Le conseil spécialisé pour la filière céréalière de FranceAgriMer s’est tenu ce 10 avril 2019. Premier constat, le continent américain est très présent dans l’actualité. D’une part en raison des conflits sino-américain (soja) et sino-canadien (colza), d’autre part à cause des pluies spectaculaires qui touche le Midwest.

« Ces perturbations sont habituelles. En revanche, elles ont pris des proportions exceptionnelles, remarque Marion Duval, adjointe au chef de l’unité des grains et du sucre chez FranceAgriMer. 405 000 ha ont été inondés principalement dans l’Iowa et le Nebraska. Près de 40 % des stocks de soja et de maïs ont été endommagés. » Les pertes sont évaluées à 1,5 milliard de dollars, et l’USDA, le ministère américain de l’Agriculture, ne dispose d’aucun programme d’indemnisation des stocks perdus.

En dehors de cette zone fortement impactée par les précipitations et l’Europe du Sud-Est où sévissent déjà des sécheresses, les conditions de culture pour les céréales sont bonnes dans le monde. Il est à noter que l’Australie, victime de la sécheresse l’an passé, revient sur le devant de la scène avec un rebond de sa production de blé tendre 2019-2020 estimée à 23,3 Mt (+31,7 %). Du côté des orges, le Canada se hisse au quatrième rang mondial, devant l’Ukraine, avec une production de 9 Mt prévues sur 2019-2020.

La plaque tournante du maïs

L’Ukraine sort son épingle du jeu avec le maïs. Elle opère une bonne dynamique à l’exportation : 15 Mt entre septembre et février dont 9,6 Mt vers l’Union européenne et 1,5 Mt vers la Chine. « L’origine mer Noire a bénéficié d’un avantage compétitif en termes de prix et des basses eaux du Rhin et du Danube qui n’ont pas permis à la Roumanie et à la Bulgarie de livrer les pays du nord de l’Europe », analyse Simon Trauet, chargé d’études économiques dans l’unité des grains et du sucre de FranceAgriMer.

À noter que le Brésil voit ses exportations de maïs, dont la production a été évaluée hier à 96 Mt par l’USDA, vers l’Union européenne reculer de 24 % par rapport à l’an passé. Par ailleurs, à la suite de la visite du président brésilien aux États-Unis, un quota de 750 000 t de blé à l’importation (hors Mercosur) a été octroyé aux Américains. L’Argentine, premier fournisseur du Brésil, conteste cette décision.

La France, toujours proche du Maghreb ?

D’après une nouvelle estimation haussière, la France exportera 9,7 millions de tonnes (Mt) de blé tendre durant cette campagne, alors qu’en mars FranceAgriMer tablait sur 9,5 Mt pour cette campagne, et en février 8,1 Mt. Les exportations de blé tendre vers les pays tiers se sont accélérées avec un niveau record de plus de 1,5 Mt de blé tendre. Les expéditions vers l’Algérie, première destination vers les pays tiers, ont repris ce mois-ci. Toutefois, « avec les changements politiques, l’avenir est incertain », alerte Rémi Haquin, le président du conseil spécialisé de la filière céréalière.

L’Afrique subsaharienne reste la deuxième destination avec 15 % des expéditions. En revanche, pour l’Égypte, la France est en forte concurrence avec les États-Unis qui ont récemment remporté un appel d’offres malgré l’éloignement. Et d’autant qu’un cargo français de 63 000 t attend d’être accepté par le Gasc en raison d’un taux d’ergot à 0,1 % au lieu de 0,05 %. Affaire à suivre.

Isabelle Lartigot