Le Forum Grand Ouest Climat Énergie des 11 et 12 février 2021, organisé par les chambres d’agriculture de la Bretagne, des Pays de la Loire et de la Normandie, a permis d’évoquer le sujet de l’agroforesterie « au centre des enjeux climatiques », au travers de quelques exemples de projets de recherche.

L’agroforesterie tamponne les excès climatiques

Camille Béral, chargée de recherche chez Agroof Scop (bureau d’études spécialisé en agroforesterie), illustre les potentiels de ce mode de production au travers de deux projets récents :

Arbatatouille en maraîchage

Dans le projet portant sur le maraîchage, différentes modalités de conduite de l’arbre ont été testées, de manière à disposer de plusieurs niveaux d’ombrage. Le dispositif en place a permis un suivi des températures ainsi que des rendements en légumes (tomates notamment).

Les résultats montrent un impact sur le rendement pour les modalités à fort ombrage alors que les rendements sont équivalents entre la modalité « têtard » (ombrage moyen) et le témoin (modalité sans arbre). Sur cette modalité « têtard », une réduction du stress hydrique est observée sur les tomates.

Parasol pour l’élevage ovin

Le projet affecté à l’élevage reposait sur différentes densités de plantation d’arbres sur des prairies. Les températures et la productivité fourragère ont été suivies, de même que des indicateurs de bien-être animal.

Les résultats montrent que plus la densité d’arbres est élevée, plus le rendement des prairies est impacté, mais la qualité nutritive est améliorée. Les excès climatiques sont également tamponnés en présence d’arbres et le stress thermique des animaux est réduit.

« Cela peut apporter plus de souplesse dans la conduite des prairies, en récoltant plus tardivement, explique Camille Béral. De plus, l’arbre fourrager est une voie intéressante, qui pourrait venir compléter ces apports. »

Les potentiels de l’agroforesterie pour l’adaptation au changement climatique sont donc là, mais l’experte indique néanmoins des travaux de recherche à poursuivre, notamment sur le fonctionnement hydrique de ces systèmes.

Des pistes pour la valorisation économique du bocage

Le projet Carbocage porte sur l’évaluation du stockage de carbone par les haies et l’expérimentation d’un marché local du carbone sur trois territoires pilotes dans les Pays de la Loire.

« L’enjeu étant de préserver les haies actuelles et d’inciter à de nouvelles plantations, la méthode prend en compte les gains de carbone du fait des plantations mais aussi de l’existant », souligne Sarah Colombie, de la chambre d’agriculture régionale.

Le dispositif établi sur 15 ans par tranche de 5 ans se base sur un diagnostic de la situation initiale de l’exploitation agricole et sur un plan de gestion durable de la haie.

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Des haies pour la biomasse

La valorisation des haies en biomasse énergie peut être aussi prise en compte dans ce dispositif (de manière optionnelle), mais il faut pour cela que l’agriculteur soit engagé dans le label « haies ».

Les potentiels du bocage pour la substitution des énergies fossiles dans le Grand Ouest sont là, selon Marc Le Tréïs, de l’association Aile (Association d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement).

Ainsi, « ce sont déjà plus de 800 chaudières à bois déchiqueté qui sont utilisées dans les exploitations agricoles du Grand Ouest, dont 20 % pour un usage professionnel », indique Marc Le Tréïs.

Ces usages se retrouvent notamment dans les productions porcine et avicole, ainsi qu’en maraîchage et pour des ateliers de transformation à la ferme. Du côté des ventes, les agriculteurs fournissent des réseaux de chaleur, des installations dans les collectivités et des industriels. « En Bretagne, les ressources bocagères sont encore importantes », précise Marc Le Tréïs.

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Charlotte Salmon