Les prix des matières premières agricoles s’effondrent encore sous l’effet du coronavirus et de la guerre des prix sur le marché du pétrole.

La baisse des cours du blé se précipite

L’effondrement s’est poursuivi cette semaine : les prix du blé ont abandonné 7,5 €/t à Rouen (à 171 €/t base juillet). Cela représente une dégringolade de presque 20 €/t en un mois.

Le jeudi 12 mars 2020, l’Algérie a pourtant acheté 680 000 tonnes de blé meunier pour chargement sur la période d’avril-mai à un prix de 226-227 $/t à destination. Les origines qui serviront cet achat seront à l’option des vendeurs (donc non connue à l‘heure actuelle). Mais il est fort probable qu’une large part viendra à nouveau de la France ou de l’UE, puisque les blés argentins sont beaucoup trop chers et que l’Algérie n’achète pas ou très peu de blé de la mer Noire.

La France en revanche est moins bien positionnée maintenant qu’il y a quelques semaines pour les exportations à destination de l’Égypte et du Maroc. En effet, les blés français valent presque le même prix que les blés russes à 12,5 % de protéines et 3 $/t de plus que les blés ukrainiens. Nous venons ainsi, pour cette raison, de réviser à la baisse la prévision des exportations de la France vers les pays tiers de 500 000 tonnes. En France, la campagne devrait se terminer avec des stocks de blé proches de 3 millions de tonnes, ce qui correspond désormais à une situation confortable.

Coronavirus et guerre du pétrole

Les prix français reflètent donc ce léger alourdissement des perspectives de fin de campagne. Mais surtout, ils n’ont pu échapper à l’influence des marchés des changes et du pétrole, qui ont connu des évolutions particulièrement marquées au cours des derniers jours.

La semaine dernière, la baisse précipitée des taux directeurs de la Banque centrale américaine avait fortement poussé l’euro vers le haut, jouant ainsi en défaveur des cours du blé au sein de l’UE. Les mesures de souplesse budgétaire annoncées par la BCE sont toutefois venues calmer la hausse de l’euro à partir du milieu de cette semaine.

Ce week-end, l’absence d’accord entre l’Arabie et la Russie pour réduire l’offre de pétrole a fait très lourdement chuter le prix du baril. La Russie s’est désolidarisée des propositions de l’Opep, refusant la baisse de production : l’Arabie a alors répondu en menaçant d’augmenter fortement la sienne et de baisser ses prix dans le but d’affaiblir son concurrent russe.

Les prix du pétrole ont plongé de 30 % lundi 9 mars 2020 au matin, une baisse journalière jamais égalée depuis la crise du golfe en 1991. Les évolutions concernant le pétrole seront à suivre de près en raison de leur impact sur le prix des intrants (un prix bas fait baisser les coûts de production) et sur la santé du secteur des biocarburants (si le pétrole restait durablement à 30 $ le baril, les unités de production de bioéthanol souffriraient).

Dans ce contexte, les acteurs financiers qui étaient particulièrement exposés à la baisse des cours du blé ont liquidé une partie de leurs positions, accentuant ainsi le mouvement de repli des cours à la fois sur le Matif et le marché de Chicago.

Le panorama de l’offre et de la demande mondiale en blé n’a pourtant guère évolué. Les stocks sont toujours attendus à un niveau particulièrement bas dans une majorité des principaux pays exportateurs à la fin de la campagne de 2019-2020 et ne devraient que légèrement se renflouer lors de la campagne à venir.

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L’orge suit la baisse sauf pour les variétés de printemps à semer

La Tunisie et la Jordanie viennent d’acheter 75 000 et 120 000 tonnes d’orge cette semaine, pour chargement sur septembre pour la première, et juin pour la seconde. En dehors de ces achats qui pourraient en partie être servis par des orges françaises, le marché français a été caractérisé par de bons chargements à destination de l’Arabie et du Maghreb au cours des dernières semaines.

Malgré tout, comme en blé, les cours d’orge n’ont pas pu échapper à l’influence du coronavirus, des taux de change et du pétrole et à la baisse généralisée des marchés boursiers.

En outre, les prix des orges européennes sont poussés vers le bas (–7 €/t à Rouen, à 144,5 €/t base juillet) par l’ampleur des disponibilités restant encore à vendre et la concurrence entre les orges françaises et anglaises.

Sur le créneau brassicole, les prix de la récolte de 2019 ont chuté de 3 €/t (à 156 €/t et 158 €/t Fob Creil pour les orges d’hiver et de printemps, base juillet). Ils ont suivi la tendance générale mais avec retenue, le marché des orges brassicoles étant beaucoup moins liquide que celui des orges de mouture.

Il est à noter toutefois que les prix des orges de printemps de la récolte de 2020 sont restés de marbre, résistant à la baisse. Cela s’explique par les inquiétudes qui montent concernant les surfaces d’orge de printemps qui pourront effectivement être semées en France. Les semis prennent du retard et les intentions risquent d’être revues en baisse.

Le maïs suit avec réserve

Le maïs suit aussi la tendance générale et perd 4 €/t Fob Rhin (162 €/t base juillet) et sur la façade atlantique (à 160 €/t Fob, base juillet). Néanmoins, le maïs résiste mieux que l’orge fourragère et le blé. C’est pourtant la céréale qui est la plus sensible d’habitude au prix du pétrole, via la production de biocarburant.

L’explication de cette baisse moins marquée pour le maïs réside dans le fait que les prix du maïs étaient déjà bas à cause d’une situation mondiale (et européenne) très lourde, avec de gros stocks en perspective en fin de campagne ainsi que sur la prochaine.

Le marché des huiles s’effondre dans le sillage du pétrole

Sur une semaine, le prix de l’or noir a perdu un peu plus de 31 % à 31,5 $ le baril en raison de la guerre des prix lancée entre l’Arabie et la Russie. Cela a fortement pesé sur le prix des huiles en concurrence directe, via les biocarburants, avec le pétrole.

Par ailleurs, la crise sanitaire du coronavirus continue de peser sur le marché. En effet, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a qualifié l’épidémie de Covid-19 de pandémie dès le mardi 17 mars 2020. À cela se rajoute la décision de Donald Trump de fermer les frontières américaines aux vols en provenance de l’Europe.

Avec des nouvelles restrictions de déplacement et des mesures de confinement dans plusieurs pays, les opérateurs de marché craignent donc une baisse plus importante de la demande internationale en produits alimentaires.

Le marché des huiles végétales a été fortement impacté par ces éléments. Le prix d’huile de palme malaisien cède ainsi 11,5 %. Le rapport du MPOB (Malaysian Palm Oil Board) était pourtant haussier avec des stocks à la fin de février en dessous des attentes et en baisse de 4,2 % par rapport à ceux recensés au mois de janvier.

D’autre part, les relations entre la Malaisie et l’Inde pourraient s’améliorer prochainement. En effet, mardi dernier, le nouveau Premier ministre malaisien s’est fixé un objectif de résoudre le conflit avec l’Inde d’ici à un mois, avec le sujet concernant l’huile de palme comme point prioritaire. La reprise des importations indiennes de cette huile reste néanmoins à confirmer.

De son côté, l’huile de colza européenne recule de 8,5 %, alors que celle de tournesol était en baisse de 4,3 % sur une semaine.

Le soja américain ne résiste plus

Après sa bonne tenue depuis quelques semaines, le soja US a cédé du terrain cette semaine, faisant suite à l’effondrement des cours du pétrole et des huiles végétales. À Chicago, son prix recule de 12,5 $/t, à 314 $/t, depuis la semaine dernière.

Selon l’USDA, les ventes nettes de soja américain au cours de la semaine se terminant le 5 mars ont baissé de près 12 %, à 300 000 tonnes, par rapport à la semaine précédente, en raison notamment de plusieurs annulations effectuées par la Chine (d’un total de 90 000 tonnes). Ce volume de ventes était nettement inférieur aux attentes des opérateurs, renforçant ainsi la chute des prix.

Le tourteau de soja à Montoir a baissé de 6 €/t à 339 €/t dans le sillage des céréales fourragères. La baisse était moins marquée pour le tourteau américain à Chicago (–2 $/t, à 329 $/t).

Le colza français en nette baisse

Dans le sillage de l’huile, les prix du colza français sont descendus au plus bas depuis le début de la campagne (juillet 2019). Par rapport à la semaine dernière, ils cèdent 27 €/t en rendu Rouen et en fob Moselle à respectivement 350,5 €/t et 359 €/t. Sur Euronext, la cotation est en baisse de 25 €/t à 357 €/t.

Les disponibilités européennes restent pourtant faibles en ancienne comme en nouvelle campagne avec une surface attendue de nouveau en retrait. Cependant, les craintes d’un ralentissement de la demande mondiale en huile et en graine, conséquence de la propagation du coronavirus, limitent les achats en cette période ce qui pèse sur les cours.

Notons que l’appréciation de l’euro face au dollar US a également contribué à la baisse des prix européens.

Le tournesol suit la tendance baissière

Le marché de tournesol a également été fortement impacté par la crise sanitaire et la chute du cours de pétrole. À Saint-Nazaire, le tournesol français est en baisse de 25 €/t, à 320 €/t, (plus bas depuis juillet dernier). Dans la zone de la mer Noire, le prix Fob cède 18 $/t, à 360 $/t, dans le sillage de l’huile.

Tallage

À suivre : parité UE/dollar, déroulement des semis de printemps en Europe, propagation du coronavirus, évolution des cours du pétrole, avancée des récoltes au Brésil, avancement de la récolte de tournesol en Argentine, évolution du conflit entre Inde et Malaisie.

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