« C’est un révélateur de la place de la chimie dans la société et de la difficulté de s’en passer quand on est accro », avait estimé le procureur de la République de Coutances, Cyril Lacombe, lors de l’audience le 21 mai 2021. Le magistrat avait alors demandé des peines allant de 8 000 à 100 000 euros contre les 8 exploitations maraîchères.

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100 tonnes épandues depuis l’interdiction du produit

Le verdict est tombé le 1er septembre 2021 et il a donné raison au réquisitoire du procureur puisqu’elles ont été condamnées en correctionnelle au tribunal de Coutances à des amendes allant de 8 000 à 80 0000 euros pour détention et/ou utilisation de dichloropropène.

Il s’agit d’un produit classé cancérogène probable épandu pendant des décennies par les producteurs de carottes de Créances (Manche) et des environs, avant qu’il ne soit interdit en France en 2018. Ce pesticide était utilisé contre un ver parasite qui se développe sur les terres sableuses comme celles qui ont fait la réputation des carottes de Créances. Près de 100 tonnes y ont été épandues entre février 2018 et novembre 2020.

L’intermédiaire qui commandait les produits en Espagne est, lui, condamné à 80 000 euros d’amendes dont 30 000 avec sursis. L’homme qui regroupait les commandes écope, quant à lui, de 60 000 euros d’amende dont 30 000 avec sursis.

Enfin, l’entreprise de travaux agricoles qui épandait le produit la nuit et faisait de fausses factures d’élagage est condamnée à 20 000 euros d’amende dont 10 000 avec sursis.

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Il fallait « anticiper » la fin de la dérogation

« C’est une décision importante qui pourrait faire jurisprudence », a commenté Annick Briand, qui représentait la Confédération paysanne, partie civile, interrogée mercredi par une correspondante de l’AFP. « La filière savait que les dérogations ne dureraient pas », avait témoigné durant l’audience le député de la Manche Stéphane Travert (LREM), ancien ministre de l’Agriculture (2017-2018).

Les prévenus « auraient dû commencer à anticiper en 2009 » lorsque l’usage de ce produit n’est devenu possible dans l’Union européenne que sur dérogation, avait estimé Annick Briand durant le procès.

Des dérogations à l’utilisation du dichloropropène continuent à être accordées à l’Espagne, l’Italie, le Portugal et Chypre, avait indiqué la Confédération paysanne.

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AFP