« Les producteurs doivent se prendre en main pour maîtriser leurs surfaces. Il vaut mieux anticiper plutôt que subir le marché », a rappelé à l’occasion de la conférence de presse de l’UNPT, Geoffroy d’Evry, son président, le jeudi 5 novembre 2020.

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Baisse du rendement en fécule

Si les surfaces de fécule ont de nouveau augmenté, la production de 2020-2021 devrait être inférieure à un million de tonnes (Mt). Cela s’explique par une baisse de l’ordre de 20 % des rendements, compte tenu des conditions climatiques chaudes et sèches.

« Je ne suis pas certain qu’on atteindra cette année les 40 t/ha à 17 % de richesse », a précisé Olivier Brasset, président de la commission de la fécule et de la coopérative féculière de Vecquemont : « Nous sommes frappés depuis quelques années par des conditions climatiques sèches et chaudes et par une baisse de rendement et cette année sera la pire de toutes ! »

Ainsi, alors qu’entre 2010 et 2015, la moyenne a atteint 52 t/ha ; elle est proche de 42 t/ha pour la période allant de 2015 à 2020. Il y a donc eu une perte de 20 % de productivité en l’espace de dix ans. Compte tenu de ces résultats, l’usine de Vecquemont devrait d’ailleurs s’approvisionner en pommes de terre de consommation.

La hausse des surfaces en fécule s’explique par une forte dynamique dans le secteur de la santé et de la protéine, qui ne demandent qu’à se développer. Le marché, souvent en décalage, s’est jusqu’alors maintenu. Mais il y a des inquiétudes avec l’effet Covid, qui devrait désormais chahuter la filière.

Cours en chute dès mars en consommation

Sur la pomme de terre de consommation, il y a eu des évolutions de surfaces liées à la demande industrielle. Mais cela a été remis en cause à partir de mars avec la mise en place du confinement et il n’a pas été possible d’ajuster au dernier moment la sole. Le NEPG (Groupe des producteurs de pommes de terre du Nord-Ouest européen) évoque ainsi globalement, avec une période de sécheresse, une production de 28 Mt (26,8 Mt l’an dernier et en 2018 moins de 25 Mt), soit une fourchette équilibrée, hors effet Covid.

Avec l’effet de la pandémie sur la campagne de 2019-2020, dès la mi-mars il n’y a plus eu de ventes sur le libre. La cotation s’est retrouvée entre 20-25 €/t puisque les industriels étaient très largement couverts avec leurs contrats.

Impact du Covid plus limité sur le frais

Sur le marché du frais, les cotations étaient sur des niveaux assez élevés parce que l’impact du Covid a été plutôt limité sur ce secteur en France. À l’exportation, cet effet a été limité sur des qualités supérieures. En revanche, il y a eu une chute des prix à partir d’avril sur les qualités moyennes inférieures (surtout vers les pays de l’Est) compte tenu de l’arrivée des pommes de terre d’industrie sur le marché. Sur la campagne de 2020-2021, les prix sont recalés à des niveaux nettement inférieurs.

Le secteur industriel chahuté

L’ensemble du secteur industriel affecté à l’alimentation humaine a été fortement bousculé par la crise. Avant le reconfinement, cela impactait encore de 15 à 20 % le rythme de transformation des usines. « On devrait donc être encore plus fortement impacté avec de gros doutes sur l’évolution des consommations et des pommes de terre qui vont rentrer dans ces industries, juge Bertrand Achte, président de la commission de la transformation à l’UNPT. Je crains que l’on revive un scénario assez proche de celui de mars dernier. »

En France, le niveau de stock en produits finis n’est pas forcément supérieur à ce qu’il est habituellement car le pays n’est pas très présent sur les marchés à l’exportation. En revanche, la Belgique connaît des volumes importants de stocks en produits finis, ce qui risquera d’impacter encore plus la transformation et les volumes affectés à ces usines belges.

Le Covid a déstructuré les marchés et a créé des pommes de terre sans marché avec des retraits de quantités importantes vers l’alimentation animale, la méthanisation, le compostage. D’ailleurs, des dons ont aussi été effectués avec rien qu’entre avril et juin plus de 750 t passés par le circuit de Solaal.

Sanctuariser les six millions d’euros restants

Sur l’aide de 10 millions d’euros (M€) annoncée le 11 juin 2020 par l’État, il n’y a toujours pas d’argent versé aux producteurs, indique l’UNPT : « On en est encore sur l’élaboration du plan avec une version qui se détache, qui serait finalement qu’une aide directe aux producteurs de 4 M€. »

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Au sujet des 6 M€ restants, il était prévu au départ de compenser les pommes de terre que les industriels avaient dégagé au niveau de l’alimentation animale durant la crise du Covid. « Mais lors du changement de gouvernement, nous nous sommes aperçus qu’il y avait une position assez ferme pour ne pas verser cette aide aux industriels mais plutôt vers une possibilité d’accompagner le plan de relance. On peut comprendre que l’exercice ne soit pas évident, mais nous demandons que ces 6 M€ soient sanctuarisés sur le deuxième volet et ne soient pas intégrés dans le cadre du plan de relance », insiste Geoffroy d’Evry.

Respect de l’engagement

En effet, l’UNPT estime que ce dernier pourrait intégrer la mise aux normes faisant suite à l’arrêt du CIPC qui entraîne un surcoût important pour avoir des bâtiments plus étanches. « On ne va commencer à mélanger tous les sujets, ajoute ce dernier. L’offre telle qu’elle nous avait été promise était dans le cadre d’une aide conjoncturelle. Le plan de relance et la mise aux normes des bâtiments correspondent plus à un cadre structurel. On demande donc que l’État respecte son engagement ! »

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« D’ailleurs si les industriels n’avaient pas accès à cette aide, le risque serait d’avoir de forts impacts sur les contractualisations de la campagne prochaine, estime Bertrand Achte. Ils pourraient alors être tentés de récupérer, au travers des producteurs, l’aide qu’ils n’auront pas touché de l’État. Cela pourrait mettre à mal tout le travail qui a été fait dans le cadre de la loi Egalim. » Elle avait amené en France à une contractualisation industrielle autour de 80 %, alors qu’elle est de l’ordre de 50 % dans les autres pays européens.

Céline Fricotté