L’échange de tweets entre Trump et Xi Jinping, président chinois, le 1er novembre, relançant l’espoir d’une possible résolution dans la guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine, a redonné un peu de tonus à un marché qui reste sous la pression de fortes disponibilités en maïs et en soja, et par le rouleau compresseur russe à l’exportation en blé.

La pression russe toujours de mise en blé

Les cours du blé sont restés orientés vers le bas cette semaine sur le marché français, comprimés par la faiblesse des ventes européennes. Ainsi, même si la France a bien réussi jusqu’à maintenant à profiter du créneau sur l’Algérie laissé libre par la Russie, les ventes de l’Europe à l’exportation restent bien inférieures depuis le 1er juillet à celles de l’an passé : 5,2 au lieu de 6,8 millions de tonnes (Mt).

Le blé rendu Rouen a ainsi perdu presque 3 €/t à 193,25 €/t (base juillet) entre le 26 et le 31 octobre, de concert avec la cotation décembre d’Euronext. On notait toutefois un revirement léger hier 1er novembre sur Euronext (+2,25 €/t) dans le sillage de Chicago qui repartait à la hausse suite à des ventes américaines correctes cette semaine et à l’entraînement exercé par le soja, lui-même soutenu par l’espoir d’une reprise des discussions entre les États-Unis et la Chine.

Soubresaut américain

Sur la semaine, les blés américains ont ainsi gagné 2 $/t pour la qualité HRW (bonne qualité meunière) et 10 $/t pour la qualité SRW (qualité meunière passable). Ces derniers ont en effet rebondi à Chicago au début de la semaine à la suite de l’achat égyptien de vendredi dernier. Le Gasc, organisme d’achat étatique de l’Égypte, a, pour la première fois depuis mai 2017, acheté 60 000 tonnes de blé américain SRW en plus de 60 000 tonnes de blé ukrainien et de 350 000 tonnes de blé russe.

Le prix Fob très compétitif du blé américain, le plus bas des différentes origines à 218,5 $/t, a compensé le lourd désavantage américain en termes de fret. Cela augure de nouvelles ventes américaines à venir et confirme le fait que cette origine va prendre une place centrale dans les échanges mondiaux au cours de la seconde moitié de la campagne.

Néanmoins, malgré le soubresaut américain, la pression russe empêche encore tout décollage des prix. Le retour de pluies très bénéfiques en France a rajouté un élément plutôt baissier à court terme, en améliorant considérablement es conditions de semis et de levée pour les blés d’hiver. Cela se combine donc à des exportations européennes toujours poussives, à l’exception des expéditions de la Roumanie et de la France vers l’Algérie.

De lourds dégâts en Australie

Ces éléments ont éclipsé l’annonce d’Abares, l’office australien de la statistique, d’une production australienne qui pourrait passer sous les 17 millions de tonnes. L’avancée de la récolte atteste de très mauvais rendements à l’est de l’île-continent. Les exportations de l’Australie se situeront très probablement en dessous de 13 millions de tonnes, renforçant la dépendance mondiale en seconde moitié de campagne aux origines de l’Union européenne, argentine et nord-américaine.

Concernant le Canada, les craintes pour la qualité qu’avaient suscitées les précipitations qui avaient interrompu les récoltes sont très largement levées : la moisson a pu reprendre et avancer vite, ce qui va fortement limiter la dégradation des blés de ce pays.

Du côté des emblavements, les semis sont quasi terminés en Russie et en Ukraine, avec des conditions climatiques correctes.

Statuts quo en orge de brasserie, pression en fourragère

Comme pour le blé, c’est encore une orientation baissière qui a dominé cette semaine en orge. Les prix ont abandonné 2 €/t à Rouen, à 198,75 €/t, et 1 €/t en Fob Moselle, à 190,25 €/t. La compétition avec les orges de la mer Noire reste forte mais plusieurs éléments laissent penser que l’orientation des prix pourrait s’inverser prochainement.

Les orges françaises, à 234 $/t Fob, ont encore confirmé leur avantage de prix par rapport aux orges de la mer Noire cette semaine (237-238 $/t Fob). Cet avantage est encore trop faible pour permettre de compenser le différentiel des coûts de transport à destination du Proche-Orient mais les rapports de prix évoluent en faveur des orges françaises.

Par ailleurs, l’Australie vient de revoir en baisse à nouveau son estimation de récolte. Cette dernière chuterait de 17 %, selon Abares par rapport à l’an dernier, ce qui vient confirmer l’impossibilité pour ce pays d’exporter beaucoup plus que l’an passé. Enfin, l’Arabie Saoudite est « au marché » actuellement avec un appel d’offres pour 1 million de tonnes.

Sur le segment brassicole, les prix n’ont quasi pas bougé cette semaine, à 210 €/t pour les orges d’hiver Fob Creil et 223,5 €/t pour les orges de printemps. Le marché brassicole reste dans l’expectative concernant l’acceptation ou non par les malteurs de taux de protéines plus élevés que la normale. Tant que les analyses qualitatives ne sont pas terminées, les prix restent stables. Si le déficit important d’orge de printemps se confirme bien, cela devrait exercer un effet haussier sur les primes brassicoles dans les mois à venir.

Interruption de la baisse en maïs

Le maïs a évolué à contre-courant cette semaine : alors qu’il était resté l’élément le plus baissier du complexe céréalier ces dernières semaines sous la pression des importations. Les prix se sont légèrement redressés cette semaine entre 1,5 et 2,5 €/t sur la façade atlantique à 164,25 €/t rendu La Pallice ou 169,25 €/t Fob Bordeaux.

Ce mouvement découle de plusieurs facteurs : la baisse de l’euro renchérit légèrement le coût des importations. Par ailleurs, l’Ukraine a beau afficher des rendements très élevés, les maïs de la mer Noire font face actuellement à des contraintes logistiques liées à la priorité donnée aux exportations de blé. Ainsi, même s’il est certain que les maïs ukrainiens vont continuer d’entrer massivement dans l’Union européenne et comprimer les prix européens, le rythme de sortie des ports de la mer Noire reste un facteur important à suivre.

Enfin, les signes, apparus hier, d’une éventuelle reprise des négociations entre les États-Unis et la Chine ont soutenu le maïs à Chicago en cette fin de semaine.

Les pluies font pression sur le colza français

Le colza français perd du terrain cette semaine, il cède 3,5 €/t en Fob Moselle mais seulement 0,5 €/t en rendu Rouen. L’arrivée des pluies et la baisse des températures pendant les deux dernières semaines devraient atténuer l’impact du déficit hydrique enregistré en début du cycle. Cette amélioration a apporté une pression sur les prix du colza.

Au contraire, le rebond du soja a tiré le colza sur Euronext à la hausse (+5 €/t) à la suite d’un récent dégel des relations sino-américaines. Cela devrait influencer les cours physiques français dans les prochains jours. Au Canada, les cours du canola suivent la tendance mondiale et montent de 3 $/t à Winnipeg cette semaine.

L’optimisme de Trump fait bondir les cours du soja

La récolte du soja a bien progressé depuis la semaine dernière en faveur des conditions climatiques favorables. Selon le rapport hebdomadaire du ministère américain de l’Agriculture publié lundi, les sojas américains ont été récoltés à 72 %. De plus, au Brésil, les travaux de semis avancent à un rythme accéléré : 46 % des surfaces envisagées ont été emblavées à ce jour, un record à ce stade de la campagne.

Ces éléments ont, au début de la semaine, apporté de la pression sur le marché à terme à Chicago.

Mais, depuis, le conflit sino-américain a pris un nouveau tour faisant suite à un tweet du président Trump annonçant de bonnes avancées dans les négociations entre les deux géants économiques. Ce dernier rebondissement ainsi que l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis relancent l’espoir d’un règlement du conflit commercial avec la Chine, qui a précipité les prix américains du soja à un niveau historiquement bas durant les derniers mois. En une semaine, le prix du soja à Chicago a rebondi de 16 $/t.

Légère hausse du tournesol

En tournesol, les cours affichent une hausse de 5 €/t cette semaine à Saint-Nazaire en raison d’une demande industrielle soutenue par de très bonnes marges de trituration. En mer Noire, la récolte s’approche de la fin et la production est estimée en forte hausse par rapport à la campagne précédente. Plus loin, dans l’hémisphère Sud, les travaux de semis ont bien progressé au sud de l’Argentine, alors que les premières parcelles semées dans la région du Nord-Est et du Centre sont en phase de différenciation à floraison.

Les tourteaux suivent le soja

Les tourteaux de soja à Chicago remontent de 11,5 $/t après le fort recul de la semaine dernière. La hausse est moins marquée à Montoir où les tourteaux de soja gagnent 4 €/t, mais le jour férié a probablement contribué à freiner l’impact des variations américaines sur les prix européens. Les problèmes logistiques liés aux basses eaux sur les fleuves d’Europe centrale entraînent des ralentissements de livraisons jusqu’en Europe de l’Ouest. Cela soutient également les cours sur le rapproché.

Tallage

À suivre : Retour des pluies en Europe, parité euro/dollar, évolution des cours d’huile de palme et du pétrole, avancée des semis de soja en Amérique du Sud et de la récolte du soja américain, évolution de la guerre commerciale sino-américaine, rythme des chargements ukrainiens de maïs et russes en blé, avancée des semis de blé dans l’hémisphère Nord.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé en légère hausse sur Euronext

Les prix du blé étaient en légère hausse vendredi 21 janvier 2022 dans l’après-midi sur le marché européen, alors que les opérateurs gardent un œil sur les tensions à la frontière russo-ukrainienne.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Sur Euronext, me colza reflue dans le sillage du pétrole

Les prix du colza marquaient un repli vendredi 21 janvier 2022 dans l’après-midi sur le marché européen, plombés par le pétrole.