Les citoyens suisses devaient se prononcer, parmi un ensemble de votations fédérales le dimanche 13 juin 2021, sur deux mesures qui concernaient directement les agriculteurs : le bannissement des produits phytosanitaires de synthèse et le durcissement de l’accès aux paiements directs en le conditionnant à la qualité de l’eau potable. Les deux textes ont été rejetés à plus de 60 % par les électeurs suisses dans un scrutin qui a bénéficié d’un taux de participation, proche de 60 %, supérieur à la moyenne des votations fédérales.

Deux textes soumis aux électeurs

Les deux textes résultaient d’une mobilisation de citoyens et avaient recueilli chacun plus de 110 000 signatures de soutien. Le premier, intitulé « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse », visait à interdire les produits phytosanitaires contenant des compositions chimiques qui n’existent pas à l’état naturel dans l’agriculture mais aussi dans les espaces verts publics, jardins privés et voies de chemins de fer. Il demandait aussi d’interdire l’importation de produits alimentaires ayant été produits avec des pesticides « n’existant pas dans la nature ».

Le deuxième texte « Pour une eau potable et une alimentation saine » voulait restreindre les paiements directs de la Confédération aux agriculteurs n’utilisant pas de pesticide de synthèse ou d’antibiotique.

Un rejet général en Suisse

Le premier texte a été rejeté à 60,56 %, selon les résultats définitifs. Férocement combattue dans les campagnes, l’interdiction, soutenue par les écologistes et la gauche, a également été rejetée dans les villes de Genève et Fribourg.

Le « oui » ne l’a emporté que dans le canton de Bâle Ville — où, par ailleurs, se trouve le siège de Syngenta. Le comité ayant présenté le texte a appelé le gouvernement à l’issue du vote à « régulièrement tester la population pour détecter les résidus de pesticides ».

Le second texte a été rejeté à 60,68 %. Là aussi, Bâle Ville a été le seul canton à répondre oui à cette initiative. À l’inverse, le Valais a été le canton qui a exprimé le plus fortement son rejet des deux initiatives (plus de 76 % pour les deux questions). Les partisans du « oui » soulignent, de leur côté, la différence de tendance entre les villes et les campagnes, les premières leur étant plus favorables.

« Un choix de la raison », selon Guy Parmelin

« C’est un choix de la raison et du pragmatisme, c’est un choix qui garantit l’avenir de notre agriculture et qui assure la sécurité alimentaire de notre pays. Ce double non donne la possibilité au monde agricole de poursuivre ses réformes de transition vers une production plus durable », a réagi le président de la Confédération suisse, Guy Parmelin, en conférence de presse.

Dans une Suisse pourtant habituée à la démocratie directe, la campagne référendaire avait été marquée par des discussions plus vives qu’à l’ordinaire. L’incendie d’une remorque agricole supportant des banderoles « non » avait ému une association agricole dans le canton francophone de Vaud, frontalier avec la France.

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Vers une agriculture plus durable

L’Union suisse des paysans, qui se veut l’organisation des 50 000 à 60 000 agriculteurs de la Confédération, estime que les votations « incitent les familles paysannes à s’engager dans une agriculture plus durable » bien qu’elle soit satisfaite du rejet des deux initiatives.

Éric Young