Comment renouer avec les clients et être présents à l’exportation dans une compétition accrue ? Tel était le thème de la matinée d’échanges organisée par France Export Céréales le 21 mars à Paris. Le constat est sévère : les pays importateurs ayant goûté aux blés russes en 2016-2017 en redemandent pour cette campagne. Et la part de marché de la France vers ses acheteurs historiques dégringole.

Les meuniers africains adeptes des blés russes

« Les exportations de blés français vers l’Afrique subsaharienne sont très en retard », a exposé Yann Lebeau, du bureau de Casablanca de France Export Céréales. Dans les pays comme la République du Congo, le Cameroun, le Burkina Faso ou le Ghana, la part de marché des blés russes dépasse les 40 %, alors qu’elle était inférieure à 10 % en 2015-2016. Au Maroc ou en Égypte, gros pays importateurs, la part de marché de la France a aussi diminué de façon draconienne.

La cause de ce désamour pour les blés français ne réside pas uniquement dans les prix compétitifs proposés par la Russie. Les industriels de la meunerie déplorent une qualité des blés français trop hétérogènes en fonction des années, avec une teneur en protéines assez faible et une humidité élevée. La qualité des blés russes semble à l’inverse très stable d’année et année. « Le blé russe à 12,5 % de protéines est devenu la référence du marché privé en Égypte », a ainsi fait savoir Roland Guiragossian, du bureau du Caire de France Export Céréales.

Des points forts à exploiter

Alors qu’une tonne sur deux de blé produite en France est exportée, « l’attitude commerciale est tournée vers le service aux agriculteurs plutôt que vers le client », a regretté Pierre Duclos, responsable du trading chez Lecureur.

Face à ces constats, le spécialiste exhorte la filière à tirer parti de ses points forts : une capacité de stockage de 3 millions de tonnes (Mt) sur la façade maritime (contre 2 Mt en Russie), la présence de grands ports géographiquement proches des zones de production, et des moyens techniques et humains importants.

Adèle Magnard