Concentré dans la moitié nord de la France avec 5 000 ha en 2017 et une prévision de 5 500 ha pour 2018, le miscanthus a vu ses surfaces augmenter de 10 % par an ces dernières années. Sur le plan agronomique, la culture présente des avantages : pas de fertilisation ni de traitements phytosanitaires (hormis un désherbage la première année), protection contre l’érosion… et depuis janvier 2018, elle est éligible au SIE. Le rendement (en moyenne 12 et 15 t/ha de MS) est cependant conditionné par la qualité de l’implantation, poste très onéreux (3 000 €/ha) qui peut freiner le développement des surfaces.

Des débouchés à plus forte valeur ajoutée

La filière, qui existe depuis une dizaine d’années, portée par France Miscanthus et ses 15 membres (dont des usines de déshydratation de luzerne), connaît un développement de certains débouchés depuis quatre à cinq ans. Deux tiers de la production est valorisée en chauffage par les usines de déshydratation, débouché à l’origine de l’implantation de la culture.

Le tiers restant se partage entre le paillage horticole des massifs (principalement au sein des collectivités) pour limiter les adventices, et la litière pour animaux (volailles, bovins, chevaux) grâce à son côté très absorbant (réduction du fumier et assainissement de l’environnement). Ces débouchés à plus forte valeur ajoutée se développent depuis peu. La filière travaille aussi sur l’utilisation du miscanthus dans d’autres secteurs comme l’automobile (réalisation de tableaux de bord) ou la construction (parpaings pour mur porteur).

Paillage, litière, amendement…

« Pour se lancer dans la production de miscanthus, il faut avoir une structure qui l’achète », soulignait Alain Jeanroy, de France Miscanthus, le 6 avril dernier chez Luzéal, coopérative de déshydratation basée à Pauvres (Ardennes). « Vendre soi-même sa production peut être hasardeux. »

Chez Luzeal, 85 % des 400 ha implantés par les adhérents est utilisé par ses usines comme source d’énergie. Depuis deux ans, la coopérative développe aussi le paillage horticole et la litière. Elle assure la récolte du miscanthus, avec le même matériel que pour la luzerne sur lequel sont adaptés des becs à maïs. « Pour le débouché combustion, on peut récolter dès 70 à 75 % de MS. Pour le paillage horticole, il faut attendre 85 à 90 %. »

Luzéal travaille également sur un amendement pour le vignoble associant du miscanthus et de la luzerne. Avant de développer les surfaces, son objectif est d’abord de valoriser la totalité de la production actuelle hors combustion. « Nous sommes nouveaux sur les débouchés de paillage et litière où il existait déjà d’autres solutions (lin, chanvre) », souligne Thierry Hamerel, DG de Luzéal. « Il faut donc se faire connaître. »

Chantal Urvoy