On surnomme cette zone la mer de plastique. En Andalousie, entre Grenade et Murcie, au sein de la commune d’Almeria, 35 000 hectares de serres en constante progression s’étendent, uniquement arrêtées par la mer et la montagne. Le paysage a été totalement modifié en trente ans. La place se fait rare, entraînant une explosion du prix du foncier nu, supérieur à 400 000 €/ha. Plus le moindre mètre carré qui ne soit couvert d’un plastique blanc pour favoriser la photosynthèse.

Neuf fois plus de bio en six ans

« Il y a tellement de soleil que l’on peut produire quasi toute l’année des tomates, des poivrons, des concombres et des pastèques pour alimenter l’ensemble des marchés européens », sourit Nicolas Manzaro, qui possède 2,5 ha, en hauteur de la plaine, sur les versants­ de la montagne Alhamilla. La production biologique a été multipliée par neuf en six ans, passant de 1,3 % en 2013 à 10,3 % des surfaces­ de la région.

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Alejandro Iglesias était conseiller à la production. « En 2014, j’ai eu l’opportunité de louer l’équivalent d’un hectare. J’ai sauté sur cette occasion inespérée. Mon revenu a été multiplié par dix en moins d’une année. Jamais je n’aurais eu les moyens de m’acheter de la terre et de bâtir une serre, il y en aurait eu pour plus de 1,5 million d’euros. » Depuis, il a réussi à trouver deux autres hectares à louer.

Mon revenu a été multiplié par dix en moins d’une année.

Pour les serres, la rentabilité est rapide. La filière est très organisée avec son marché au cadran journalier, sa banque, ses assurances, ses entreprises de transport et de services. Un légume ou un fruit qui est cueilli de bon matin à Almeria sera en moins de 24 heures à Rungis ou à Rotterdam et de 36 heures en Allemagne. La filière emploierait­ plus de 200 000 personnes en période de pointe.

Bilan carbone désastreux

L’objectif des professionnels d’Almeria est clair : poursuivre et intensifier la culture biologique dans la zone. Cependant, plusieurs défis se posent déjà aujourd’hui. L’eau est rare et chère. La multiplicité des serres demande de grandes ressources. Au fil des ans, les nappes se sont asséchées. Le réchauffement climatique va devenir une difficulté majeure.

Environ 80 % des fruits et légumes partent à l’exportation par camion. Produits au sud du pays, ils font des milliers de kilomètres pour envahir les étals. Produire de la bio au bilan carbone désastreux ne sera pas tenable.

Quant aux jeunes Espagnols, ils ne veulent pas du travail harassant dans les serres. Les chiffres­ de 40 000 à 80 000 travailleurs illégaux, la plupart sans papiers et en provenance d’Afrique, circulent.

Enfin, l’utilisation des plastiques de toute sorte est exponentielle dans les serres et à l’extérieur. Un plastique biodégradable doit se changer tous les trois ans. Tant que la filière ne pourra pas assurer du 100 % dégradable, elle sera en danger, car la pollution, parfois extrême, s’étendra.

Christophe Dequidt