Depuis 2001, le glyphosate est la matière active la plus utilisée par les farmers. Il représente la moitié des herbicides épandus aux États-Unis, selon l’agence de protection de l’environnement. Qui note aussi que le territoire a reçu un quart des applications mondiales d’herbicides entre 2008 et 2012, et la tendance n’était pas à la baisse…

En 1996, l‘introduction des OGM RoundUp Ready de Monsanto, tolérants au glyphosate, promettait pourtant l’inverse. Ce qui s’est vérifié « durant les toutes premières années de leur adoption », selon Sylvie Bonny, chercheuse à l’Inra, « mais ce n’est plus le cas depuis plus de dix ans ». La situation s’est même inversée. Ce que nous confirme Seth Wechsler, coauteur de plusieurs études pour le département de l’agriculture américain (USDA). L’une d’elles, en 2014, revèle que les doses totales d’herbicides par hectare appliquées par les adeptes d’OGM ont rejoint celles épandues sur les cultures non OGM. Pour le chercheur, « le principal effet a été le remplacement des herbicides traditionnels par du glyphosate ». De fait, son usage a été multiplié par dix en vingt ans : de 13 600 à 131 500 tonnes par an, selon l’Institut d’études géologiques américain. Durant la période, le nombre de nouvelles matières actives sur le marché des herbicides a décliné, observe Sylvie Bonny.

Des adventices résistantes

Seth Wechsler y voit deux avantages : « le glyphosate est jugé moins toxique et il encourage le non-labour ». Mais il admet que les farmers ont, en même temps, délaissé la rotation des cultures et l’observation de leurs champs. Leur dépendance à une seule molécule a favorisé le développement de résistances. Aujourd’hui, dix-sept espèces résistantes au glyphosate sont recensées aux États-Unis, sur plus de 42 millions d’hectares.

Les firmes tirent leur épingle du jeu. BASF, qui met en avant le chiffre de 67 % d’agriculteurs infestés par ces résistances, y voit une opportunité pour sa gamme Liberty Link, combinant un OGM tolérant au glufosinate et l’herbicide correspondant.

De son côté, Monsanto a développé de nouveaux OGM associant la tolérance au glyphosate et au dicamba. Ils sont arrivés pour prendre la relève de la première génération d’OGM, à l’expiration de leurs brevets ! Même si le dicamba ne peut se prévaloir, lui, d’une « faible toxicité ».

Pas de réponse agronomique

Dans un pays où l’on ne parle ni de séparer le conseil et la vente, ni d’interdire les remises sur les phytos, le programme mis en place par Monsanto dès 2010, et poursuivi par son acquéreur Bayer, connaît aussi un franc succès. La plate-forme web RoundUp Ready plus s’adresse aux utilisateurs de ses produits (OGM + glyphosate) confrontés à des résistances. Elle préconise aux agriculteurs diverses combinaisons de semences OGM et herbicides maison, et leur permet de calculer le montant de la ristourne (en dollars/acre) auquel ils auront droit selon le nombre de produits achetés.

Ce qui n’incite pas les farmers à gérer les résistances par un retour à l’agronomie. Une étude de l’USDA, en 2015, observe que leur principale stratégie consiste à associer le glyphosate à d’autres molécules (sur 84 % des surfaces infestées en maïs et 71 % en soja). La seconde est d’augmenter les quantités d’herbicide appliquées (sur 25 % des surfaces en maïs et 39 % en soja). Monsanto, dans le rapport de 2017 à ses actionnaires, estimait que son RoundUp « continuera à être une source durable de profit ».

Bérengère Lafeuille