Les cartes sont entièrement rebattues : avec l’effondrement de la récolte française de blé — le ministère de l’Agriculture vient de confirmer une récolte en dessous de 30 millions de tonnes — et les très bas poids spécifiques (PS) qui la caractérisent, la France va devoir drastiquement réduire ses exportations, que ce soit vers les autres membres de l’UE (Union européenne) ou vers les pays tiers, d’Afrique du Nord notamment.

Dans un autre contexte, cette situation aurait pu s’avérer explosive pour les prix. Il n’en est rien car d’autres origines sont déjà compétitives pour remplacer les blés français. Les rendements d’hiver aux États-Unis ont été excellents, et les blés de qualité HRW (qualité meunière haute) se retrouvent, en cette période de dégagement de la récolte, à des niveaux nettement inférieurs à ceux des blés meuniers français et allemands.

Excellentes récoltes en Russie et en Ukraine

Par ailleurs, même si la récolte allemande est dégradée aussi, elle est moins touchée que sa voisine française. Enfin, l’Ukraine, la Russie et le Sud-Est de l’UE ont engrangé une excellente moisson. Cela devrait aussi être le cas dans les pays baltes où, toutefois, des inquiétudes s’élèvent à cause des conditions pluvieuses qui risquent de dégrader la qualité.

Les sources de blé alternatives aux blés meuniers français sur le marché mondial sont donc très abondantes comme en atteste de nouveau l’achat de l’Égypte cette semaine de blé russe (pas d’offres françaises).

À l’intérieur de l’UE, la compétition s’annonce rude aussi. La Roumanie, la Bulgarie mais aussi la Hongrie vont pouvoir exporter beaucoup vers les zones déficitaires de l’UE (Benelux, péninsule ibérique et Italie) au détriment de la France. Sur le créneau de la demande intérieure française, l’orge, caractérisée par de mauvais calibrages, est en train de capter des parts de marchés dans les aliments pour animaux aux dépens du blé.

Conséquence : les blés français ont déjà perdu de la demande potentielle et cela est venu limiter les hausses de prix cette semaine à 2 ou 3 €/t selon les places : 165 €/t et 156,25 €/t en base juillet pour les blés meunier et fourrager rendu Rouen, 169 €/t pour le blé meunier Fob Moselle, et 164 €/t rendu La Pallice.

Peu d’orge disponible dans l’UE

En orge, les enjeux sont les mêmes. Les disponibilités sont faibles dans l’UE et cela entraînera un report de demande vers l’origine ukrainienne ainsi que l’Australie ou le Canada, deux pays où l’offre s’annonce élevée cette année. Vendues principalement comme une céréale fourragère sur le marché mondial, l’orge subit aussi la pression exercée par le maïs.

Ainsi, sur un mois, les prix des orges à Rouen n’ont gagné que 2,25 €/t à 137 €/t malgré les fortes révisions à la baisse de la récolte française. Les prix brassicoles, eux, se sont même plutôt rétractés cette semaine (- 3 €/t pour les prix de brasserie de printemps à 198 €/t Fob Creil) face à la concurrence potentielle de l’Australie.

Inquiétudes pour le maïs européen

En Europe, les perspectives de production du maïs se réduisent un peu. Pourquoi ? À cause du temps sec depuis plusieurs semaines en Bulgarie et en Roumanie, et aussi, dans une moindre mesure, en France. En revanche, aux États-Unis, le climat actuel reste très favorable. Cela vient de faire plonger de 10 $/t les prix du maïs américain au cours de la semaine.

Cela pèse aussi sur les prix français qui n’ont réagi aux conditions sèches que dans l’est de la France (+ 5 €/t en Fob Rhin à 167 €/t pour la nouvelle récolte) alors que les prix ont diminué au contraire à Bordeaux (- 1,50 €/t à 163,50 €/t).

Le soja se stabilise

Les cours du soja reculent modérément cette semaine sur le marché à terme de Chicago (- 5 $/t à 364 $/t). L’état des cultures aux États-Unis reste très bon, avec 72 % des plants encore dans un état bon à excellent le 31 juillet (+1 point par rapport à la semaine précédente). Et les prévisions météorologiques des prochains jours sont rassurantes (il ne devrait pas faire très chaud).

Certes, les rendements ne sont pas encore garantis mais certains opérateurs parient déjà sur une récolte américaine très élevée. En face, les ventes à l’exportation continuent d’être fortes, avec encore 1 million de tonnes (Mt) vendues du 21 au 28 juillet, et de très nombreuses affaires conclues depuis (plus de 2 Mt), soutenant les exportations physiques (environ 0,7 Mt chargées en une semaine fin juillet).

Cela est aussi lié au ralentissement des exportations d’Amérique du Sud, dont les disponibilités commencent à s’épuiser, laissant les États-Unis comme le seul vendeur de soja d’ici à mars 2017.

Le colza se reprend

Au Canada, les conditions restent bonnes pour le canola. Les premières prévisions de rendement dans l’Alberta sont très prometteuses. La demande reste toutefois très forte, et les cours sont quasiment inchangés cette semaine. À noter aussi qu’en Ukraine, les rendements de colza semblent supérieurs aux attentes. Ce qui pourrait augmenter légèrement le potentiel d’exportation vers l’UE.

En France, les prix des colzas se reprennent légèrement cette semaine, alors que les prix des huiles sont soutenus par les cours de l’huile de palme avec une forte demande sur le rapproché, et par des échos de mauvaise récolte de colza dans le nord de la France. Les rendements tournent autour de 30 q/ha en Normandie comme en Allemagne, où la collecte de colza pourrait ne pas dépasser 4,5 Mt contre environ 4,8 Mt estimées en 2015/16. Les cours gagnent ainsi entre 5 et 6 €/t selon les places, le Fob Moselle gardant une prime de 10 €/t par rapport à Rouen.

Le tournesol est stable cette semaine à 355 €/t à Saint-Nazaire, dans l’attente des retours récoltes qui vont commencer en mer Noire et dans l’UE.

La chute des tourteaux se poursuit

Les cotations des tourteaux de soja à Chicago poursuivent leur recul en perdant 13 $/t cette semaine, dans le sillage du maïs américain. À Montoir, les prix chutent encore plus fortement (- 19 €/t), plombés par une offre importante (les marges de trituration sont bonnes) et une demande limitée (les tourteaux sont encore chers par rapport aux céréales).

Départ Marne, les pois fourragers progressent à 227 €/t (+ 7 €/t sur la semaine), soutenus par les très faibles volumes récoltés après une récolte très décevante.

À suivre : qualité réelle des blés et des orges françaises, positionnement des blés français vers le Maghreb, ampleur des flux du sud-est de l’UE vers l’ouest de l’UE, retours de récolte pour le colza en Allemagne et importations UE, climat en Amérique du Nord, démarrage des récoltes de tournesol

Tallage
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