« La conséquence la plus importante de la crise du Covid-19 sur nos activités concerne la production de biocarburants », a révélé Jean-Philippe Puig, le directeur général du groupe Avril le 12 juin 2020 lors d’une visioconférence organisée par l’Afja (Association des journalistes de l’agriculture et de l’alimentation).

Si le groupe qui fabrique historiquement du biodiesel (Diester) via sa filiale Saipol, n’a pas stoppé totalement ses usines, il a arrêté certains ateliers qui produisent ce biocarburant. « Ce sont en général de grosses usines qui font à la fois de l’huile et des biocarburants à partir des graines, explique Jean-Philippe Puig. Dans ces usines, du chômage partiel a été mis en place. »

Silos pleins et chute du prix du pétrole

Il y a deux raisons à cet arrêt de production : d’abord la baisse de la consommation de diesel, donc de biodiesel (il y a eu jusqu’à 50-70 % de baisse en lien avec le confinement), ce qui fait que les silos étaient pleins. Autre raison, qui avait commencé un peu avant la crise : la chute du prix du pétrole qui s’est accentué ces dernières semaines.

« Il est très compliqué de dire à quelle vitesse le pétrole va remonter, ou pas, ainsi que la consommation. Nous sommes dans l’expectative, note le directeur général d’Avril. À 40 dollars le baril, on ne gagne pas d’argent. »

Et d’insister : « Outre le fait qu’on a les silos pleins, on a un vrai sujet de rentabilité sur le biocarburant. On ne vend pas, car quand vous ne couvrez même pas vos frais variables vous êtes à l’arrêt. Mais pour autant il faut laisser fonctionner notre processus. » La graine de colza est en effet utilisée pour fabriquer de l’huile (partie liquide) et du tourteau (partie solide).

Continuer à fabriquer des tourteaux de colza

« Notre obligation vis-à-vis des concitoyens est de continuer à produire pour alimenter les animaux et faire cette partie solide. Dans ce cas, que faire de la partie liquide ? », développe Jean-Philippe Puig. On a vendu à perte pour une partie afin de continuer à faire tourner les usines et fabriquer des tourteaux pour les éleveurs. »

L’impact économique sur cette zone d’activité de l’entreprise va donc être substantiel sur l’ensemble de l’année 2020. « Nous verrons plus clairement en septembre combien nous a coûté cette période, détaille Jean-Philippe Puig, qui chiffre à plusieurs dizaines de millions d’euros les pertes sur l’arrêt de production des biocarburants et des activités pour la restauration hors foyer : trois usines de fabrication d’ovoproduits ont en effet été fermées en France. À l’inverse, les débouchés dans la grande distribution, avec la marque Lesieur par exemple, ont progressé sur cette période.

Un groupe robuste

Jean-Philippe Puig se veut toutefois rassurant. « Nous sommes un groupe robuste et sain sur le plan financier. Il se base pour cela sur les bons résultats de 2019 de même que ceux du premier trimstre de 2020. « En termes de cash, nous pouvons faire face à la crise du coronavirus », soutient-il.

> À lire aussi : Europe, le marché des biocarburants risque l’inondation (24/04/2020)

I.E.
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