« Le bio c’est toujours écolo ? », demande le journaliste Patrick Cohen à Stéphane Travert, à propos de l’utilisation de la bouillie bordelaise. Sur le cuivre comme sur le glyphosate, le ministre est resté très prudent au micro d’Europe 1.

Pas d’interdiction du sulfate de cuivre sans solutions techniques

M. Travert a exprimé sa volonté de ne pas laisser les agriculteurs dans l’impasse. « Cela pose un problème aujourd’hui. Comment faire en sorte que celles et ceux qui utilisent aujourd’hui ces produits dans l’agriculture biologique ne soient pas mis au pied du mur ? ».

Pour éviter l’écueil, le ministère poursuit le travail de concertation avec les agriculteurs, les instituts techniques, et les chercheurs pour développer l’innovation. « Je ne pense pas qu’il existe aujourd’hui de solutions alternatives crédibles. Nous devons les trouver. Et il va falloir y travailler. ».

L’homologation du cuivre arrive à échéance le 31 janvier 2019, et la France n’a toujours pas clarifié sa position sur le sujet auprès de la Commission européenne. Le Danemark et les Pays-Bas l’ont déjà interdit.

Et le glyphosate ?

L’interdiction de l’herbicide avait été retirée de la loi agriculture et alimentation, mais elle demeure une exigence d’Emmanuel Macron.

« Au niveau européen, nous avons cinq ans, explique le ministre, et le président de la République a souhaité qu’en trois ans nous puissions sortir de l’utilisation du glyphosate. Et bien c’est ce que nous allons faire. » Dans ce cas également, M. Travert veut éviter de faire peser le poids du changement sur les seules épaules des producteurs. « Nous devons emmener tout le monde. Nous rencontrons les opérateurs, les agriculteurs, tous les opérateurs des filières pour trouver un certain nombre de solutions, de productions de remplacement. »

Trois types de cultures, pour lesquelles aucune alternative n’a encore été identifiée, pourraient bénéficier de dérogations, a expliqué le ministre : les fruits et légumes destinés à l’industrie, l’agriculture de conservation, et les cultures en terrasses. Parmi les solutions au remplacement de l’herbicide pour les autres secteurs, Stéphane Travert a évoqué de meilleures pratiques agronomiques — comme la rotation — et la formation. Sans prendre d’engagement sur d’éventuels compléments budgétaires.

Macron répond sur le glyphosate

Interpellé par des agriculteurs lors d’un déplacement en Bretagne avec M. Travert et son collègue de l’environnement Nicolas Hulot, le président de la République Emmanuel Macron s’est déclaré pour sa part mercredi « convaincu » que « 80 % à 90 % des cas » d’utilisation du glyphosate étaient gérables par d’autres solutions.

« Il y a des alternatives manuelles et d’organisation, mécaniques, il y a des alternatives avec d’autres produits naturels qu’il faut qu’on homologue et dont on doit regarder les propriétés, mais c’est faux de dire qu’il n’y a pas d’autres solutions », a dit le président qui souhaite « sortir des guerres de tranchées sur ce sujet ».

« Les choses ne sont ni blanches ni noires », a abondé Nicolas Hulot. « Si déjà on arrive à se passer de 80 % à 90 % [des utilisations] on aura fait un chemin fantastique », a-t-il souligné.

I.Lo. avec l’AFP