Le marché des céréales a évolué dans des marges étroites au cours de la semaine écoulée. Les prix du blé restent soutenus par l’avancement de la récolte française qui n’apporte aucune bonne surprise en termes de qualité et de quantité, tandis que l’abondance des disponibilités en mer Noire et aux États-Unis empêche les cours de décoller.

Le blé meunier rendu Rouen s’affiche à 167 €/t, contre 165,25 €/t vendredi dernier, conservant une bonne dizaine d’euros de prime face à la qualité fourragère. La moisson française est désormais bien avancée, et les résultats dans les zones les plus tardives, au nord du pays, ne sont pas de nature à faire remonter significativement les estimations en volume et en qualité de la collecte nationale.

Les regards se tournent désormais vers l’Allemagne, où la production est encore difficile à cerner compte tenu de la grande disparité de situations entre les régions. Le tonnage s’annonce néanmoins décevant, avec des craintes pour la qualité suite aux pluies récentes. Des pluies persistantes font aussi peser un gros risque sur la qualité en Pologne et dans les États baltes, où une grande partie du blé reste à moissonner, et qui fournissent habituellement une proportion importante du blé de haute qualité meunière au sein de l’UE (Union européenne).

Les exportations communautaires de blé revues à la baisse

Si les pluies perdurent et pénalisent les critères qualitatifs, cela pourrait faire chuter plus encore les perspectives d’exportation de l’UE, déjà prévues en repli par rapport à l’an passé. La Russie ne rencontre pas les mêmes tourments : la prévision d’une récolte record maintient un couvercle sur les prix. Le blé meunier russe à 12,5 % de protéines ne gagne ainsi que 2 $/t sur la semaine. Cela empêche les prix de l’origine roumaine, en compétition avec le blé russe sur les marchés internationaux, de s’inscrire en hausse.

Par un effet domino, cela empêche les cours de l’ouest de l’UE de progresser. Toute déconnexion entre les prix français et les prix roumains est en effet susceptible de déclencher des importations de blé roumain dans l’Hexagone, comme en atteste la vente de 55 000 t de blé roumain vers la France fin juillet suite à la hausse marquée des cours sur Euronext.

Les blés américains (USA) continuent également d’être un facteur de pression supplémentaire sur les prix mondiaux et européens, avec un HRW (Hard red winter : blé de bonne qualité meunière) qui a fortement gagné en compétitivité. Il pourrait même empocher une partie du dernier appel d’offres passé cette semaine par l’Arabie saoudite pour 600 000 t, alors que ce pays s’était fourni quasiment exclusivement auprès des pays du nord de l’UE en 2015/2016.

Un marché de l’orge de brasserie attentiste

L’orge fourragère suit le mouvement du blé, avec un très léger raffermissement (+ 1 €/t) depuis la semaine dernière pour le rendu Rouen, à 138,50 €/t. Comme pour le blé, la récolte française d’orge d’hiver est très mauvaise ce qui pèsera sur les disponibilités européennes.

En orge de brasserie, les prix perdent 3 €/t depuis vendredi dernier sur fond de marché très attentiste. Les malteurs vont en effet devoir composer avec des qualités d’orge d’hiver très dégradées, et l’incertitude demeure sur les résultats à venir en orge de printemps. Les premiers retours de la moisson dans l’est de la France font état de calibrages faibles et de taux de protéines relativement élevés. Cela se traduit par le maintien d’une prime brassicole conséquente (55 €/t entre le Fob Moselle en fourrager et l’orge brassicole de printemps).

Les cours mondiaux du maïs sont relativement stables cette semaine. Le Fob Bordeaux reprend 2 €/t en sept jours pour la cotation octobre (récolte 2016), à 166 €/t. Ce petit sursaut est lié à des perspectives légèrement dégradées pour la récolte française alors que le temps sec s’est installé dans le Sud-Ouest.

Néanmoins, le marché mondial reste sous la pression de récoltes qui s’annoncent abondantes, notamment aux États-Unis où les cultures ne sont pas exposées à des conditions trop stressantes en pleine floraison. Les opérateurs attendent avec impatience le rapport que publiera le ministère américain de l’Agriculture (USDA) ce vendredi soir, et actualisera les prévisions de production et de stocks aux États-Unis.

La demande soutient les prix du soja américain

Les cours du soja cotés à Chicago ont progressé de 4 $/t cette semaine à 368 $/t. Cette tendance s’explique en grande partie par les gros volumes de ventes américaines rapportés cette semaine - principalement vers la Chine – confirmant ainsi le dynamisme de la demande mondiale en nouvelle campagne.

La montée des prix est toutefois restée modérée en raison des bonnes perspectives de récolte aux États-Unis : l’état des cultures est toujours satisfaisant et les récentes pluies dans le Midwest semblent plutôt favorables au développement des gousses. Signalons également quelques reventes techniques en milieu de semaine qui ont fait pression sur la fève.

Par ailleurs, le marché devrait concentrer toute son attention sur les premières estimations de rendements de l’USDA prévues ce vendredi. Les opérateurs s’attendent notamment à une révision en hausse des prévisions de production de soja nord-américain.

Le colza tiré par le soja et l’huile de palme

Les cotations du colza ont globalement réagi à la hausse, dans le sillage du soja. La forte demande asiatique en huile de palme a également soutenu le prix des huiles et du colza par ricochet. Ainsi, les prix français rendu Rouen ont gagné 9 €/t cette semaine tandis que le cours fob Moselle affiche une progression de 13 €/t sur la même période. Nette ascension des prix également sur Euronext où la graine s’échange avec un gain de 10 €/t comparée à la semaine dernière.

À Winnipeg au Canada, les cours du canola ont gagné 11 $/t, tirés à la hausse par les mauvaises conditions climatiques qui sévissent actuellement dans la région des plaines. L’excès de pluie et d’humidité dans ce pays fait notamment craindre l’apparition de maladies qui pourraient compromettre les rendements.

Les cours du tournesol sont inchangés à Saint-Nazaire, à 355 €/t. Malgré les excellentes perspectives de récoltes en mer Noire, la montée des cours des autres oléagineux et des huiles a empêché le prix du tournesol de baisser.

Regain d’attractivité des tourteaux de soja en alimentation animale

Les cours des tourteaux de soja sont en petite hausse, dans le sillage de la fève. À Chicago, les prix gagnent 4 $/t, mais progressent de 17 €/t à Montoir. Les tourteaux ont en effet regagné de la demande dans les aliments composés, en raison de la baisse attendue des disponibilités en blé, particulièrement en France.

Les pois fourragers départ Marne sont incotés cette semaine (227 €/t la semaine dernière).

À suivre : évolution des prix des blés russe et américain (et son impact sur les blés de l’UE), état des lieux qualitatifs pour les récoltes de blé française, allemande et du nord de l’UE, conditions de culture pour le maïs dans l’UE et aux États-Unis, ventes aux États-Unis de soja, conditions des cultures de canola au Canada, compétitivité entre les tourteaux et les céréales.

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Le colza progresse sur Euronext

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