Le CNIPT, Comité national interprofessionnel de la pomme de terre, s’est réuni le 18 mai 2022 autour du thème du changement climatique.

Hausse des températures, augmentation de la fréquence des aléas climatiques et biologiques, multiplication des procès pour inaction climatique… Bertrand Valiorgue, professeur à l’EM Lyon et auteur de l’ouvrage « Refonder l’agriculture à l’heure de l’anthropocène », a rappelé les enjeux pour le secteur agricole.

Raisonner sur le rapport qualité/prix/impacts

À la fois pour atténuer et anticiper le changement du climat, il estime que la filière doit travailler à « la pomme de terre à impacts ». Il entend par là une activité, à l’échelle de l’exploitation, qui ait un impact positif sur l’eau, l’air, le sol et la biodiversité.

Selon lui, cela passera par le développement de l’agriculture régénératrice, qu’il définit comme « un ensemble de pratiques fondées sur la science, qui permettent aux agriculteurs de maintenir leurs activités dans un contexte climatique, politique et économique qui va se dégrader. »

« La filière s’est construite sur sa capacité à produire une pomme de terre de qualité (esthétique, gustative, de conservation…) pour un prix abordable pour le plus grand nombre, a-t-il conclu. C’était l’équation du XXe siècle. Dans la nouvelle équation, le rapport qualité/prix ne va évidemment pas disparaître. Mais une troisième variable s’installe : demain, il faudra maximiser le rapport qualité/prix/impacts ».

Consommateurs exigeants

La qualité des tubercules pourrait en être impactée. Les consommateurs sont-ils prêts à se tourner vers des produits différents de ce dont ils ont l’habitude ? Justine Gomez, chargée du programme d’agroécologie des filières des fruits et légumes de Carrefour, estime que connaître les attentes des ménages est complexe. Si elle perçoit des attentes environnementales de la part de la société civile, via les ONG notamment, elle indique également que les réclamations clients augmentent dès que la qualité baisse.

Selon Luc Chatelain, président du CNIPT et producteur de pommes de terre, l’interprofession a un rôle de sensibilisation à jouer sur le sujet. Il estime que le changement est « contraint et forcé » face à l’urgence climatique.

Le 18 mai 2022, le CNIPT a organisé une table-ronde réunissant (de gauche à droite) des représentants de la distribution (Justine Gomez, Carrefour), du conseil technique (Cyril Hannon, Arvalis), de la recherche universitaire (Bertrand Valiorgue, EM Lyon), des producteurs (Luc Chatelain, CNIPT et producteur) et du négoce (Dominique Père, Groupe Champart). © Hélène Parisot

Un travail de filière

Partage des investissements, des prises de risques, des coûts supplémentaires… Pour passer à une « agriculture à impacts », Bertrand Valiorgue estime que « la réponse ne peut être que collective ».

Pour Dominique Père, directeur général du groupe Champart (négoce), il faut « se mettre autour d’une table » pour sortir de l’actuelle « course de relais » entre les acteurs. En bout de chaîne, « les exigences arrivent à la production, et elles sont tellement diversifiées qu’elles sont difficilement gérables, et parfois contradictoires », regrette-t-il.

Ces échanges ne seraient-ils pas « le début d’un Grenelle de la pomme de terre ? », se demande Luc Chatelain.

Hélène Parisot