« Cet hiver, au moins 20 000 colonies sont mortes en Bretagne, assure un communiqué du syndicat des apiculteurs professionnels de Bretagne. Une véritable hécatombe comme on n’en a jamais connu. » Pour se faire entendre, des apiculteurs sont partis du Faouët, dans le Morbihan, ce lundi 30 avril 2018, et feront étape les jours suivants dans plusieurs communes jusqu’à leur arrivée à Rennes, prévue le vendredi 4 mai.

Jusqu’à plus de 80 % de perte

« Des ruchers entiers, très beaux à l’automne, sont aujourd’hui particulièrement décimés, constate Joël Nadan, du syndicat des apiculteurs de Bretagne. Les pertes sont particulièrement élevées dans le centre Bretagne. Personnellement, quand je cumule les ruches dépeuplées, les orphelines, les bourdonneuses et autres non viables, j’approche les 50 % de perte. C’est du jamais vu depuis le début de ma carrière en 1984. Des collègues plus jeunes […] ont perdu jusqu’à plus de 80 % de leur cheptel. Leur situation financière est dramatique : quasiment pas de récolte possible cette année et une reconstitution de leur cheptel plus qu’hypothétique. »

Joël Nadan déplore que l’Observatoire des mortalités, mis en place cette année par l’État, mène « des analyses en cas de suspicion de maladie ou parasite, mais aucune recherche, aucune analyse, aucun financement n’est prévu pour orienter vers une intoxication chimique, même dans les cas extrêmes ».

« Nos ministres sont-ils aveugles, et sourds ? Ou simplement des marionnettes aux mains des firmes chimiques et de la FNSEA, syndicat qui défend la santé des firmes avant celles des agriculteurs », s’insurge le syndicat breton.

Mieux surveiller la santé

Un Observatoire des mortalités et des affaiblissements de l’abeille mellifère (OMAA), a été créé en région Bretagne et Pays de la Loire, à titre expérimental, jusqu’au 31 juillet 2019. Il a pour objet, selon la plateforme d’épidémiosurveillance santé animale (Esa), de « mieux recenser les événements de santé observés dans les ruchers de la région ».

Selon le syndicat, l’interdiction prochaine, décidée la semaine dernière par la Commission européenne, de trois néonicotinoïdes « est une bonne nouvelle » mais reste « très insuffisante ». « Ces trois produits étaient déjà soumis à un moratoire en France sur certaines cultures et certains agriculteurs les avaient déjà remplacés par un autre néonicotinoïde qui reste autorisé par l’Europe ».

AFP