« Nous sommes à un tournant de la campagne du blé à bientôt quatre mois complets. Les principaux acteurs sont en place, explique Marc Zribi, chef de l’unité des grains et du sucre de FranceAgriMer. On sait à peu près ce que la Russie et l’Ukraine devraient mettre sur le marché au moins jusqu’à janvier. Il faudra en revanche surveiller attentivement l’arrivée du blé argentin sur les marchés européens entre décembre et février. Autre point d’attention : nos marchés d’exportations vers le Maghreb et l’Afrique. » Plusieurs facteurs expliquent cette situation.

La parité euro/dollar et le prix du pétrole

  • Le premier fait marquant est « le fléchissement ces deux dernières semaines de la parité euro/dollar qui se situe au plus bas depuis juin 2017 à 1,1250 dollar pour 1 euro. Cela s’explique par des politiques monétaires et un niveau de reprise économique de part et d’autre de l’Atlantique, celle-ci étant plus forte aux États-Unis ». « Cela va jouer en faveur de nos exportations qui gagnent en compétitivité et peut aussi contribuer à renchérir les coûts de production (énergie et engrais) », précise Marc Zribi.
  • Le prix du pétrole baisse depuis trois semaines environ avec des indications contradictoires. « D’un côté, l’Arabie Saoudite réduit sa production pour soutenir les prix et de l’autre un rapport de l’Opep (présenté le 11 novembre) fait état d’une moindre demande mondiale en considération de l’offre qui pourrait être un facteur de baisse des prix du pétrole en 2019 », poursuit l’analyste.

Une compétitivité mondiale accrue

  • Du côté de l’Ukraine, les exportateurs ont signé un mémorandum avec le gouvernement. La part du blé meunier exporté sera limitée à 50 %, soit 8 Mt sur les 15,5 Mt de prévisions d’exportation. « L’Ukraine devrait donc être moins présente. »
  • Concernant l’Argentine et en raison de la météo de la semaine dernière (il est tombé 400 mm d’eau en quelques jours), certaines interrogations subsistent. « Les pluies se sont arrêtées et on ne sait pas si elles auront un impact ou non sur les volumes et sur la qualité des blés récoltés », souligne Marc Zribi.
  • « On devrait avoir une offre blé en provenance des États-Unis très compétitive à laquelle nos exportations devront faire face malgré le contexte monétaire », alerte l’analyste. Les conditions de production sont favorables donc le pays – un peu mis de côté en raison du « rouleau compresseur russe » – est un acteur à suivre de près. « D’ailleurs, les États-Unis ont remporté récemment un bateau de 60 000 tonnes de blé, qui a été retenu pour les achats du gouvernement égyptien, à un prix CAF de 254 €/t, soit à un niveau similaire aux offres habituellement fournies par la Russie ou l’Ukraine », précise-t-il.

Maïs, un marché très concurrentiel

« L’Ukraine réalise une récolte record en maïs autour de 33 millions de tonnes et devrait en exporter autour de 25 millions à hauteur de plus de 80 % vers l’Union européenne », cadre Marc Zribi. Le marché est très concurrentiel (États-Unis, l’Ukraine, l’Argentine et la Russie) malgré deux interrogations relatives au marché américain : les problèmes de qualité (mycotoxines) et « la production d’éthanol à base de maïs avec l’autorisation provisoire d’utiliser le maïs éthanol pour produire du carburant E15 aux États-Unis ».

Aussi, la révision dans le bilan mondial de la production et des stocks du maïs chinois révèlent que les stocks seraient de 150 millions de tonnes, mais « cela ne devrait pas impacter les marchés internationaux étant donné que le maïs chinois n’est pas exporté. On a toujours les mêmes interrogations sur sa localisation, sa qualité et sa disponibilité à l’exportation. De plus, le ratio stocks/consommation en Chine reste très tendu ».

Orges, des bilans toujours tendus

Les bilans mondiaux en orges sont toujours très tendus avec des prix supérieurs à ceux du blé meunier, qu’il s’agisse des origines mer Noire, françaises ou européennes. « Le retour sur le marché mondial de l’Arabie saoudite est marquant. Le pays importe désormais quasiment autant que la Chine. Tout cela contribue à ce que les fondamentaux du marché mondial de l’orge (CIC ou révision de l’USDA) restent très tendus avec un ratio stock sur consommation de 12 % et une consommation en 2018-2019 qui devrait être supérieure à la production », signale Marc Zribi.

Et aussi…

  • Touchée par la sécheresse, l’Union européenne (arc baltique et Europe du Nord) voit sa production de céréales diminuer de 23 millions de tonnes, dont 15 millions de tonnes de blé tendre (principalement sur le nord-est de l’Allemagne, le nord-ouest de la Pologne et tout l’arc baltique).
  • On observe une diminution importante des importations en blé dur et en orges. En revanche, les importations sont plus fortes en blé tendre et maïs.
  • Les niveaux de récolte en Bulgarie et dans les pays riverains de la mer noire sont historiques.

I. La.
Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé en légère hausse sur Euronext

Les prix du blé étaient en légère hausse vendredi 21 janvier 2022 dans l’après-midi sur le marché européen, alors que les opérateurs gardent un œil sur les tensions à la frontière russo-ukrainienne.