 milliards d’euros en 2018. « Le biocontrôle (23,7 % de volumes vendus) a fortement progressé aux dépens du conventionnel, constate Bruno Baranne, président de l’UIPP. La part des produits utilisables en agriculture biologique a plus que doublé en 9 ans et pourrait dépasser les 12 % à l’horizon de 2025. Plus de 50 % de ces produits sont à base de soufre et 20 % à base de cuivre. »

Fort de ce contexte, l’UIPP a présenté lors de sa conférence de presse le 15 janvier 2020 une projection à l’horizon de 2025 du marché français des produits phyto (étude réalisée par le cabinet Alcimed).

Conséquence paradoxale des interdictions

« Au vu du contexte réglementaire actuel, on peut s’attendre à l’appauvrissement de l’offre des molécules qui peut parfois conduire à des impasses techniques », explique Eugénia Pommaret, directrice générale de l’UIPP. Les experts s’inquiètent de la disparition de certaines cultures, liée à ces impasses (asperge, carotte des sables…). Ils estiment que ces interdictions pourront paradoxalement conduire à l’augmentation des quantités de produits phyto, les agriculteurs privilégiant des produits à l’efficacité moindre.

La part du biocontrôle et de l’agriculture biologique devrait ainsi augmenter, « favorisée par l’objectif du plan Ecophyto 2 + de réduction de 50 % des phytos affiché à l’horizon de 2025, adossé à un encouragement aux solutions alternatives », complète Eugénia Pommaret, qui cite le plan Ambition Bio (15 % de SAU bio en 2022), la loi EGAlim (20 % de produits bio en restauration collective) ou encore la future Pac dont le budget diminue.

Vers de nouvelles techniques

« Le développement de l’agriculture de précision et des outils d’aide à la décision semble peiner à se démocratiser, par soucis d’accessibilité en termes de coût, et du manque d’accompagnement », poursuit Eugénia Pommaret. Selon l’étude, la généralisation du big-data et de la robotique sera progressive et n’impactera que faiblement le marché dans les 5 ans à venir.

Face aux interdictions d’herbicides, les agriculteurs se tourneront vers le désherbage mécanique. Ce dernier est d’ailleurs mis en avant via les CEPP (certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques), le plan Ecophyto 2 + ou le contrat de solutions. « Les nombreux freins à cette pratique (temps, efficacité…) seront progressivement levés par le développement de la robotique agricole », prévoit l’étude.

« Les nouvelles variétés, résistantes ou tolérantes, constituent un levier de réduction des phytos, et les agriculteurs en sont demandeurs, ajoute Eugénia Pommaret. Mais elles nécessitent un temps de développement long, et les bioagresseurs peuvent s’adapter en adoptant des stratégies de contournement. »

> À lire aussi : Décryptage des chiffres de vente des phytos (09/01/2020)

J. Papin