Un décret publié ce mardi 24 mars 2020 au Journal officiel interdit l’ouverture des marchés couverts et de plein vent. La mesure entre en vigueur ce 24 mars et avait été annoncée la veille par le Premier ministre Édouard Philippe, dans une interview sur TF1. Le préfet pourra toutefois autoriser l’ouverture des marchés alimentaires, s’ils respectent les mesures d’hygiène et de distanciation sociale définies par le gouvernement. Sa décision sera prise après avoir consulté l’avis du maire de la commune concernée.

Un travail engagé auprès des maires

Ce durcissement des conditions d’ouverture des marchés était attendu et redoutée par la profession agricole après la décision du Conseil d’État d’enjoindre le gouvernement de préciser certaines de ses mesures face à l’épidémie du Covid-19. Lors d’une conférence de presse donnée en visioconférence ce mardi matin, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a annoncé avoir travaillé avec le réseau Bienvenue à la ferme, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, Jeunes Agriculteurs et Marché de France pour diffuser auprès des maires un guide des bonnes pratiques.

Certains maires lui auraient déjà fait part de leur souhait de rouvrir leurs marchés sous réserve de l’accord de leur préfet. « À cette fin, nous appelons à une collaboration étroite et permanente entre les acteurs locaux et les municipalités pour mettre en place toutes les mesures nécessaires. À ces conditions, le risque de contamination n’est pas plus élevé que dans les autres formes de commerce, précisaient ces organisations dans un communiqué commun diffusé le 23 mars. Au contraire, en maintenant la diversité des points d’approvisionnement, nous évitons les regroupements de consommateurs propices à la propagation du virus. »

« En Italie, des marchés se sont tenus sur des installations sportives afin de pouvoir faire respecter les gestes barrières et la distanciation sociale. Pourquoi ne pas proposer cet aménagement chez nous au lieu d’interdire par principe, s’interroge Sébastien Heraud, responsable de la section des fruits et légumes de la Coordination rurale dans un communiqué. On ne peut pas nous demander de continuer à produire pour nourrir les gens et ensuite nous interdire de vendre ces productions. » La Confédération paysanne est également vent debout contre l’interdiction des marchés. « Nous ne pouvons pas accepter qu’à cause de quelques marchés trop fréquentés dans lesquels les restrictions sanitaires n’ont pas été appliquées de manière conséquente, l’ensemble de la population soit privé d’un mode d’approvisionnement fondamental et les producteurs de débouchés, a estimé le syndicat dans un communiqué. Nous demandons au gouvernement de faire sa part et qu’une parole claire soit

prononcée dans les plus brefs délais pour donner aux municipalités les moyens de s’organiser

et garantir l’approvisionnement de nourriture sécurisant ce qui s’imagine localement ».

« On ne veut pas d’excès de zèle »

Vice-président de Jeunes Agriculteurs, Aurélien Clavel redoute « un excès de zèle » des maires et des préfets à refuser de rouvrir les marchés alors même que les conditions de sécurité sanitaire pourraient être respectées. « Certains préfets comme celui de la Haute-Savoie est très réticent à lever cette interdiction », explique-t-il.

« Envoyer toutes les personnes dans les supermarchés n’aidera pas à enrayer l’épidémie, poursuit le Premier ministre. Les marchés peuvent se tenir si les règles d’hygiène et de distanciation entre les vendeurs et les acheteurs sont respectées. Dans certaines communes, c’est le seul point de vente de produits frais. Il en va de la survie de l’approvisionnement local et des producteurs concernés. »

Alexis Marcotte