Et si on donnait une valeur à la richesse en matière organique des sols dans les transactions foncières. C’est une des 20 propositions du Think tank agroalimentaire Les Échos.

Pour favoriser la décarbonation de l’agriculture, le Think tank propose d’accompagner les transactions foncières d’une mesure objective de la richesse des sols. « On pourrait mesurer si l’exploitant a préservé, amélioré ou dégradé l’actif des sols », a expliqué Olivier Dauvers, directeur du Think tank dont La France Agricole est partenaire, le 30 juin 2022 lors de la présentation de son livre blanc, L’agri-agro à l’heure de la transition environnementale. « À terme, la conduite agrirégénératrice d’un sol et son niveau de séquestration carbone serait une valeur reconnue par le marché du foncier », veut croire le groupe d’experts.

Besoin d’un cadre clair

L’agriculture est un secteur clé de la décarbonation et pour Jean-Baptiste Vervy, agriculteur dans la Marne, qui témoignait ce 30 juin, le chemin vers l’agriculture de conservation des sols est désormais ouvert, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. « Mais l’impact psychologique et les efforts à engager sont tellement importants qu’il faut une incitation forte », insiste l’agriculteur, lui-même en agriculture de conservation des sols.

Mais comment embarquer les agriculteurs vers un marché du carbone vraiment rémunérateur ? « Le système fonctionne sur la confiance car le crédit carbone n’est pas concret, il faut garantir à l’acheteur qu’il y ait vraiment une réduction de la production de carbone et s’engager sur le fait de ne vendre la tonne qu’une seule fois », Anaël Bibard, président de Climate Agriculture Alliance, l’interprofession carbone en agriculture, récemment créée qui œuvre à créer un cadre de confiance.

Des maillons interdépendants

« L’ambition c’est de bloquer l’horloge, d’arrêter la dérive et d’entamer cette transition […]. Mais aucun des maillons ne pourra faire la transition sans les autres, il y a une notion d’interdépendance des acteurs de la chaîne agroalimentaire », analyse Olivier Dauvers.

Ce dernier insiste aussi sur la nécessité pour les pouvoirs publics de poser un cadre de réductions des émissions. « Nous avons aussi besoin d’indicateurs, d’un diagnostic sur la ferme France, de mesure de la régénération des sols. »

Ouvrir une troisième voix

Pour Thierry Blandinières, le directeur général d’Invivo, venu clore les échanges, « tout l’enjeu c’est un changement d’échelle » mais aussi déterminer « quelle sécurité économique on apporte aux agriculteurs pour les embarquer ». Et pour cela il prône l’ouverture d’une troisième voix, qu’il faut porter dans la stratégie européenne Farm to Fork.

« Je pense que c’est une énorme erreur de baisser le potentiel de production en volume […] Le bio n’est pas la solution, c’est beaucoup plus compliqué », argumente-t-il. Dans la transition, sur cinq ans la perte de revenu potentielle est évaluée à 150 € par hectare, chiffre Thierry Blandinières, qui estime que ce risque peut être couvert à hauteur d’un tiers par les compensations carbone (c’est presque leur valeur sur le marché actuellement), d’un autre tiers par les politiques publiques et le dernier tiers par la création d’un label « good planet » qui permettrait à la chaîne agroalimentaire de communiquer et de valoriser la décarbonation auprès du consommateur.

« Sur la neutralité carbone, on peut tous s’engager à l’horizon de 2035. Mais tout part des engrais, il faut développer de l’engrais vert c’est l’avenir. Les engrais c’est 80 % du bilan carbone négatif de la chaîne », poursuit Thierry Blandinières. Mais cela implique l’engagement du secteur agricole mais aussi des fournisseurs de l’agriculture, insiste-t-il.

> À lire aussi : Dossier Carbone en agriculture : Les initiatives fleurissent en Europe et dans le monde (14/06/22)

Marie Salset