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Le sec pénalise les semis

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L’agriculteur prévoit un désherbage compliqué. © A. Bréhier

Le manque d’eau qui perdure depuis le mois de juin a fortement impacté les emblavements de colza et dans une moindre mesure ceux de céréales. Une grande incertitude règne en plaine.

La sécheresse de 2018 restera dans les annales, tant par sa durée que par son intensité. Les trois-quarts de la France sont touchés, ce qui a limité les rendements du maïs. Dans certaines régions, il n’y a eu aucune pluie depuis le 10 juin dernier. C’est dire si les précipitations tombées cette semaine étaient attendues avec impatience par les producteurs. Mais elles arrivent trop tard pour les semis de colzas.

Nombre d’agriculteurs ont dû se résoudre à ne pas implanter les surfaces prévues. Et dans les parcelles où le semis a été possible, les plantes ont souvent eu du mal à lever. Certains champs ont déjà été retournés. Pour d’autres, la question se posera à la sortie de l’hiver. Là où quelques millimètres sont tombés en septembre, les colzas sont à un stade normal.

De l’avis de nombreux opérateurs, la sole de colza chuterait d’au moins 30 % au niveau national. Les régions les plus touchées sont la Bourgogne Franche-Comté (lire encadré), où seuls 20 % des surfaces de colzas prévues devraient être récoltées en 2019. En Poitou-Charentes-Vendée-Limousin, « seulement la moitié des intentions a été réalisée. Ce qui a été semé a levé tard et il y a beaucoup de petites plantes cachées dans les graminées, explique Fabien Lagarde, de Terres Inovia. On ne sait pas comment cela va évoluer ». « Les parcelles sont très hétérogènes, avec des parties où le colza a bien levé, d’autres pas du tout, renchérit un opérateur en Charente-Maritime. C’est compliqué de prendre la décision de retourner. S’il y a cinq à huit plantes par mètre carré bien réparties, ça peut passer. »

Petits colzas

Dans le Grand-Est (lire encadré) et en Centre-Val de Loire, il manque de 30 à 40 % des surfaces en moyenne. C’est plus dans le Loiret : « Pas plus de 40 % des surfaces de colza ont été implantées et se sont développées, chiffre un responsable agronomique d’une coopérative du département. Et on n’est même pas sûr que ça aille jusqu’au bout, car les plantes sont très petites et la plupart du temps dévorées par les insectes. Certaines sont seulement au stade cotylédons - une feuille au lieu du stade rosette habituel. Beaucoup de parcelles sont hétérogènes. Là où il y a de l’argile rien n’a poussé. »

Casse-tête de l’assolement

Chez Pierre Poupart, agriculteur en Champagne crayeuse, « les levées de colza sont très hétérogènes avec des stades allant de deux à quatre feuilles à dix feuilles. » En Ile-de-France et dans les Pays de la Loire, il manque de 20 à 30 % des surfaces. Des dégâts sont aussi observés en Normandie et dans les Hauts-de-France.

« Sur mes 37 ha de colza, six seulement sont sauvés pour l’instant, indique Stéphane Pamart, agriculteur à Paissy, dans le sud de l’Aisne. Les autres lèvent tout juste. Je les ai semés le 30 août dans le sec. Jamais je n’aurais imaginé qu’il n’allait pas pleuvoir. Ce n’est jamais arrivé dans la région. » Il y a bien eu 2 ou 3 mm de temps en temps, qui se sont évaporés immédiatement. Il a plu 7 mm il y a une dizaine de jours, mais c’est loin d’être suffisant. « Je vais attendre la sortie de l’hiver pour décider ou pas de retourner une partie des colzas, ajoute le jeune agriculteur. Je ne pouvais pas les remplacer par du blé, car je les avais déjà désherbés. Le souci est que j’ai déjà investi beaucoup dans le colza : deux insecticides contre les altises, en plus du désherbage. Je vais devoir continuer à les protéger, sinon ils vont se faire dévorer. »

Retard dans les céréales

Idem pour Pierre Poupart : « À la sortie de l’hiver, on verra s’il faut retourner des parcelles pour implanter de l’orge de printemps, seule culture de remplacement possible vu les herbicides appliqués sur colza. Malgré tout, sur ce dernier, on a investi dans une protection insecticide suffisante car la pression pucerons et charançons est importante et les plus chétifs beaucoup moins résistants. »

Pour ceux qui n’ont pas semé de colza, c’est le casse-tête pour savoir par quoi le remplacer. Certaines surfaces seront implantées avec des cultures de printemps, d’autres avec du blé, même en précédent paille. Mais là encore faut-il pouvoir semer. Les préparations de sol ont été très laborieuses, et les casses d’outils ne sont pas rares. « Il y a trois semaines de retard par rapport aux dates des premiers semis de blé, note-t-on dans le Loiret. À partir de la fin octobre, on conseille d’augmenter la densité de 10 à 15 % chaque semaine. » Selon ce conseiller, il faudrait de 40 à 50 mm de pluies pour améliorer la situation dans les terres argileuses. Vingt millimètres peuvent suffire dans les limons.

Le bulletin Céré’Obs de FranceAgriMer, publié le 26 octobre, faisait état de 51 % des blés semés au 21 octobre, contre 58 % l’an dernier. Cette année, 23 % étaient levés contre 33 % en 2017. Les chantiers ont toutefois pu avancer la semaine dernière, dans la poussière. « J’ai semé mon blé, là encore dans le sec, précise Stéphane Pamart, dans l’Aisne. La grande question est de savoir comment le désherber. On craint d’engager des dépenses sans savoir ce que ça va donner. »

La problématique de la sécheresse a également touché les semis d’orge d’hiver. Il fallait en effet attendre que les repousses de blé émergent, ce que le déficit de pluies n’a pas permis. Or, la présence de repousses de blé dans les parcelles d’orge brassicole entraîne le déclassement en fourrager.

En Bourgogne, les cas diffèrent selon les secteurs. « Globalement, les blés et orges d’hiver sont quasiment tous implantés, relate un technicien régional. Les premiers ont été semés début octobre après les précipitations de fin septembre ; d’autres mi-octobre après l’annonce d’une prévision de pluie finalement absente. Les dates de semis ont été peu impactées, malgré la consigne de les décaler pour détruire les mauvaises herbes. Cependant, en l’absence de pluie durant l’interculture, les faux-semis n’ont pas pu être réalisés. L’année va être compliquée en termes de désherbage car la pression adventice est forte. »

Une année compliquée

Certains ont semé le week-end dernier en prévision des pluies. « En fin de semaine dernière, en Maine-et-Loire, nous avions passé les 50 % de semis d’orge et de blé tendre. Avec les 20 mm dans la nuit de dimanche à lundi et la météo de cette semaine, nous devrions atteindre les 70-80 % dimanche et le 11 novembre, tout devrait être fini. Les emblavements d’automne sont supérieurs à ceux de l’an passé, en raison du faible taux de réussite du colza. De plus, le blé reste une valeur refuge avec des prix qui ne sont pas ridicules ! », détaille un dirigeant de coopérative du département. En Bourgogne, il a plu localement lundi. « on espère 15-20 mm plus généralement au courant de la semaine. »

Aujourd’hui, le travail simplifié est déconseillé pour les semis d’orge derrière blé. Il faut attendre ou labourer une fois qu’il a plu et semer ensuite. « nous sortons d’un cycle sec très long et, avec ces pluies, les gens recourent davantage au labour, pas forcément prévu. Cette technique a longtemps été le meilleur moyen de lutter contre les adventices », note-t-on en Maine-et-Loire.

En orges d’hiver, 61 % étaient semées au 21 octobre contre 72 % l’an dernier. Et 35 % étaient levées contre 48 % en 2017. Les parcelles sont parfois hétérogènes, et certains ont même mis en place l’irrigation, du jamais vu à cette époque de l’année.

La rédaction

« Que vont faire les graines non germées quand il va pleuvoir ? »
Julien David cultive 130 ha de céréales en Meurthe-et-Moselle. © D. Péronne
Julien David cultive 130 ha de céréales en Meurthe-et-Moselle. © D. Péronne

Julien David cultive 130 ha de céréales en Meurthe-et-Moselle

« On croise les doigts… La pluie annoncée cette semaine va peut-être sauver la mise. Cette année ma sole est composée de 46 ha de blé, 25 d’orge d’hiver, 29 de colza, 17 d’orge de printemps et 11 de tournesol.

Les levées sont très hétérogènes à l’intérieur même des parcelles : sur les terres blanches, plus légères et plus souples, ça va. Mais dès qu’il y a de l’argile, ça se gâte.

J’ai semé le blé tout début octobre, après cinq semaines sans pluies, du jamais vu… Sur mes 46 ha de blé, 28 ne sont pas trop en forme, avec la moitié des plantes qui ont levé.

Pour l’orge d’hiver, sur 12,5 ha, c’est moyen. Le reste est levé à 75 %. Regardez ces graines dans le sol. Elles ont germé, mais la sécheresse a bloqué la suite du cycle. La grosse interrogation, c’est que vont faire ces graines quand il va enfin recommencer à pleuvoir ? Est-ce qu’elles vont repartir ou est-ce trop tard ?

Le colza s’en sort mieux, avec 10 % un peu souffreteux et le reste très satisfaisant. J’ai eu la chance de semer juste avant un épisode de pluie. Et il a fallu sortir le pulvé car, avec ce temps très chaud, les insectes eux étaient de la partie, le charançon du bourgeon terminal, la mouche du chou. Les levées échelonnées, tardives et hétérogènes seront compliquées à gérer sur les céréales. »

Dominique Péronne

« Les parcelles préparées pour le colza n’ont pas pu être semées »
Nicolas Saillard cultive 180 ha de SAU dans la Nièvre. © Anne Brehier
Nicolas Saillard cultive 180 ha de SAU dans la Nièvre. © Anne Brehier

Nicolas Saillard cultive 180 ha de SAU dans la Nièvre.

Chez Nicolas Saillard, à Cosne-Cours-sur-Loire, les 50 ha de colza prévus n’ont pas pu être implantés. Cela impacte l’assolement habituel composé de 50 ha de colza, 70 de blé, 30 d’orge d’hiver, 15 de pois d’hiver, 9 d’orge de printemps, et 6 de jachère. L’oléagineux sera remplacé par 20 ha de pois d’hiver, 20 de tournesol, et 10 de céréales à paille.

Bien que des pluies étaient enfin annoncées pour début novembre, il se préparait le 29 octobre à réaliser ses semis de céréales avec un mois de retard en raison de la sécheresse qui sévit depuis mi-juillet. « Je vais choisir, dans mes stocks de semences fermières (*), une variété adaptée à une levée de mi-novembre. Elle sera semée à 400 gr/m2 au lieu de 220. »

L’agriculteur prévoit un désherbage compliqué. « Alors qu’aucun faux-semis n’a pu être réalisé cette année, il faut s’attendre dès les premières pluies à des levées de graminées et de dicotylédones importantes. Et sur des cultures moins bien implantées, le choix des matières actives sera limité. »

S’il pleut dans les dix jours, Nicolas Saillard aura des journées chargées avec 145 ha à semer. Il espère un hiver doux et humide pour éviter les pertes rencontrées sur les semis tardifs. « Ici, nous sommes tous inquiets quant à l’état des cultures en sortie d’hiver. »

Anne Bréhier

(*) 80 % de ses emblavements.

Entre 1 et 1,1 Mha de colza

La sole française de colza récoltable en 2019 devrait chuter de 30 %. Elle atteindrait au mieux 1 à 1,1 million d’hectares (Mha) contre 1,58 Mha la campagne précédente, chiffre Fabien Lagarde de Terres Inovia.

Le Maïs a eu chaud

Un rendement moyen de 93,2 q/ha en maïs grain (contre 96 q/ha en moyenne quinquennale), ça aurait pu être pire, cette année, avec cette sécheresse d’une intensité exceptionnelle.

Bien sûr, ces chiffres cachent des disparités régionales selon le climat et l’accès à l’irrigation. Les régions Alsace Lorraine, Languedoc-Roussillon, Paca, Centre et Midi-Pyrénées affichent des rendements supérieurs ou égaux à 100 q/ha.

« Il y a des rendements proches des records sur maïs irrigué semé précocement, précise Gilles Espagnol, animateur d’Irrigants de France. En Champagne-Ardenne, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne et Limousin, les rendements n’ont, en revanche, pas dépassé 85 q/ha. Les semis tardifs, conduits sans irrigation qui se sont développés avec la sécheresse, ont rencontré de grosses difficultés. »

Au final, les dates de récoltes ont également connu des records avec quinze à vingt jours d’avance. « Il y a eu des récoltes de maïs en Normandie et dans le Nord au 10 août, du jamais vu, même de mémoire des plus anciens, » raconte Gilles Espagnol. Des conditions qui ont permis de limiter les frais de séchage en récoltant des maïs très secs. « Les frais de séchage font partie, avec la fertilisation, des deux principaux coûts de production, c’est bien le seul aspect positif de ces conditions climatiques. »

Le seul mais pas le moindre.

Avec une humidité moyenne de récolte autour de 20 à 22 %, le maïs s’est rapproché des normes de commercialisation. Ce taux à la récolte, inédit, est inférieur de six à dix points par rapport à une année moyenne.

À l’échelle nationale, l’AGPM estime que les producteurs devraient donc économiser entre sept et huit euros par tonne en frais de séchage en moyenne.

Cependant, comme le souligne Matthieu Çaldumbide, « ce chiffre diffère selon les régions ». Dans les zones irriguées du Centre et du Sud-Ouest, le gain de séchage pourrait passer inaperçu. Mais dans l’Est, zone la plus touchée par les conditions climatiques, cette baisse de charges pourrait faire gagner près de 20 €/t aux producteurs.

La production française devrait donc atteindre 11,8 millions de tonnes, contre 13,4 millions de tonnes en 2017 (avec 1 325 millions d’hectares, comme en 2017). Cette estimation intègre les transferts de grain vers le fourrage, qui sont estimés à 50 000 ha. « Ces transferts sont finalement plus faibles que les premières prévisions, surtout dans le quart Nord-Est, et en Rhône-Alpes. »

Le maïs fourrage aussi a connu des récoltes ultra-précoces, dès le mois d’août, avec les températures exceptionnellement élevées.

Le rendement moyen est estimé par le ministère de l’Agriculture à 12,2 t de MS/ha (contre 13,6 en 2017), sur 1 418 000 hectares.

« La sécheresse a pénalisé les rendements à l’est de la

France et des régions continentales, précise l’AGPM. Ceux situés en bordure maritime affichent cependant de bons résultats. »

Les teneurs en amidon suivent la même logique géographique : elles sont faibles pour les maïs les plus impactés par la sécheresse, et correctes dans les régions de l’ouest de la France. En raison de l’avance rapide des stades de maturité, les taux de matière sèche sont élevés.

Y.L. et F.M.

Positionner le traitement

« 80 % des blés et orges sont semés. Les 15 à 20 mm tombés ont permis une levée homogène. Pendant les jours de sec suivants, les agriculteurs ont pu positionner le racinaire », analyse un conseiller technique optimiste en Charente.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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