Le Salon international de l’agriculture a été l’occasion pour la CNDSF (Coordination nationale pour la défense des semences fermières (1)) de faire le point ce mercredi 26 février 2020 sur de nombreux sujets d’actualité. Philippe Ribault, son président, a évoqué leurs relations avec le Gnis, le Groupement national interprofessionnel des semences et plants.

« Nous souhaitons qu’il y ait un nouveau mode de gouvernance qui s’installe au Gnis avec la mise en place d’une section des semences de ferme, assure Philippe Ribault. La porte est entrouverte, mais si au départ nous avions entendu parler d’une mise en place en mars 2020, il serait désormais question de septembre. »

Augmentation de la CVO

Avec cette nouvelle section, la CNDSF souhaite être entendue pour enrichir les débats, « apporter du bon sens autour de la table et de la modération dans les décisions des semenciers ». Elle rappelle ainsi que si elle avait été autour de la table au moment où la CVO (cotisation volontaire obligatoire), désormais transformée en CRIV (contribution à la recherche et à l’innovation variétale), a été augmentée, elle aurait tapé du poing pour dire que ça n’était pas le moment.

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« Les semenciers sont passés de 0,75 € à 0,90 €/t, sans nous demander notre avis alors que depuis 2016 nous sommes en crise économique, insiste Philippe Ribault. Ce qui est insupportable, c’est que l’on paie cette cotisation pour qu’ils aillent se développer à l’étranger et proposent une génétique, notamment en céréales, qui ne tient plus ses promesses. »

« De plus, ces entreprises doivent cesser leur délocalisation en dehors de l’Union européenne, afin de réduire et d’éviter la dissémination de parasites et de maladies nuisibles, insiste le président de la CNDSF. Nous ne sommes pas sans oublier que l’an dernier nous avons connu de gros problèmes de semences de colza polluées avec des OGM ! »

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Alerte au sujet du soja et de la HVE

« L’État doit favoriser l’établissement et le fonctionnement de filières courtes de production, complète encore la CNDSF. Une forte réflexion devrait s’instaurer sur le soja qui va rentrer dans l’alimentation de nos enfants un jour par semaine et qui est à 90 % importés d’autres pays, qui n’ont pas les mêmes normes environnementales que les nôtres. »

« La filière du soja de France soutenue par Terres Inovia doit respecter ce gage de sécurité et de traçabilité qu’apporte la proximité de la production, poursuit la CNDSF. Or les agriculteurs rencontrent beaucoup de problèmes avec l’obligation d’utiliser des semences certifiées pour être dans la bonne ligne du pseudo-respect des exigences environnementales. »

La CNDSF rappelle qu’en soja, si l’on souhaite une bonne traçabilité, chaque producteur de soja fermier peut faire réaliser une analyse sur les critères OGM et « brandir » ces résultats dans son cahier des charges. « Les surcoûts pour les sojas tracés sont désormais minimes : 10 à 15 €/t contre près de 100 €/t il y a environ 15 ans, constate Philippe Ribault. Dans l’état où est l’agriculture, avec 30 à 40 % des fermes sans revenu, il est impensable d’augmenter nos charges avec des semences certifiées. »

Sur la HVE (haute valeur environnementale), la CNDSF annonce par ailleurs qu’elle va rester très vigilante car elle craint que la semence de ferme soit exclue. « De toute façon, si cette mondialisation continue, la HVE de niveau 1, 2 ou 3 n’apportera pas de plus-value ! », juge-t-elle.

Mise au point sur les OGM

« Nous sommes déjà contre la CVO, alors nous le sommes d’autant plus contre les OGM et la brevetabilité du vivant, continue Denis Perreau, porte-parole de la CNDSF. Or, le Conseil d’État vient de rendre un avis sur les variétés obtenues par mutagenèse in vitro (sur des cultures cellulaires) qu’il considère comme des OGM. »

« Désormais, nous attendons avec impatience que le gouvernement prenne des dispositions en produisant une liste de variétés qui seront exclues du catalogue, et qui passeront par la procédure OGM, ajoute-t-il. Le problème, c’est que les semenciers semblent se cacher derrière le secret industriel et ne veulent pas dévoiler le mode d’obtention… »

En revanche, tant qu’il s’agit de mutagenèse sur plante entière (in vivo), on ne parle pas d’OGM. Sur les VTH (variétés rendues tolérantes aux herbicides) non OGM, toutefois le gouvernement devra apporter des précisions sur les conditions de culture en France. Aux dires des semenciers, la majorité de ces variétés ne serait pas issue de mutagenèse in vitro.

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C.F.

(1) Regroupe la Confédération paysanne, la Coordination rurale (CR), le Mouvement de la défense des exploitants familiaux (Modef), le Syndicat des trieurs à façon de France (Staff), la Fédération nationale de l’agriculture biologique des Régions de France (Fnab) et le Syndicat national d’agriculture biodynamique (SABD).